Jean Monnet et Robert Schuman, les « pères fondateurs » de l’Europe, provoquent la création de la CECA (Communauté européenne du charbon et de l’acier) en 1952 entre la France, l’Allemagne, l’Italie et le Benelux (Belgique, Pays-Bas, Luxembourg). Pour aller plus loin, une « Communauté européenne de défense » (CED) est envisagée en 1953, mais rejetée par le Parlement français en 1954. Les Gaullistes et les Communistes y sont farouchement opposés pour des raisons d’ailleurs différentes. Mais le rêve d’une Europe fédérale est en marche.

Le 25 mars 1957, les deux Traités de Rome sur la CEE et Euratom sont signés entre les Six membres fondateurs. Le Marché Commun est né, ancêtre de l’Union Européenne actuelle. L’un des objectifs mentionnés dans le préambule du Traité sur la CEE, proclame : « avoir pour but essentiel l’amélioration constante des conditions de vie et d’emploi de leurs peuples ». On appréciera la pertinence de cet objectif fondateur à la lumière de l’évolution vertigineuse de la construction européenne…

Le Traité du Marché Commun poursuit des objectifs purement économiques avec un rappel final justificatif à la « paix » et à la « liberté », garanties toutes les deux par les effets potentiels du Traité… L’Acte Unique en 1986 et le Traité de Maastricht en 1992 qui crée la monnaie unique (euro), prennent acte de la financiarisation de l’économie dans la foulée de la mondialisation galopante de ces années-là. D’ailleurs, en 1998 est créée la Banque centrale européenne, modèle de fédéralisme, et indépendante des institutions politiques de l’Union Européenne. Son objectif numéro 1 est d’éviter toute tendance inflationniste, mère de tous les malheurs et de nombreux conflits. La politique monétaire échappe aux États. La mise sous surveillance des politiques budgétaires par l’UE viendra, elle, en 2013.

Les Traités d’Amsterdam (1999) et de Nice (2001) préparent l’élargissement de l’Europe aux pays notamment d’Europe centrale sortis de l’emprise de l’ex-Union Soviétique qui vient récemment d’imploser. Le Traité de Lisbonne enfin (2009), signé contre les votes démocratiques de plusieurs pays européens, dont la France en 2005, modifie les règles de fonctionnement de l’Union en accroissant son poids sur les États. L’étau a mis cinquante ans à se refermer.

Le 25 mars 2017, le « Marché Commun », monstre économique et financier, dont le but officiel est toujours bien sûr « l’amélioration constante des conditions de vie et d’emploi des peuples », aura 60 ans. Ça se fête !… mais comme un départ à la retraite. Les peuples européens semblent être de plus en plus nombreux à vouloir participer à cette cérémonie. Et même pour certains à vouloir anticiper une mort prochaine suite à une retraite écourtée par 60 ans de gaspillage de la santé des peuples européens.

Les motivations diverses, économiques ou romantiques, ou utopistes, ou géopolitiques, sincères ou non, de la création du Marché Commun, n’existent plus. Nous ne sommes plus dans l’Après-Guerre, la politique américaine a changé, l’Union Soviétique est morte.

En revanche la mondialisation des années quatre-vingt a relancé ce Marché Commun, propice aux affaires et à la toute-puissance d’une pieuvre économico-financière globalisée que les peuples n’intéressent pas.

Pour tous ces motifs, cette Europe doit laisser la place à une nouvelle génération qui saura refuser un fatalisme qu’on veut lui imposer et façonner une Europe fière de ses valeurs et forte de son unité politique nouvelle.

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Philippe Randa,
Directeur d’EuroLibertés.

A propos de l'auteur

Richard Dessens

Enseignant pendant plusieurs années dans une école préparatoire aux concours d’entrée aux IEP et Écoles de journalisme, Richard Dessens crée et dirige parallèlement une troupe de théâtre dans la région de Montpellier. Docteur en droit, DEA de philosophie et licencié en histoire, il est l’auteur d’ouvrages de philosophie et d’histoire des idées politiques, de relations internationale, d’un premier essai sur la « dictature démocratique » et de La Démocratie travestie par les mots aux éditions de l'Æncre.

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