Une fois n’est pas coutume, nous dirons le plus grand mal de cette initiative du prĂ©sident amĂ©ricain qui n’est ni juste ni, surtout, sĂ©rieuse. Enfin, comment les Arabes de Palestine pourraient-ils accepter un plan qui les ampute d’un cinquiĂšme de leur territoire, – dĂ©jĂ  rĂ©duit comme une peau de chagrin –, et qu’on leur propose d’installer leur capitale Ă  Abu Dis, une banlieue de JĂ©rusalem-Est Ă  l’extĂ©rieur du mur de sĂ©curité ?

Un bref rappel historique

Mais avant d’aller plus loin, un rafraĂźchissement des mĂ©moires est nĂ©cessaire. On sait que depuis la dispersion des Juifs de Palestine il y a des lustres, il est toujours restĂ© un petit noyau de la religion mosaĂŻque dans ce pays, et on connaĂźt l’exhortation rituelle des exilĂ©s, « l’an prochain Ă  JĂ©rusalem ».

L’homme d’État britannique, Lord Balfour, avait d’ailleurs reconnu en 1917, le droit des Juifs Ă  revenir en Palestine pour y crĂ©er un « Foyer national juif », embryon d’État qui n’osait pas dire son nom. Et cet embryon d’État, aprĂšs que nombre de rescapĂ©s des camps de la mort l’ont rejoint, a vu le jour, lĂ©galement, internationalement, en 1947, lorsque les Nations Unies ont votĂ© pour la crĂ©ation de deux États en Palestine, l’un arabe, l’autre juif avec, au milieu, JĂ©rusalem Ă©rigĂ©e en corpus separatum, administrĂ© par l’ONU.

C’était le projet onusien acceptĂ© par une majoritĂ© qualifiĂ©e des pays membres de l’ONU, Ă  l’époque beaucoup moins nombreux qu’aujourd’hui. L’erreur fondamentale des pays arabes et autres contrĂ©es musulmanes, c’est d’avoir refusĂ© ce partage, qui Ă©tait Ă  l’époque territorialement Ă©quitable, et d’avoir exhortĂ© les Palestiniens Ă  fuir leur pays, en leur assurant que les armĂ©es Ă©gyptienne, syrienne, jordanienne, libanaise et irakienne, allaient « jeter les Juifs Ă  la mer ». Que nenni ! Ce qui se passa, au contraire, ce sont les HĂ©breux qui repoussĂšrent victorieusement les troupes arabes et refusĂšrent, Ă  l’exception tout de mĂȘme de 100 000 personnes, le retour des Arabes qui avaient fui les territoires qui leur avaient Ă©tĂ© concĂ©dĂ©s, et qui venaient d’ĂȘtre conquis par la Haganah.

Une supériorité militaire jamais démentie

Meilleur entraĂźnement peut-ĂȘtre, Ă©vidente farouche volontĂ©, motivation supĂ©rieure sans doute par rapport aux armĂ©es arabes, Ă  l’exception de la LĂ©gion arabe jordanienne formĂ©e par l’Anglais Glubb Pacha, toujours est-il que la Haganah domina le champ de bataille. Il en sera ainsi en 1956, avec la crise de Suez oĂč l’armĂ©e juive culbuta les troupiers de Nasser pour camper en trois ou quatre jours sur les rives du canal, en 1967, lors de la « guerre des 6 jours », oĂč IsraĂ«l dĂ©truisit les trois armĂ©es arabes de ses voisins, en conquĂ©rant le SinaĂŻ, le Golan, Gaza et la Cisjordanie, sans omettre la rĂ©unification de la ville trois fois sainte. N’oublions pas 1973 avec la « guerre du Kippour » – lĂ , il Ă©tait moins une pour Tsahal sur le canal de Suez et les hauteurs du plateau du Golan-, en 1982, invasion du Liban etc. Bref, un certain nombre d’Arabes ont fini par comprendre que l’État d’IsraĂ«l Ă©tait lĂ  pour durer, une fatalitĂ© avec laquelle il fallait composer et nĂ©gocier avec « l’entitĂ© sioniste » ! D’autant qu’IsraĂ«l possĂšde l’arme suprĂȘme, sans officiellement l’avouer.

Négocier avec les Juifs ?

Ce fut le cas du prĂ©sident Ă©gyptien Anouar El Sadate, qui le paya de sa vie, et du Roi Hussein de Jordanie. Bachir Gemayel aurait fait de mĂȘme, s’il n’avait pas Ă©tĂ© assassinĂ© au Liban, alors qu’il s’apprĂȘtait Ă  en prendre la prĂ©sidence. Les spectaculaires accords d’Oslo signĂ©s en 1993 entre Yasser Arafat, chef de l’Organisation de LibĂ©ration de la Palestine (OLP), et le gĂ©nĂ©ral Rabin premier ministre travailliste qui fut, lui aussi, assassinĂ© par un Juif extrĂ©miste le qualifiant de « traĂźtre », auraient dĂ» rĂ©gler progressivement et dĂ©finitivement le problĂšme. Mais la prĂ©sence du Likoud de Benyamin Netanyahu au Pouvoir, associĂ© aux exĂ©crables partis religieux, a complĂštement gelĂ© les tenants et aboutissants de ces accords mort-nĂ©s. Eh bien, il en sera de mĂȘme du plan de paix de The Donald.

Trump Netanyahu

Un plan totalement déséquilibré qui fait la part (trop) belle à Israël

En prĂ©ambule de l’éventuel accord, il faudrait que les Palestiniens renoncent au terrorisme et que le Hamas, qui tient la Bande de Gaza surpeuplĂ©e, – 350 kmÂČ pour presque 2 millions d’habitants, reconnaisse IsraĂ«l. Jusque-lĂ , rien de scandaleux. LĂ  oĂč ça se complique, c’est qu’il est reconnu aux IsraĂ©liens le droit d’annexer les colonies implantĂ©es en Cisjordanie, notamment le bloc central de Ma’alĂ© Adumin. Tout cela reprĂ©sente plus ou moins 400 000 habitants retranchĂ©s dans des villes-dortoirs qui font de la Palestine arabe une vĂ©ritable « peau de lĂ©opard », ou un gruyĂšre, si le lecteur prĂ©fĂšre cette comparaison
 alimentaire ! PremiĂšre difficultĂ©. Seconde difficultĂ©, le droit reconnu Ă  I’État hĂ©breu d’annexer une bande plus ou moins large de 10 Ă  15 km, partant du sud de la GalilĂ©e et Ă©pousant le cours du Jourdain jusqu’à la Mer Morte, sans que l’on sache si la Palestine contrĂŽlerait le seul pont qui la relie Ă  la Jordanie, et si elle aurait un accĂšs Ă  la Mer Morte, ne serait-ce que pour, elle aussi, disposer d’une station balnĂ©aire. Autre difficultĂ©, et pas des moindres tant elle est chargĂ©e de symboles, le sort de JĂ©rusalem.

Trump reconnaĂźt que cette ville, militairement rĂ©unifiĂ©e en 1967, par les soldats de Moshe Dayan, le gĂ©nĂ©ral borgne, est la capitale Ă©ternelle d’IsraĂ«l selon l’incantation et la volontĂ© des nationalistes juifs. Il est Ă©vident que si le prĂ©sident de l’AutoritĂ© palestinienne, Mahmoud Abbas, signait un tel pacte, il serait assassinĂ© dans les 24 heures, pauvre de lui ! Alors il y a bien un volet Ă©conomique promettant monts et merveilles aux Palestiniens, 50 milliards de dollars d’investissements, crĂ©ation d’un million d’emplois, dans les 10 ans,  sans que l’on sache d’oĂč viendraient ces millions, et quelles entreprises crĂ©eraient ces milliers et ces milliers de boulots. Car disons-le clairement, les Arabes de Gaza ou de la Cisjordanie ne sont pas des Chinois de Singapour ou de Hong-Kong, ça se saurait


Une situation bloquée, sans espoir ?

Avec un contentieux d’une telle ampleur, un sentiment d’injustice si fortement ancrĂ© pour les uns, une certitude d’avoir raison pour les autres, difficile de faire accepter un compromis. N’oublions pas non plus, qu’il y a un mur de sĂ©curitĂ© qui sĂ©pare physiquement IsraĂ«l et les colonies de la Cisjordanie arabe (ce qui, en passant, a tout de mĂȘme fait chuter les attentats terroristes en IsraĂ«l).

Pour l’avoir franchi dans les deux sens, j’ai constatĂ© que c’était, tout de mĂȘme, une humiliation quotidienne pour les salariĂ©s arabes qui travaillent en IsraĂ«l, et qui rentrent dormir chez eux, le soir, Ă  Naplouse, HĂ©bron, Ramallah, BethlĂ©em ou JĂ©richo, et qui doivent montrer patte blanche aux soldats qui gardent des points d’appui fortifiĂ©s. Probable que nos parents ou grands-parents pour les plus jeunes, devaient ressentir la mĂȘme rancƓur face Ă  la ligne de dĂ©marcation en 1940 et la suite


Ce plan de paix, Ă  part les milieux conservateurs amĂ©ricains, Ă©vangĂ©listes, juifs et autres, et le trĂšs british Boris Johnson, n’a pas recueilli beaucoup d’adhĂ©sions. La Ligue arabe, bien sĂ»r, y est hostile, l’Union europĂ©enne, comme toujours, s’est fendue d’un communiquĂ© trĂšs « jĂ©suite », l’Allemagne est rĂ©ticente, et la France avec un texte mi-figue, mi-raisin, se retranche derriĂšre le « droit international », ce qui signifie qu’elle le rĂ©fute, mais seulement du bout des lĂšvres. Non Mister Trump, votre copie est mauvaise. Elle ne vous assure le soutien que des milieux ultras pour votre rĂ©Ă©lection ce qui, somme toute, et pour d’autres sujets, n’est pas une mauvaise chose, mais qui, pour dĂ©samorcer la bombe proche-orientale, ne rĂ©sout RIEN.

Ce serait mĂȘme, plutĂŽt contre-productif. D’ailleurs, la rue arabe, avec ses manifestations, le prouve. L’espoir viendrait, peut-ĂȘtre, d’une victoire Ă©lectorale du courant « blanc-bleu » de l’ex-gĂ©nĂ©ral Gantz, challenger de Netanyahu pour les prochaines Ă©lections lĂ©gislatives en IsraĂ«l. Non pas que ce dernier soit une colombe, mais le fait qu’il Ă©tait justement, un soldat, lui permet d’avoir une approche plus rĂ©aliste, plus pragmatique, de la problĂ©matique. ConcrĂštement, tant que les Arabes de Palestine n’auront pas un État viable dans des frontiĂšres, certes, lĂ©gĂšrement retoquĂ©es – par exemple en supprimant le saillant de Latroun –, avec un gouvernement installĂ© Ă  JĂ©rusalem-Est – il y a encore une toute petite place pour y mettre un bĂątiment parlementaire et gouvernemental –, aucun progrĂšs ne sera possible, et cette plaie vive qui perdure depuis 1947/1948, restera le cancer qui ronge les relations internationales. Et ce n’est pas un projet farfelu de tunnel pour joindre directement la Cisjordanie Ă  Gaza, regardez la carte et vous comprendrez, qui apaisera le mal.

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A propos de l'auteur

Jean-Claude Rolinat

Jean-Claude Rolinat a Ă©tĂ© successivement cadre administratif, documentaliste et journaliste dans la presse d’opinion. Il a publiĂ© plusieurs ouvrages consacrĂ©s Ă  l’histoire contemporaine et rĂ©digĂ© les biographies du gĂ©nĂ©ral Peron (Argentine), du marĂ©chal Mannerheim" (Finlande), et de Ian Smith (RhodĂ©sie), "Le Canada français, de Jacques Cartier au gĂ©nocide tranquille" (avec RĂ©mi Tremblay). Derniers livres parus aux Ă©ditiions Dualpha : "La Bombe africaine et ses fragmentations", prĂ©facĂ© par Alain Sanders et "Dictionnaire des États Ă©phĂ©mĂšres ou disparus de 1900 Ă  nos jours” (2e Ă©d. revue, corrigĂ©e et augmentĂ©e).

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