Il ne fait pas bon d’ĂȘtre russe en Occident ces derniers temps. D’habitude si attentives Ă  l’Autre, les instances politico-mĂ©diatiques occidentales ne cachent mĂȘme plus leur profond mĂ©pris Ă  l’égard de la Russie coupable de revenir sur la scĂšne internationale, ce qui est scandaleux venant de l’État le plus Ă©tendu au monde, en outre deuxiĂšme dĂ©tenteur d’ogives nuclĂ©aires de la planĂšte.

Au moment oĂč toutes les phobies, toutes les peurs collectives sont de plus en plus pĂ©nalisĂ©es, une seule est encouragĂ©e, voire valorisĂ©e : la russophobie.

Russophobie 2.0 est d’ailleurs le titre du livre Ă©crit par l’Italien Giulietto Chiesa (Le Retour aux Sources, 208 p., 19 €).

Russophone et ancien correspondant de presse à Moscou, Chiesa fut député européen entre 2004 et 2008. Il dénonce dans cet essai « une constante au cours des cinq derniers siÚcles » (p. 7).

La russophobie s’étend jusqu’à une partie du peuple russe. En effet, « tout au long de son histoire, l’intelligentsia russe a Ă©tĂ© Ă©loignĂ©e de son peuple, et absolument incapable d’en partager les sentiments profonds, affirme-t-il. C’est ce qui explique Ă©galement chez les intellectuels russes ce dĂ©sintĂ©rĂȘt collectif pour la nation Ă  laquelle ils appartiennent » (p. 152).

Le terme de nation apparaĂźt ici inappropriĂ© pour dĂ©crire l’ultime entitĂ© impĂ©riale existante. FascinĂ©e par un soi-disant modĂšle occidental, cette frange infime de la sociĂ©tĂ© russe ignore que « les peuples amĂ©ricain et europĂ©en, insiste encore l’auteur, constituent de magnifiques cobayes pour le mensonge, mais il faut toujours faire attention Ă  prĂ©server la forme dĂ©mocratique (pour l’instant, du moins) » (p. 56).

Giuletto Chiesa estime que « l’Occident cherche Ă  couper les ponts, pour supprimer toute possibilitĂ© de dialogue » (p. 201). N’hĂ©sitant pas Ă  considĂ©rer le 11 septembre 2001 comme un « attentat sous fausse banniĂšre » (p. 115) et envisageant l’élection certaine de la nĂ©o-conservatrice belliciste Hillary Clinton – il ne pouvait prĂ©voir la surprise Trump –, il affirme que « l’ùre Obama n’a pas Ă©tĂ© qu’une suite de victoires mĂ©diatiques, elle a connu aussi des dĂ©faites politiques et diplomatiques pour les États-Unis. Poutine, Ă  l’opposĂ©, a systĂ©matiquement perdu les premiĂšres, mais remportĂ© les secondes » (pp. 191-192). Bien vu !

En revanche, on reste trĂšs sceptique Ă  propos de son avis partisan sur la crise ukrainienne plus complexe qu’il n’y paraĂźt. Cet ancien candidat aux europĂ©ennes du parti pro-russe en Lettonie ne peut pas s’empĂȘcher de verser dans un antifascisme obsolĂšte en qualifiant les courageux nationalistes-rĂ©volutionnaires ukrainiens de « nĂ©o-nazis ». On s’étonnera toujours que quelques personnes n’appliquent pas Ă  toutes les communautĂ©s populaires enracinĂ©es le droit des peuples Ă  disposer d’eux-mĂȘmes.

Bonjour chez vous !

Cette chronique hebdomadaire du Village planétaire été diffusé sur Radio Liberté le 3 mars 2017.

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