François Ier, l’un des pĂšres de la France moderne, fut l’inventeur de la monarchie spectacle, spectacle auquel ses dĂ©bauches ajoutaient une pincĂ©e de sel. En s’entourant d’une cour dispendieuse, il retenait auprĂšs de lui une haute noblesse dont il ne se servait plus pour gouverner, mais pour se faire valoir. Les Ă©tats gĂ©nĂ©raux ne furent pas rĂ©unis une seule fois sous son rĂšgne. Les parlements furent rĂ©duits au rĂŽle de simples chambres d’enregistrement.

De plus, les dĂ©sordres monĂ©taires du temps ruinaient ceux dont les revenus Ă©taient rongĂ©s par l’inflation : les ouvriers au salaire fixe, mais aussi la noblesse, contrainte de vendre ses fiefs et de se mettre au service du roi. Ces fiefs Ă©taient rachetĂ©s par une bourgeoisie enrichie par le nĂ©goce, qui accĂ©dait aussi Ă  la noblesse par l’achat d’offices.

Ainsi le roi, Ă  l’origine primus inter pares, n’était pas seulement devenu la source de toute loi ; il Ă©tait aussi en train de fabriquer une noblesse Ă  sa convenance, non plus un corps avec lequel il partageait le pouvoir, mais une cohorte dĂ©corative de simples officiers, instruments de son pouvoir. Autrement dit, les corps intermĂ©diaires Ă©taient en voie de disparition et les provinces en voie de dĂ©pĂ©rissement.

La vente d’offices n’était qu’un des aspects des expĂ©dients nĂ©cessaires pour faire face Ă  des dĂ©penses colossales. Et incontrĂŽlables, puisqu’il n’existait pas d’instance susceptible de les contrĂŽler. Une grande partie servait Ă  financer le culte presque idolĂątre dont le roi Ă©tait l’objet mais aussi l’auteur. Le chĂąteau de Chambord, Ă©crin de cette gloire, a sur Versailles l’avantage d’ĂȘtre beau, et en commun avec Versailles d’ĂȘtre inhabitable. On ne saurait trop inviter le contribuable d’aujourd’hui Ă  aller l’admirer, car c’est son ancĂȘtre, le contribuable d’hier, qui l’a payĂ©.

Il faut souligner que, dans sa lutte contre le duc de Bourgogne hier, contre l’empereur dĂ©sormais, le roi de France disposait d’un atout de taille : la population la plus nombreuse d’Europe et le systĂšme fiscal le plus contraignant (pour le contribuable, car le roi, lui, lĂšve l’impĂŽt sans contrainte). FiscalitĂ© Ă©crasante, mais pas suffisante : il fallut recourir Ă  la dette, Ă  l’initiative du chancelier Duprat, dĂ©jĂ  inventeur des ventes d’offices.

Que faire quand on a des dettes et qu’on n’a pas l’intention de les rembourser ? Le plus simple est d’épouser la fille de son banquier. C’est ainsi que le futur Henri II Ă©pousa Catherine de MĂ©dicis, ce qui Ă©tait pour la couronne de France une juteuse mĂ©salliance. Juteuse, mais honteuse et d’ailleurs insuffisante : la monarchie allait dĂ©sormais traĂźner comme un boulet le poids de cette dette.

Les poĂštes et les artistes ont vantĂ© la splendeur du rĂšgne de François Ier, mais ils Ă©taient payĂ©s pour ça. Pourquoi ne pas laisser la parole Ă  ceux qui, loin d’ĂȘtre payĂ©s, payaient, et qui Ă©taient les vrais commanditaires (involontaires, il est vrai) de tant de beauté ? SurchargĂ© de nouveaux impĂŽts et d’une taille toujours plus lourde, le peuple gĂ©missait : « Qu’on nous remette seulement sous le rĂšgne de ce bon roi Louis XII ! » Ne l’écoutons pas : le peuple est ingrat.

Les chroniques de Pierre de Laubier sur l’« Abominable histoire de France » sont diffusĂ©es chaque semaine dans l’émission « SynthĂšse » sur Radio LibertĂ©s.

A propos de l'auteur

Pierre de Laubier

Actuellement professeur d’histoire dans des collĂšges libres, Pierre de Laubier est l’auteur de "L’Aristoloche", journal instructif et satirique paraissant quand il veut, et il rĂ©dige les blogues Chronique de l’école privĂ©e
 de libertĂ© et "L’Abominable histoire de France", ce dernier tirĂ© de ses chroniques radiophoniques sur "Radio LibertĂ©s" oĂč il est un chroniqueur de l’émission "SynthĂšse", animĂ©e par Roland HĂ©lie et Philippe Randa.

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