Et les Francs, dans tout ça ? InstallĂ©s de longue date le long du cours infĂ©rieur du Rhin, ils avaient conclu, dĂšs la fin du IIIe siĂšcle, des accords de service militaire avec les autoritĂ©s romaines. En Ă©change, des terres leur Ă©taient accordĂ©es sur la rive gauche du fleuve (en Belgique actuelle mais, Ă  l’époque, en Gaule). Rien de bien original, donc.

Les historiens nationaux ignorent les Francs avant leur arrivĂ©e en Gaule. C’est bien dommage, car les Francs fournirent Ă  l’empire de vĂ©ritables dynasties de gĂ©nĂ©raux. Ils n’étaient pas les seuls, certes : le grand nombre de gĂ©nĂ©raux d’origine barbare avait mĂȘme Ă©tĂ© l’une des causes de la « rĂ©action paĂŻenne » qui eut lieu sous Julien l’Apostat (361).

Mais ils Ă©taient parmi les plus importants. L’un d’eux, Silvanus, devint gĂ©nĂ©ralissime, et fut mĂȘme proclamĂ© empereur en 355. Il est vrai que ceux qui l’avaient Ă©levĂ© Ă  cette dignitĂ© l’assassinĂšrent vingt-huit jours plus tard. Ce qui importe ici est de signaler est qu’il Ă©tait parfaitement romanisĂ©.

C’est en s’appuyant sur deux gĂ©nĂ©raux francs, MĂ©robaud et Teutomer (qui, eux, Ă©taient paĂŻens), que Julien l’Apostat rĂ©organisa la dĂ©fense de la Gaule. Nous sommes encore au IVe siĂšcle, rappelons-le, et avant les grandes invasions.

L’armĂ©e des Gaules Ă©tait une troupe d’élite, si bien qu’elle Ă©tait quelquefois appelĂ©e Ă  combattre du cĂŽtĂ© oriental de l’empire. Ce fut le cas de MĂ©robaud, qui en devint sous Valentinien Ier (364-375) l’un des deux dignitaires militaires les plus Ă©minents, et qui fit Ă©lire Valentinien II (375-392). Devenu l’homme le plus important aprĂšs les empereurs, MĂ©robaud fut consul en 377 et 383.

Citons encore Richomer, envoyĂ© en Orient seconder Valens (frĂšre de Valentinien Ier) contre les Goths (376). À la mort de Valens Ă  la bataille d’Andrinople, en 378, il resta au service de ThĂ©odose. Il fut rejoint en 380 par un autre gĂ©nĂ©ral franc, Bauto, qui devint en 385 consul pour l’Occident et rĂ©sida Ă  la cour de Milan. Ce fut un jeune homme nommĂ© Augustin, qui devait se convertir l’annĂ©e suivante et devenir Ă©vĂȘque d’Hippone, qui Ă©crivit son panĂ©gyrique. La fille de Bauto, Eudoxia, Ă©pousa le fils aĂźnĂ© de l’empereur ThĂ©odose et fut la mĂšre de ThĂ©odose II.

ThĂ©odose nomma gĂ©nĂ©ralissime Arbogast, fils ou frĂšre de Bauto, qui devint l’homme le plus puissant d’Occident et exerça la rĂ©gence au nom de Valentinien II. À Cologne, il s’était fait construire un magnifique palais dont les mosaĂŻques subsistent. Il Ă©tait encore paĂŻen, mais avait adoptĂ© le panthĂ©on romain.

Un autre MĂ©robaud, fils du premier, devin poĂšte latin : son panĂ©gyrique d’Aetius est parvenu jusqu’à nous. Devenu patrice et sĂ©nateur, il vĂ©cut Ă  Ravenne, et on lui Ă©rigea une statue sur le forum de Trajan. D’un autre Arbogast, Sidoine Apollinaire dĂ©clara que « les lettres latines ne pĂ©riraient pas tant qu’il existerait des hommes aussi cultivĂ©s que lui. »

Ce qui provoqua l’éclipse de ces Francs parvenus Ă  des positions si Ă©minentes, c’est qu’ils Ă©taient restĂ©s paĂŻens. Ainsi, en 392, Arbogast soutint l’usurpateur EugĂšne, qui fut battu en 394 par ThĂ©odose – celui qui avait fait en 380 du christianisme la seule religion de l’empire. VoilĂ  qui Ă©clairera d’un jour nouveau la conversion d’un autre Franc nommĂ© Clovis.

Cette chronique de l’abominable histoire de France a Ă©tĂ© diffusĂ©e sur Radio LibertĂ©s dans l’émission « SynthĂšse ».

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Philippe Randa,
Directeur d’EuroLibertĂ©s.

A propos de l'auteur

Pierre de Laubier

Actuellement professeur d’histoire dans des collĂšges libres, Pierre de Laubier est l’auteur de "L’Aristoloche", journal instructif et satirique paraissant quand il veut, et il rĂ©dige les blogues Chronique de l’école privĂ©e
 de libertĂ© et "L’Abominable histoire de France", ce dernier tirĂ© de ses chroniques radiophoniques sur "Radio LibertĂ©s" oĂč il est un chroniqueur de l’émission "SynthĂšse", animĂ©e par Roland HĂ©lie et Philippe Randa.

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