Un clou mĂ©diatique chassant gĂ©nĂ©ralement l’autre, quid du golpe ayant tentĂ© de renverser le prĂ©sident Recip Erdogan, passĂ© en pertes et profit par une actualitĂ© franco-française plus immĂ©diate ? Militaires « laĂŻcs et kĂ©malistes » tentant de renverser un gouvernement « islamo-conservateur » ? Ou lutte interne entre diverses fractions musulmanes au sein mĂȘme du pouvoir ? Comme toujours, la vĂ©ritĂ© est plus complexe.

  • Le putsch en question a Ă©chouĂ© parce qu’il ne pouvait pas rĂ©ussir. Nous ne sommes plus dans la Turquie des annĂ©es 80 du siĂšcle dernier, quand une armĂ©e toute-puissante faisait et dĂ©faisait les rĂ©gimes, sans que l’opinion internationale ne s’en Ă©meuve plus que ça.
  • Quoiqu’on puisse penser du prĂ©sident Erdogan, en train de mettre en place une sorte « d’autocrature », nĂ©ologisme formĂ© par quelques mĂ©dias occidentaux, pour une fois mieux inspirĂ©s que d’habitude, il n’empĂȘche que le pouvoir en place demeure largement populaire. Ce pour la simple raison qu’il a de longue date privilĂ©giĂ© la Turquie d’en bas (Anatolie et Cappadoce), plutĂŽt que l’appartement tĂ©moin stambouliote, vitrine sur laquelle se focalisent les partisans de l’entrĂ©e de la Turquie en notre Vieux continent. Bref, le peuple turc, celui des « invisibles », a toujours plĂ©biscitĂ© Erdogan, nonobstant nos Ă©lĂ©gances mĂ©diatiques.
  • Ensuite, au cƓur de ce coup d’État, la puissante fraternitĂ© GĂŒlen, fondĂ©e par un imam d’obĂ©dience soufie et vivant depuis longtemps aux États-Unis, principale caution religieuse du rĂ©gime, caution retirĂ©e depuis la rĂ©pression musclĂ©e des Ă©meutes de la Place Taksim, lorsque l’un des derniers espaces verts de l’historique capitale turque manqua d’ĂȘtre transformĂ© en centre commercial aprĂšs prĂ©alable bĂ©tonnage.
  • Cette lĂ©gitimitĂ© n’est pas rien, ce qui explique mieux la suite des Ă©vĂ©nements. Vu de France, cela peut paraĂźtre anecdotique. Mais lĂ -bas, le poids des confrĂ©ries est puissant ; mĂȘme plus que celui de l’armĂ©e. Et vu d’Europe, ce n’est pas sans incidence non plus.
  • 9 fĂ©vrier 1913 : Un coup d'État Ă  Constantinople.

    9 fĂ©vrier 1913 : Un coup d’État Ă  Constantinople.

     

  • Ainsi, en matiĂšre d’afflux de vrais ou de faux rĂ©fugiĂ©s, la Turquie demeure encore maĂźtresse du jeu, peut fermer le robinet ou le rouvrir Ă  grande eau. LĂ , le prĂ©sident Erdogan, qui n’ignore rien des vĂ©ritables rapports de force, prĂ©fĂšre traiter avec le patron plutĂŽt qu’avec ses employĂ©s : autant dire qu’il dĂ©croche plus souvent son tĂ©lĂ©phone pour appeler Berlin que Paris.
  • Seulement voilĂ , le conte de fĂ©es Ă  l’eau de rose de ces centaines de milliers de rĂ©fugiĂ©s ne fait plus rire personne, mĂȘme pas Angela Merkel, qui commence actuellement Ă  perdre la main, fut-ce au sein de sa propre coalition. Des centaines de milliers de gueux, mais CSP+ (catĂ©gories socio-professionnelles favorisĂ©es), qui auraient pu soutenir l’industrie allemande tout en finançant le dĂ©ficit de son rĂ©gime de retraite, et comblant au passage son traditionnel dĂ©ficit dĂ©mographique, c’était la bonne affaire pour qui voyait la chose les yeux tout grands fermĂ©s.
  • Entre-temps
 l’impondĂ©rable : la tentative de partouze pas tout Ă  fait consentie Ă  Cologne, quelques attentats terroristes, mĂȘme en Turquie. Et c’est lĂ  aussi que cette derniĂšre paye ses errements diplomatiques : bombarder officiellement l’État islamique tout en l’armant officieusement et en n’attaquant, par ailleurs, que les positions kurdes, seuls vĂ©ritables remparts contre ce mĂȘme État islamique. Rapprochement avec IsraĂ«l tout en entretenant des relations de plus en plus glaciales avec TĂ©hĂ©ran. En bon français, on appelle ça la politique de Gribouille. Un peu pris Ă  son propre piĂšge, le prĂ©sident Recep Erdogan dĂ©plore aujourd’hui le soutien des plus chichement comptĂ© des chancelleries occidentales quant au putsch plus haut Ă©voquĂ©.
  • Il Ă©tait donc logique que la puissante fraternitĂ© GĂŒlen, non sans raison suspectĂ©e d’ĂȘtre une sorte d’État dans l’État, ne se mĂȘle de la partie, sachant que dans une direction bicĂ©phale, il est frĂ©quent qu’à dĂ©faut d’une constitution clairement Ă©tablie, tel qu’en Iran, l’une de ces deux tendances ne puisse survivre qu’en Ă©liminant l’autre. Cela s’est dĂ©jĂ  vu du temps des Janissaires, autre corps de soldats chrĂ©tiens qui, arrachĂ©s Ă  leurs familles et Ă©levĂ©s dans le culte de l’empire dĂšs sevrage, n’ont cessĂ© d’infiltrer le Califat avant de tenter de le renverser Ă  plusieurs reprises. Si l’histoire ne repasse pas toujours les plats, il peut lui arriver de bĂ©gayer

  • Et l’Europe, dans tout ça ? L’Allemagne Ă  la ramasse et la France partie Ă  l a cueillette aux fraises.

MĂȘme Bernard Kouchner aurait fait mieux.

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