La prĂ©histoire, ce n’est pas encore l’histoire. Mais comme il faut bien commencer quelque part, autant aller chercher le commencement le plus loin possible. Ça fait toujours plus sĂ©rieux. Et, quand on raconte l’abominable histoire de France, que peut-on trouver de plus abominable que l’homme prĂ©historique ?

Si la gĂ©nĂ©alogie des peuples ressemble Ă  celle des familles, il arrive toujours un moment oĂč, faute d’avoir quelque chose Ă  dire, on se met Ă  raconter n’importe quoi. Sur l’origine de l’humanitĂ©, je garderai donc un profond silence. Je dois d’ailleurs avouer que les querelles des palĂ©ontologues me laissent assez froid. Chacun d’eux tient un crĂąne dans une main et brandit un fĂ©mur de l’autre, convaincu que le bout d’os qu’il a dĂ©terrĂ© est plus important que celui que son voisin a dĂ©couvert. Mais, pour ma part, je ne me sens pas grand-chose de commun avec les brutes simiesques qu’on veut nous faire adopter pour ancĂȘtres.

Le doute continue de planer sur la filiation que, toujours Ă  grands coups de crĂąnes et de fĂ©murs, ces savants cherchent Ă  Ă©tablir entre les premiers « hommes » prĂ©historiques et l’homme moderne.

Dans les musĂ©es ethnographiques, on aligne les reprĂ©sentations de ces espĂšces successives, aussi musculeuses et poilues les unes que les autres. Mais le visiteur se gratte le crĂąne (encore lui) en se demandant par quel miracle on a bien pu passer de l’un Ă  l’autre. La parentĂ© semble aussi problĂ©matique entre eux qu’entre la girafe et le scarabĂ©e. Dans un cas comme dans l’autre, le chaĂźnon manquant est toujours manquant. Comme son nom l’indique.

Toutefois, Ă  force de laisser passer les siĂšcles, on finit par arriver Ă  quelque chose – pour ne pas dire quelqu’un – qui a sa place au musĂ©e de l’Homme plutĂŽt qu’au zoo de Vincennes. Je veux parler de l’homme de Cro-Magnon, qui tire son nom d’un lieu-dit du PĂ©rigord. Il n’était pas aussi « proche parent de l’orang-outang » que la chanson ne le dit, puisque l’homme de Cro-Magnon, c’est nous. Il n’y a d’ail­leurs pas de quoi se vanter.

En ces Ă©poques lointaines, ce qui est aujourd’hui la France Ă©tait la rĂ©gion la plus peuplĂ©e d’Europe. Elle ne comptait pourtant guĂšre plus de vingt Ă  cinquante mille individus, qu’on a nommĂ©s hommes de Cro-Magnon. Cette appellation est tombĂ©e en dĂ©suĂ©tude, ce qui m’incite Ă  la conserver, par esprit de routine autant que de contradiction, pour dĂ©signer les petits groupes d’hommes qui, cinq mille ans avant notre Ăšre, ont commencĂ© Ă  peupler pour de bon ce territoire presque vide, qui se sont reproduits sur place et qui, au bout du compte, sont toujours lĂ .

Pour autant, il ne me paraĂźt pas trĂšs Ă©vident, ni mĂȘme tellement lĂ©gitime, d’embrigader dans le cortĂšge de l’histoire de France ceux qui ont Ă©levĂ© les mĂ©galithes de Carnac et peinturlurĂ© la grotte de Lascaux. En attendant d’avoir retrouvĂ© les titres de propriĂ©tĂ© et les testaments qui dĂ©signent les hĂ©ritiers de ces monuments, laissons-les plutĂŽt en partage Ă  l’humanitĂ© entiĂšre. Et attendons que l’histoire commence.

Les chroniques de Pierre de Laubier sur l’« Abominable histoire de France n° 1 » sont diffusĂ©es chaque semaine dans l’émission « SynthĂšse » sur Radio LibertĂ©s.

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Philippe Randa,
Directeur d’EuroLibertĂ©s.

A propos de l'auteur

Pierre de Laubier

Actuellement professeur d’histoire dans des collĂšges libres, Pierre de Laubier est l’auteur de "L’Aristoloche", journal instructif et satirique paraissant quand il veut, et il rĂ©dige les blogues Chronique de l’école privĂ©e
 de libertĂ© et "L’Abominable histoire de France", ce dernier tirĂ© de ses chroniques radiophoniques sur "Radio LibertĂ©s" oĂč il est un chroniqueur de l’émission "SynthĂšse", animĂ©e par Roland HĂ©lie et Philippe Randa.

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