Menaces d’expulsion du consul de Hongrie de Berehove (Ukraine) et nouvelles tensions diplomatiques entre Budapest et Kiev.

Les tensions diplomatiques entre Budapest et Kiev sont rĂ©currentes depuis septembre 2017, lorsque les autoritĂ©s ukrainiennes ont entrepris de mener une rĂ©forme du systĂšme Ă©ducatif visant Ă  supprimer toutes les langues minoritaires (russe en premier lieu, mais aussi polonais, roumain, hongrois ou bulgare). Cela avait amenĂ© la Hongrie a opposer son vĂ©to à la prĂ©sence de l’Ukraine lors d’un sommet de l’OTAN pour protester contre les consĂ©quences de cette loi pour la minoritĂ© hongroise de Subcarpatie. L’incendie en fĂ©vrier 2018 du centre culturel hongrois d’Oujhorod (en hongrois : UngvĂĄr) avait Ă©galement ravivĂ© ces tensions.

Ce vendredi 21 septembre 2018, le ministre des Affaires Ă©trangĂšres ukrainien Pavlo Klimkin a dĂ©clarĂ© que l’Ukraine Ă©tait prĂȘte Ă  expulser le Consul de Hongrie en poste Ă  Berehove (en hongrois : BeregszĂĄsz) si Budapest ne le rappelait pas.

Cette dĂ©claration fait suite Ă  une vidĂ©o dans laquelle des Hongrois d’Ukraine participent Ă  une courte cĂ©rĂ©monie durant laquelle il se voient attribuer la citoyennetĂ© hongroise. À la fin de cette vidĂ©o, on peut entendre une personne signaler qu’il ne faut pas utiliser le passeport hongrois Ă  la frontiĂšre ukrainienne, mais uniquement le passeport ukrainien.

En effet, en principe, l’Ukraine ne reconnaĂźt pas la double-citoyennetĂ©, et il est prĂ©fĂ©rable de ne pas faire Ă©tat de l’obtention d’une autre citoyennetĂ© aux autoritĂ©s, au risque que la citoyennetĂ© ukrainienne soit perdue. L’application des dispositions strictes de cette loi semble toutefois ĂȘtre Ă  gĂ©omĂ©trie variable, puisqu’il est notoriĂ©tĂ© publique que l’oligarque et ancien gouverneur de Dnipropetrovsk Ihor Kolomoyskyi dispose de trois citoyennetĂ©s (dont la citoyennetĂ© ukrainienne).

Depuis 2010 et le retour au pouvoir de Viktor OrbĂĄn, les autoritĂ©s hongroises ont entrepris une politique de rĂ©intĂ©gration dans la citoyennetĂ© hongroise en faveur des nombreuses minoritĂ©s hongroises des pays voisins de la Hongrie, consĂ©quence du dĂ©coupage des frontiĂšres effectuĂ© par le TraitĂ© de Trianon aprĂšs la PremiĂšre Guerre mondiale. C’est ainsi que plus d’un million de personnes (essentiellement en Roumanie et en Serbie) ont obtenu la citoyennetĂ© hongroise entre 2010 et 2017. Seuls les Hongrois de Slovaquie sont restĂ©s Ă  l’écart de ce processus en raison d’une loi votĂ©e dans l’urgence par le parlement slovaque et mettant en place un processus de destitution de la citoyennetĂ© slovaque pour ses citoyens qui demanderaient l’obtention d’une autre citoyennetĂ©.

Dans le cas de l’Ukraine, en dĂ©pit de l’interdiction thĂ©orique de la double-citoyennetĂ©, il y a vraisemblablement eu un laisser-aller sur le contrĂŽle de l’obtention d’une autre citoyennetĂ© (en l’occurrence hongroise) par des citoyens ukrainiens, d’autant que cette citoyennetĂ© est de plus en plus souvent le sĂ©same pour l’émigration vers la Hongrie ou l’Union europĂ©enne afin de quitter une Ukraine oĂč le niveau de vie a nettement chutĂ© depuis la crise de 2013. Ainsi, la communautĂ© hongroise, estimĂ©e Ă  150.000 personnes en 2001 s’est notablement rĂ©duite ces derniĂšres annĂ©es, avec selon les estimations 1 500 dĂ©parts par an (essentiellement des jeunes).

Autre source d’inquiĂ©tude pour les autoritĂ©s hongroises : la mise en ligne par un site nationaliste ukrainien (“Myrotvorets”, qui signifie “pacificateur”) des noms (avec adresse de leur lieu de rĂ©sidence) d’un certain nombre d’élus locaux de la minoritĂ© hongroise de l’Ukraine subcarpatique supposĂ©s ĂȘtre titulaires de la citoyennetĂ© hongroise, en plus de la citoyennetĂ© ukrainienne.

Selon le site Karpatinfo, il est arrivĂ© par le passĂ© que des personnes (en l’occurrence l’ancien dĂ©putĂ© Oleg Kalachnikov et le journaliste Oles Bouzina) dont les coordonnĂ©es avaient Ă©tĂ© diffusĂ©es par ce site soient assassinĂ©es quelques jours plus tard. En 2016, le prĂ©sident ukrainien Porochenko avait admis que les autoritĂ©s n’avaient que peu de contrĂŽle sur ce site.

Liste diffusée sur la page Facebook de Myrotvorets.

Liste diffusée sur la page Facebook de Myrotvorets.

Par ailleurs en Subcarpatie, des groupes comme la Garde de Sich (Karpatska Sich, dont le nom est inspirĂ© d’une bande armĂ©e ukrainienne qui a opĂ©rĂ© dans la rĂ©gion Ă  la fin des annĂ©es 30) ont dĂ©jĂ  organisĂ© des manifestations durant lesquelles des slogans hostiles et menaçant Ă  l’endroit de la minoritĂ© hongroise ont Ă©tĂ© proclamĂ©s.

PĂ©ter SzijjĂĄrtĂł, ministre des Affaires Ă©trangĂšres hongrois, a dĂ©clarĂ© que l’éventuelle expulsion d’Ukraine du Consul de Berehove ne resterait pas sans rĂ©ponse. La rĂ©ponse majeure de la Hongrie est d’enrayer les rapprochements voulus par l’Ukraine avec l’OTAN et l’UE, deux organisations dont la Hongrie est membre. SzijjĂĄrtĂł a Ă©galement affirmĂ© que selon lui ces actions avaient lieu dans le cadre de la campagne pour la prochaines Ă©lection prĂ©sidentielle ukrainienne de mars 2019, et qu’il rencontrerait prochainement lors d’une session des Nations Unies son homologue ukrainien.

Avant la rĂ©forme scolaire ukrainienne de septembre 2017, Budapest s’était pourtant efforcĂ© d’avoir de bons rapports avec le nouveau pouvoir de Kiev. En effet, le pouvoir hongrois a dĂ©sormais pour stratĂ©gie (aprĂšs la chaotique dĂ©cennie 2000 oĂč la gauche libĂ©rale gouvernait en Hongrie) de faire en sorte que les minoritĂ©s hongroises des pays voisins ne soient plus une pomme de discorde mais un pont entre la Hongrie et ses voisins, dans une logique “gagnant-gagnant” de nĂ©gociations et d’intĂ©rĂȘts mutuellement bien compris.

C’est ainsi que lors de son discours de TusvĂĄnyos durant l’étĂ© 2016 (durant lequel il avait Ă©tĂ© le premier chef d’État Ă  exprimer son souhait de voir Donald Trump l’emporter), Viktor OrbĂĄn avait expliquĂ© que la Hongrie investissait en Subcarpatie et dĂ©fendait le droit des citoyens ukrainiens Ă  pouvoir se dĂ©placer dans l’Union europĂ©enne sans visa (droit pour lequel la Hongrie et les pays du V4 ont plaidĂ©). La levĂ©e de l’obligation de visas pour les citoyens ukrainiens pour des voyages de courte durĂ©e au sein de l’Union europĂ©enne a eu lieu dans le courant 2017.

Deux ans plus tard, Viktor OrbĂĄn dressait un bilan moins flatteur sur la situation en Ukraine : “Je ne vois pas pour eux d’adhĂ©sion Ă  l’OTAN, et la perspective d’une adhĂ©sion Ă  l’Union europĂ©enne est Ă©gale Ă  zĂ©ro, et au lieu d’un nouvel Etat ukrainien je ne vois pour le moment qu’une Ă©conomie ukrainienne dĂ©rivant vers l’esclavagisme liĂ© Ă  son endettement.“

Entre temps, la réforme scolaire ukrainienne a détérioré les relations entre Kiev et Budapest, mais aussi Varsovie et Bucarest.

Les autorités ukrainiennes ont annoncé ce jeudi par le biais du ministre des Affaires étrangÚres ukrainien Pavlo Klimkine que le consul de Hongrie en poste à Berehove (en hongrois : Beregszåsz) devait avoir quitté le territoire ukrainien dans les 72 heures.

Pavlo Klimkine a rencontrĂ© son homologue hongrois PĂ©ter SzijjĂĄrtĂł Ă  New-York lors d’une session de l’ONU. La rencontre n’a toutefois pas permis d’aplanir les diffĂ©rences entre Kiev et Budapest au sujet de l’octroi de la citoyennetĂ© hongroise aux Hongrois de l’Ukraine subcaratique.

En rĂ©ponse Ă  l’expulsion du consul hongrois, PĂ©ter SzijjĂĄrtĂł a annoncĂ© que la Hongrie procĂ©derait elle aussi Ă  l’expulsion d’un consul ukrainien, et poursuivrait sa politique de vĂ©to dans le rapprochement voulu par l’Ukraine avec l’OTAN et l’Union europĂ©enne.

Article paru sur le site VPost.

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