par Michel Grimard, Président du ROUE.

Michel Grimard, Président du ROUE.

Michel Grimard,
Président du ROUE.

Paradoxe d’une histoire récente, l’Iran devient le meilleur allié de l’Europe au Moyen-Orient. La France ne peut que s’en réjouir. Grâce à l’Iran, elle retrouve dans cette région du monde, la place historique qu’elle y occupait, avant d’en être évincée par les États-Unis, lors de leur agression, illégale et infondée, de l’Irak.

Face à l’acharnement du Président Donald Trump contre l’Iran, ce qui suscite légitimement l’inquiétude, ne laissons pas se reproduire une ignominie, aussi funeste et dévastatrice, responsable des graves désordres qui traversent aujourd’hui le Moyen-Orient.

La France et l’Europe doivent saisir l’opportunité qui leur est donnée de renouer des relations équilibrées avec ce grand pays, incontournable dans cette région du monde. Deux civilisations aussi anciennes que la France et l’Iran, qui ont joué un rôle majeur dans leurs zones d’influence respectives et façonné, pour une partie, le visage de l’Europe et du Moyen-Orient, ne peuvent que se comprendre et se respecter.

À l’occasion de la réélection du Président Hassan Rohani, il était encourageant d’entendre le Président Emmanuel Macron préciser que son gouvernement devra travailler activement à intensifier les liens économiques, scientifiques et culturels avec l’Iran, marquant ainsi son intérêt pour ce pays.

Nous espérons qu’il aura également perçu toute l’importance stratégique et géopolitique, qu’il représente. Après l’accord du 14 juillet 2015, l’Europe aurait dû faire diligence pour épauler le Président iranien, qui avait manifesté sa bonne volonté. Le pouvoir politique qu’il incarne aujourd’hui est à la fois, respectable et crédible.

Tout nous conduit à une étroite coopération, fructueuse et gagnante pour les deux parties. Ce positionnement n’est pas antinomique avec nos relations avec le monde arabe sunnite. Aucune composante, sunnite ou chiite, n’est homogène, pour ce qui conditionne la conception de nos intérêts. Nous pouvons trouver des alliés ou des opposants dans les deux camps.

Ne nous plions pas à des sanctions non motivées, dont le seul souci est de plaire à l’Arabie Saoudite. Les sanctions unilatérales décidées par les États-Unis leur étant propres, le seul droit qui nous oblige est le droit international. Le respect des engagements nous commande de les ignorer, d’autant que leur forme est honorée.

Actuellement, le Président Donald Trump remet en cause les accords du 14 juillet 2015 et se voit aussitôt gratifié par l’Arabie Saoudite, de contrats pour plusieurs milliards de dollars. N’entrant pas dans ce type de jeu misérablement mercantile, la France doit enfin comprendre qu’elle sera toujours le parent pauvre de ce pays. Cette démarche des Américains, comme beaucoup d’autres, montre bien que leurs intérêts géopolitiques ne se confondent pas, tant s’en faut, avec ceux de l’Europe.

Il en va de même de la ligne Trump-Nétanyahou qui écarte l’Europe de tout règlement et éloigne la paix. Quel étrange attelage que forme ce triple assemblage, États-Unis, Arabie Saoudite, Israël. Ces pays pointent d’un même index l’Iran, comme étant un état voyou. Au vu de leurs critères, eux-mêmes, que sont-ils ?

Malgré les pressions inconvenantes et les obstacles dressés sur sa route par les États-Unis, Total a fait preuve de courage et de discernement en signant l’accord avec l’Iran. Aucune mesure de rétorsion à l’égard de Total, respectueuse du droit international ne serait acceptable. Elle n’exprimerait qu’un autoritarisme compulsif. Le contrat paraphé par Total ouvre la voie à une coopération positive, pour la France et l’Union européenne. Elles doivent utiliser tous les atouts dont elles disposent et s’implanter sur ce marché de 80 millions d’habitants.

Ne nous laissons pas bercer d’illusions par les États-Unis, nous pourrions le regretter. En dépit du verrouillage du système bancaire international, fort heureusement pas totalement étanche, prônons l’investissement dans ce pays stable et fustigeons cette méthode.

Son homogénéité religieuse évite à l’Iran les tensions que le bi-confessionnalisme engendre dans les autres pays de la région et l’instabilité qu’il induit. Ce n’est pas l’infime minorité de Chrétiens, de Juifs ou de Zoroastriens, qui sont protégés et représentés symboliquement au parlement iranien, qui peut ébranler cette cohésion.

L’antagonisme absolu qui prévaudrait entre le Président Hassan Rohani et ceux qui protègent la révolution, relève d’une interprétation guidée par la mauvaise foi. Sans nier l’existence de divergences, il n’y a pas d’opposition frontale avec les gardiens de la révolution, concernant les sujets majeurs.

Si les Européens s’inquiètent de la politique régionale iranienne, ils pourraient se poser quelques questions sur leur comportement dans la région. Qu’ont-ils fait pour la pacifier et régler le problème palestinien ? Celui d’un peuple qui attend depuis plus d’un demi-siècle que justice lui soit rendue et qu’enfin il puisse, au moins, vivre dans un état indépendant en Cisjordanie, libre de toute occupation étrangère.

Le Président Emmanuel Macron n’emprunte pas cette voie lorsqu’il affiche son total soutien au Premier ministre Benyamin Netanyahou. Il ignore volontairement son attitude intransigeante à l’égard des Palestiniens, notamment sa politique favorable aux colonies de peuplement, négation absolue de la recherche de la paix. Le Président français devrait ordonner sa position qui se veut favorable à la création d’un État palestinien et son soutien sans réserve à un Premier ministre qui le rejette.

L’Iran retrouve la place qui lui revient sur la scène internationale. Celle que lui confèrent, pas simplement ses vastes réserves énergétiques, mais également ce que recèlent culturellement la Perse et sa jeunesse à l’esprit ouvert sur le monde.

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