Appartenant Ă  la trĂšs aristocratique gens Julii (oĂč l’on prĂ©tend ĂȘtre issu de VĂ©nus), il est, par sa mĂšre, le neveu d’un trĂšs grand chef de guerre, Caius Marius, le vainqueur des Cimbres du Jutland, des Teutons des rivages mĂ©ridionaux de la Baltique, des Maures et des Noirs de Numidie (le Maghreb occidental). Marius fit Ɠuvre de populiste : il ouvrit largement l’accĂšs au corps des officiers aux plus valeureux des lĂ©gionnaires d’origine obscure (des plĂ©bĂ©iens pauvres) et ordonna une Ă©quitable distribution des terres conquises entre tous les soldats parvenus Ă  leur « congĂ© honorable ».

Il fut le crĂ©ateur d’un symbole populiste destinĂ© Ă  dĂ©fier les siĂšcles. Durant la guerre qui l’opposa, Ă  la fin du IIe siĂšcle, aux sĂ©nateurs, dirigĂ©s par son ex-chef d’état-major Lucius Cornelius Sylla, il rassembla ses partisans par le logo de la botte de foin plantĂ©e sur un pilum. Leur guerre, durant laquelle ni l’un ni l’autre n’hĂ©sita devant le franchissement du modeste Rubicon ni ne recula devant le pillage des demeures romaines des adversaires, fut le prĂ©lude d’un siĂšcle de guerres civiles qui ne se terminĂšrent que par la victoire, en – 30, d’Octave, hĂ©ritier et neveu de CĂ©sar.

Buste Jules Cesar.

Premier titulaire de l’imperium majus, en – 27, avec le titre de princeps senatus, soit en français moderne les pouvoirs d’un empereur, Octave-Auguste fut le premier chef permanent, civil, militaire, mais aussi religieux de Rome, titulaire de l’Auctoritas – la primautĂ© morale et spirituelle – et de la Potestas – la toute-puissance temporelle
 un FĂŒhrer, en quelque sorte.

Caius Julius Caesar, le CĂ©sar des Français, nĂ© en – 100, ne fut jamais « empereur », mais sous l’Empire romain, l’hĂ©ritier, associĂ© au trĂŽne d’un Augustus (l’empereur), Ă©tait appelĂ© un Caesar
 Kaiser et tsar furent des titres impĂ©riaux se rĂ©fĂ©rant Ă  l’illustre Jules.

ÉpargnĂ© par Sylla, CĂ©sar est d’abord l’ami du chevalier et grand gĂ©nĂ©ral PompĂ©e, tous deux s’associant au plus riche des Romains, Marcus Lucius Crassus. CĂ©sar parcourt Ă  trĂšs vive allure le traditionnel cursus honorum : Flamine de Jupiter (prĂȘtre) Ă  17 ans, tribun militaire Ă  27, Pontifex maximus (grand prĂȘtre) Ă  38 ans, il accĂšde pour la premiĂšre fois au consulat en – 59, puis devient le proconsul des Gaules (de – 58 Ă  – 51), ce qui lui apporte gloire et fortune.

De – 49 Ă  – 46, il mĂšne la lutte contre PompĂ©e et divers sĂ©nateurs, d’Italie en Espagne, d’Afrique du Nord en Égypte, puis en Asie Mineure. Élu dictateur par les Comices (l’assemblĂ©e des citoyens de Rome) Ă  compter de – 49, il meurt assassinĂ© en mars – 44, six mois aprĂšs avoir dĂ©signĂ© Octave comme successeur.

Qu’il ait Ă©tĂ© victime d’épilepsie et bisexuel n’est d’aucun intĂ©rĂȘt pour l’historien. Ce fut en revanche, un gĂ©nie politique et militaire comme l’on en a rarement vu dans l’histoire. Plutarque ne s’y est pas trompĂ© qui mit en parallĂšle les vies d’Alexandre le Grand et de CĂ©sar.

Toutes les rĂ©formes de CĂ©sar ont pour finalitĂ© de lutter contre le parlementarisme (le SĂ©nat) et sa corruption Ă©lectoraliste (entre bien d’autres exemples possibles : il n’est pas exagĂ©rĂ© d’affirmer que Marcus Tullius Cicero (CicĂ©ron) fut un dĂ©magogue aussi abject qu’un vulgaire politicien de la Ve RĂ©publique française).

CĂ©sar peuple le SĂ©nat, accru d’un tiers de ses membres, de Celtes et d’IbĂšres, mais aussi de plĂ©bĂ©iens de talent, les espĂ©rant moins corruptibles que les aristocrates.

ParallĂšlement, il diminue d’un tiers le montant des fermages publics et celui des impĂŽts, mais il fait dĂ©sormais payer sĂ©nateurs et chevaliers. Il protĂšge les provinciaux de l’aviditĂ© des gouverneurs (issus des deux castes riches de Rome), puis dĂ©cide de remplacer les gouverneurs issus du sĂ©nat ou de la classe Ă©questre par des fonctionnaires, rĂ©vocables par le chef de l’ExĂ©cutif. Il lutte contre la prĂ©varication et le trafic d’influence des magistrats
 On comprend son impopularitĂ© chez les chroniqueurs issus de la caste sĂ©natoriale et sa popularitĂ© extrĂȘme du cĂŽtĂ© de la plĂšbe, qui exige pour ses funĂ©railles une innovation : l’incinĂ©ration dans les limites de l’Urbs.

Il a indĂ©niablement crĂ©Ă© un culte de la personnalitĂ©, moins par goĂ»t de la gloriole que pour asseoir son autoritĂ©. S’il fut « divinisé » aprĂšs sa mort, ce fut pour signifier que son esprit s’était rendu digne d’ĂȘtre admis en la prĂ©sence des dieux, oĂč qu’ils demeurent. C’est ce que les juifs et les chrĂ©tiens, intoxiquĂ©s par leur fanatisme monothĂ©iste, n’ont jamais compris
 pourtant les « saints » ont la mĂȘme prĂ©rogative que les sujets « divinisĂ©s » par les paĂŻens : contempler la gloire divine.

Toute l’Ɠuvre de CĂ©sar, poursuivie par son exceptionnel neveu, a pour but de crĂ©er un État centralisĂ©, fort, de type monarchique, oĂč la Justice soit rĂ©ellement Ă©galitaire. Octave-Auguste fait ensuite adopter par le SĂ©nat une loi permettant Ă  chaque libre ressortissant de l’Empire, citoyen romain ou non, d’ĂȘtre jugĂ© selon les coutumes de sa Nation, avec un droit d’appel au princeps senatus.

CĂ©sar tente de moderniser la civilisation romaine, acceptant ainsi une mise Ă  jour du calendrier, qui sera rĂ©actualisĂ©e au XVIe siĂšcle
 mais en pays antipapistes, on restera longtemps fidĂšle au calendrier julien.

Les droits de douane, qui font rugir tant de riches chroniqueurs, ne sont que la contrepartie de la Pax romana rĂ©gnant en MĂ©diterranĂ©e et sur les routes, de la fin de la guerre civile jusqu’au IIIe siĂšcle. Seuls les citoyens romains ont le privilĂšge de possĂ©der une habitation n’importe oĂč dans l’Empire, tandis que les hommes libres qui ont droit de citĂ© ne peuvent en possĂ©der une ou plusieurs que dans les limites de cette citĂ© et de son terroir
 SaĂŒl-Paul ne fut jamais citoyen romain, mais citoyen de Tarse.

Tout changera avec le grotesque Ă©dit de Caracalla, en 212, Ă©tendant le droit de citoyennetĂ© romaine Ă  tous les hommes libres de l’Empire. La dĂ©cision (de motivation fiscale) de ce nabot criminel et dĂ©bauchĂ©, berbĂšre par son pĂšre et syrien par sa mĂšre, fut l’une des causes majeures de la destruction de l’Empire, conjuguant ses effets dĂ©sastreux avec l’affaissement moral de l’élite, le fanatisme religieux et la trĂšs niaise charitĂ© des chrĂ©tiens, en une Ă©poque oĂč les ennemis, avides de richesses, Ă©taient innombrables.

Avant cet Ă©dit dĂ©sastreux, durant le long apogĂ©e de l’Empire, le princeps senatus devait, pour plaire aux aristocratiques chroniqueurs, se comporter en digne personnage, sage et respectueux des formes (sinon des lois), Ă©tant « le bon berger du troupeau impĂ©rial »  la phrasĂ©ologie chrĂ©tienne n’a fait que reprendre une expression paĂŻenne qui date du rĂšgne d’Octave-Auguste, manifestement reprise par JĂ©sus de Nazareth lors de son enseignement semi-public, sous le rĂšgne de TibĂšre.

Texte tirĂ© pour l’essentiel de Bernard Plouvier : Le populisme ou la vĂ©ritable dĂ©mocratie, Les Bouquins de SynthĂšse Nationale, 2017. Pour commander ce livre, cliquez ici.

Populisme véritable democratie

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