Rafael Sanchez Saus est professeur d’histoire mĂ©diĂ©vale Ă  l’universitĂ© de Cadiz. Auteur d’une douzaine d’ouvrages, il est considĂ©rĂ© comme l’un des meilleurs spĂ©cialistes de la frontiĂšre entre Maures et chrĂ©tiens dans l’Espagne mĂ©diĂ©vale. Il a Ă©tĂ© doyen de la facultĂ© de philosophie et de lettres de l’UCA (1999-2004) et recteur de l’universitĂ© San Pablo CEU de Madrid (2009-2011). Il est toujours membre de l’AcadĂ©mie royale hispano-amĂ©ricaine des sciences, des arts et des lettres aprĂšs en avoir Ă©tĂ© le directeur. Avec ce nouvel ouvrage, sous-titrĂ© De la soumission Ă  l’anĂ©antissement (Éditions du Rocher), Sanchez nous prĂ©sente une vision complĂšte de la situation de ces chrĂ©tiens espagnols, appelĂ©s mozarabes, unique peuple europĂ©en mĂ©diĂ©val Ă  avoir vĂ©cu pendant tant de gĂ©nĂ©rations sous la rigueur de la dhimma.

Dans son avant-propos pour le lecteur francophone, Arnaud Imatz Ă©crit : « Quiconque veut connaĂźtre sĂ©rieusement la rĂ©alitĂ© de l’histoire des chrĂ©tiens dans al-Andalus devra dĂ©sormais se rĂ©fĂ©rer Ă  cette magistrale synthĂšse. On imagine sans peine qu’en publiant l’édition originale de ce livre en Espagne il ne s’est pas fait que des amis. Mais son courage intellectuel, sa rigueur et sa probitĂ© scientifiques ont Ă©tĂ© les meilleurs garants contre les attaques insidieuses et mensongĂšres dont il n’a pas manquĂ© d’ĂȘtre l’objet ». Le prĂ©facier poursuit : « Al-Andalus est l’un des thĂšmes les plus reprĂ©sentatifs de l’interminable rĂšglement de comptes qui dĂ©chire la communautĂ© intellectuelle et culturelle espagnole depuis plus de deux siĂšcles ».

À l’aune de cette belle et longue introduction d’Imatz, nous comprenons aisĂ©ment que le terrorisme intellectuel frappe Ă©galement de l’autre cĂŽtĂ© des PyrĂ©nĂ©es. Le prĂ©facier Ă©crit : « L’exemple de la France du tournant du XXIe siĂšcle mĂ©rite d’ĂȘtre briĂšvement Ă©voquĂ© ici, parce qu’il est en partie similaire Ă  celui de l’Espagne. On a pu voir dans l’Hexagone comment au cours des trois ou quatre derniĂšres dĂ©cennies, la nouvelle histoire transnationale ou mondialisĂ©e a accompagnĂ© le changement sociĂ©tal et tenter de s’imposer. Cette prĂ©tendue nouvelle histoire, paradoxalement anachronique et obsessionnelle, s’est avĂ©rĂ©e trĂšs vite beaucoup moins neutre que l’ancienne ».

Il Ă©nonce avec justesse que « les thurifĂ©raires de l’histoire transnationale ou mondialisĂ©e, indiffĂ©rents au rĂ©el comme l’étaient avec eux les censeurs totalitaires, ont choisi de nier l’évidence des faits dans le secret et vain espoir de rĂ©soudre la crise actuelle du vivre-ensemble ». À cause d’une immigration musulmane trĂšs forte, certains estiment que changer la vision du passĂ© amĂ©liorera les conditions de vie du prĂ©sent. Comme Imatz le stipule trĂšs clairement : « Les journalistes et pseudo-historiens sont les Gardiens jaloux des Nouvelles Tables de la Loi (mondialisme, multiculturalisme et droits de l’homme) ».

Ainsi, il n’est guĂšre Ă©tonnant de constater qu’une « police de la pensĂ©e veille et verrouille. Olivier PĂ©trĂ©-Grenouilleau et Sylvain Gouguenheim, pour ne citer que deux cas instructifs en ont fait l’amĂšre expĂ©rience ».

En Espagne comme en France, les partisans de la LibertĂ© se montrent extrĂȘmement virulents pour restreindre la libertĂ© de ceux qui ne pensent pas comme eux, selon l’adage mensonger et bien connu de Saint-Just : « Pas de libertĂ© pour les ennemis de la liberté ».

Le meilleur moyen de promouvoir l’idĂ©ologie du « vivre ensemble » reste de reconstruire le passĂ© au mĂ©pris de la rĂ©alitĂ© historique. Ainsi, il n’est pas rare que des idĂ©ologues s’en prennent aux fondements civilisationnels des patries charnelles. Imatz dit « que de nos jours, des lĂ©gions d’intellectuels, de journalistes et d’historiens de la pĂ©ninsule rabĂąchent au quotidien que la nation est une construction douteuse, une fiction romanesque, une illusion essentialiste dont la dĂ©fense conduit immanquablement au pire, en d’autres termes Ă  la xĂ©nophobie, au nationalisme et au fascisme ».

Pourtant, Sanchez n’entend pas cĂ©der aux diktats idĂ©ologiques imposĂ©s par une certaine Ă©cole de pensĂ©e. Il prĂ©fĂšre Ă©tudier les sources et les confronter comme tout historien qui se respecte plutĂŽt que de procĂ©der par omission. DĂšs les premiĂšres lignes, il pose le cadre historique : « La conquĂȘte de l’Espagne par les Arabes, menĂ©e Ă  bien en 711 et 719, est sans doute l’évĂ©nement qui a le plus puissamment marquĂ© l’histoire espagnole : d’abord de façon directe durant huit cents ans, puis de façon indirecte jusqu’à aujourd’hui ».

L’auteur continue son propos en expliquant que « la consĂ©quence immĂ©diate la plus importante de cette conquĂȘte a Ă©tĂ© l’apparition d’al-Andalus et la constitution d’un systĂšme qui ne s’est jamais rĂ©ellement proposĂ© de crĂ©er un pays Ă  vocation intĂ©grative pour la population conquise, pluriel en matiĂšre ethnique et religieuse. Il s’agissait plutĂŽt d’un moyen de perpĂ©tuer une domination mise en place par une petite minoritĂ© de guerriers musulmans orientaux et nord-africains sur une population de plusieurs millions de chrĂ©tiens autochtones ».

Sanchez dĂ©veloppe l’idĂ©e que « cette domination s’est appuyĂ©e sur une norme (la dhimma ou protection) elle-mĂȘme fondĂ©e sur la doctrine coranique. Cette norme consacrait l’idĂ©e d’une soumission politique et religieuse ainsi que celle d’une infĂ©rioritĂ© juridique et morale des chrĂ©tiens, dont les personnes et les biens Ă©taient plus ou moins Ă  la merci de leurs maĂźtres musulmans et qui Ă©taient traitĂ©s au grĂ© des circonstances, lesquelles pouvaient incliner ces derniers vers plus ou moins de tolĂ©rance ». Comme souvent, « il est certes vrai que les avantages octroyĂ©s aux personnes converties Ă  l’Islam ont poussĂ© de nombreux chrĂ©tiens Ă  l’apostasie. Il est tout aussi vrai que beaucoup d’entre eux ont prĂ©fĂ©rĂ© Ă©migrer plutĂŽt que de vivre comme des parias sur leur propre terre ».

Quand on Ă©tudie la conquĂȘte arabo-musulmane de la pĂ©ninsule ibĂ©rique, une question se pose au sujet du sort rĂ©servĂ© au christianisme nord-africain. N’oublions pas que l’Afrique du Nord a servi de base arriĂšre pour les expĂ©ditions en Espagne. Sanchez Ă©crit : « Comment concevoir que toute une rĂ©gion chrĂ©tienne qui s’appuyait sur prĂšs de six cents diocĂšses, qui comptait dans ses rangs des figures de l’envergure de saint Augustin ou de saint Cyprien et dont les martyrs Ă©taient nombreux ait pu disparaĂźtre en relativement peu de temps sans laisser de trace ? » L’auteur propose des pistes de rĂ©flexions intĂ©ressantes, mĂȘme s’il concĂšde que « nous ne disposons quasiment d’aucune source qui nous permette d’éclairer les circonstances de cette disparition ». Toutefois, il note que « l’expansion musulmane ne peut ĂȘtre comprise sans la prise en compte du systĂšme de la dhimma comme moyen de contrĂŽle et d’exploitation des populations soumises, ainsi prĂ©parĂ©es progressivement Ă  leur islamisation ».

Sanchez Ă©tudie avec soin cette sociĂ©tĂ© islamique espagnole, et notamment le sort des opprimĂ©s. À l’aune de ses travaux exhaustifs, il peut Ă©crire : « Il n’existe pas aujourd’hui un seul historien digne de ce nom qui puisse prĂ©senter al-Andalus comme un exemple de cohabitation et de tolĂ©rance entre religions, ethnies et cultures diffĂ©rentes ». Il cite Ă©galement un fin connaisseur de l’Espagne mĂ©diĂ©vale en la personne de Francisco Garcia Fitz. Les deux spĂ©cialistes se rejoignent, car Garcia note : « Les vestiges qui nous permettent d’étudier les traits caractĂ©ristiques des relations entre chrĂ©tiens, musulmans et juifs ne confirment en rien cette image idyllique de la sociĂ©tĂ© hispanique mĂ©diĂ©vale. L’idĂ©e d’une Espagne oĂč aurait lieu une rencontre bienveillante entre les trois cultures semble rĂ©pondre Ă  un besoin sociologique ou anthropologique de disposer d’un mythe, d’une fiction allĂ©gorique rassurante ».

L’auteur constate que le statut de dhimmi ne visait pas Ă  « configurer un cadre de cohabitation et de tolĂ©rance entre les fidĂšles des religions monothĂ©istes mais Ă  garantir la soumission des protĂ©gĂ©s ». Sanchez rappelle Ă  juste titre que l’idĂ©ologie musulmane « divise les peuples en deux groupes irrĂ©conciliables : les musulmans qui habitent le dar al-islam, c’est-Ă -dire les pays soumis Ă  la loi islamique ; et les infidĂšles, qui habitent le dar al-harb, les pays de la guerre, lesquels sont vouĂ©s Ă  passer sous contrĂŽle islamique par la conversion de leurs habitants, soit par la conquĂȘte armĂ©e ».

En dĂ©finitive, Sanchez dresse la conclusion suivante : « Comment est-il possible que la sociĂ©tĂ© et la civilisation qui ont imaginĂ© et imposĂ© cet effrayant systĂšme de soumission et de dĂ©gradation que nous connaissons sous le nom de dhimma puissent ĂȘtre prĂ©sentĂ©es comme des modĂšles de tolĂ©rance entre cultures et religions ? ». Il prĂ©cise nĂ©anmoins qu’il « ne s’agit pas ici de nier les rĂ©ussites de l’Islam d’al-Andalus, mais nous voulons en revanche lutter contre la tendance si marquĂ©e aujourd’hui d’idĂ©alisation d’Al-Andalus par exĂ©cration de l’Espagne chrĂ©tienne ».

Il faut impĂ©rativement admettre que beaucoup de propagandistes sont attachĂ©s au mythe des Trois Cultures. De fait, ils nient la rĂ©alitĂ© historique : la majeure partie de la population fidĂšle Ă  la religion chrĂ©tienne vivait dans un systĂšme mettant en avant la sĂ©grĂ©gation sociale, l’exploitation Ă©conomique et fiscale voire l’humiliation dans certains cas. Cet ouvrage permet de parfaitement comprendre le sort trĂšs peu dĂ©sirable des chrĂ©tiens vivant sous le joug musulman. Les exemples et les dĂ©monstrations limpides foisonnent. Cette Ă©tude permet de dĂ©truire le mensonge de la convivialitĂ© pacifique entre les cultures et les religions construit Ă  l’exact opposĂ© de la vĂ©ritĂ© de l’histoire. Nous laissons le mot de la fin Ă  Sanchez : « Aujourd’hui plus que jamais, face au mythe, la vĂ©ritĂ© s’avĂšre nĂ©cessaire. »

Les chrétiens dans al-Andalus par Rafael Sanchez Saus (Editions du Rocher).

Les chrétiens dans al-Andalus par Rafael Sanchez Saus (Editions du Rocher).

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A propos de l'auteur

Franck Abed

Franck Abed est catholique et royaliste. Ses thĂšmes de prĂ©dilection sont : l’histoire, l’histoire des idĂ©es politiques, la philosophie, la mĂ©tapolitique et la culture. Vous pouvez retrouver son parcours et ses analyses dans son site personnel www.franckabed.com .

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