Non, le vĂ©ritable enjeu de la rĂ©union des 28 pays membres de l’OTAN, Ă  Varsovie les 8 et 9 juillet, n’était pas le dĂ©ploiement de quelques bataillons en Pologne, mais la protection du territoire amĂ©ricain, les jeux de guerre en mer Noire et
 le Brexit.

Entre la complĂ©tude stratĂ©gique qui reste le modĂšle US, et la position de l’Allemagne qui refuse le nuclĂ©aire pour s’en tenir Ă  la seule dĂ©fense antimissiles, la France se contorsionne.

La doctrine des États-Unis repose sur deux volets : la dissuasion, qui vise Ă  persuader l’ennemi de son anĂ©antissement s’il ose attaquer, mais Ă©galement la sanctuarisation de son territoire contre une attaque de missiles balistiques, ce que rappelle le Ballistic Missile Defense Review Report de fĂ©vrier 2010.

Cette idĂ©e d’intercepter les missiles en amont et bien avant que tout le bazar leur arrive sur la gueule, nĂ©cessite forcĂ©ment une profondeur territoriale consĂ©quente entre les mĂ©chants et le continent amĂ©ricain. L’effondrement de l’URSS n’a pas mis fin Ă  cette doctrine. Poutine qui fait payer Ă  l’occident la reconnaissance du Kosovo, prend un malin plaisir Ă  soutenir les mouvements autonomistes russophiles, ce qui arrange finalement les AmĂ©ricains. Surfant sur la peur, ils ont ainsi agrĂ©gĂ© Ă  l’OTAN Pologne, Roumanie, Albanie, Bulgarie, SlovĂ©nie, TchĂ©quie, Slovaquie, Lituanie, Lettonie, Croatie et Estonie, moins pour les dĂ©fendre (pour l’avoir cru, la Georgie y a laissĂ© l’OssĂ©tie du Sud et l’Abkhazie) que pour en faire leur glacis stratĂ©gique et y dĂ©ployer radars et missiles antimissiles « Patriot » ou SM3.

Joseph Dunford, chef d’État-major, toutes mĂ©dailles dehors, en fait des tonnes sur le sujet. En rĂ©alitĂ©, toute cette rhĂ©torique guerriĂšre ne vise qu’à figer la situation sur le front est europĂ©en pour rĂ©orienter les forces US vers la mer de Chine mĂ©ridionale, face Ă  PĂ©kin.

Entre-temps, la mer noire permet aux deux puissances de tester leurs matĂ©riels ; cĂŽtĂ© US, AEGIS et BMDE, cĂŽtĂ© russe systĂšme Khibiny à nuage numĂ©rique, radars basses frĂ©quences Protivnik ou anti-missile S 500 qui prĂ©tend Ă  une sĂ©quence de moins de 4 secondes, au grand dam des AmĂ©ricains qui, eux, n’arrivent pas en dessous de 8 !

La France rĂ©cuse, par principe thĂ©orique, la dĂ©fense antimissiles, considĂ©rĂ©e comme contradictoire avec la crĂ©dibilitĂ© de sa dissuasion. L’ennemi terrorisĂ© par les reprĂ©sailles n’appuiera pas sur le bouton (en principe). Se doter d’une dĂ©fense antimissile reviendrait donc Ă  laisser entendre que nous n’y croyons pas vraiment ! Inconcevable.

Pour cette mĂȘme raison, la France s’est toujours refusĂ©e Ă  construire des abris antiatomiques. Ce principe trouve aujourd’hui ses limites : la multiplication des conflits locaux appuyĂ©e par la diffusion des missiles low cost de courte portĂ©e (fabriquĂ©s en CorĂ©e du Nord), impose de pouvoir rĂ©agir Ă  une frappe limitĂ©e et conventionnelle sur un thĂ©Ăątre d’opĂ©rations extĂ©rieur contre laquelle la rĂ©ponse nuclĂ©aire serait disproportionnĂ©e, donc inapplicable. DĂšs lors, la France, restant sur le seul aspect tactique, s’est engagĂ©e avec l’Italie sur un programme : le SAMP/T.

Par ailleurs, lors du prĂ©cĂ©dent sommet en 2010 Ă  Lisbonne, l’Allemagne avait lourdement insistĂ© sur son rejet du nuclĂ©aire et demandĂ© aux AmĂ©ricains le retrait de ces armes du sol europĂ©en. Son souhait : s’en tenir Ă  dĂ©velopper un rĂ©seau musclĂ© de dĂ©fense antimissile. Au final, cette derniĂšre, mĂ©nageant la chĂšvre et le chou, aboutissait Ă  deux projets : l’un tactique pour protĂ©ger un thĂ©Ăątre d’opĂ©rations ; l’autre globale pour sanctuariser les territoires des pays membres.

La France et le Royaume-Uni comprenant que la position allemande et le cynisme américain rendaient tout cela incohérent, allaient conclure le 2 novembre 2010 à Lancaster House un partenariat stratégique. Accord capital qui réaffirme leur dissuasion nucléaire et met en commun la recherche et le développement de ces armes.

Politiquement, l’accord Ă©vitait Ă  la France de se retrouver isolĂ©e face Ă  l’Allemagne et aux nations antinuclĂ©aires. Sauf qu’aujourd’hui, le Brexit dĂ©stabilise cet Ă©difice politico-stratĂ©gique et ne nous aide pas. L’OTAN devient encore un peu plus incontournable pour maintenir le Royaume-Uni dans l’organisation de la sĂ©curitĂ© europĂ©enne et renforce la tutelle US.

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