21/09/2016 – 18h50 Béziers (Lengadoc Info) – Le député des Yvelines et président du Parti Chrétien Démocrate, Jean-Frédéric Poisson était à Béziers ce jeudi 15 septembre pour une conférence dans le cadre du cycle « Béziers libère la parole » pour présenter son livre Notre sang vaut moins cher que leur pétrole ainsi que le rapport de la mission parlementaire, qu’il a présidé, sur le financement de Daech.

Lengadoc Info : Jean Frédéric Poisson, l’Irak est en guerre depuis maintenant 13 ans, la Syrie depuis 5 ans, quelle est la situation des Chrétiens d’Orient aujourd’hui ?

Les Chrétiens d’Orient subissent aujourd’hui un génocide. Les Sunnites ont pris le pouvoir dans un certain nombre de pays du Golfe. La guerre qui sévit depuis plus d’une décennie à certains endroits a provoqué le départ des Chrétiens de leurs villages mais plus fréquemment, malheureusement, une forme d’extermination avec cette proposition qui leur est faite traditionnellement : « soit vous vous convertissez à l’Islam, soit vous partez, soit nous vous tuons ». Dans la plupart des cas, ils refusent la conversion à l’Islam et s’en vont. Malheureusement ce mouvement s’accompagne d’une réduction croissante du nombre de Chrétiens présents dans les pays arabo-musulmans du Proche Orient, il n’y a guère qu’en Égypte que leur nombre a été maintenu avec 15 millions de Coptes dans ce pays. Maintenant il est clair que les violences subies par tous les peuples de cette région, en particulier les Chrétiens, peuvent permettre de dire que, effectivement, il s’agit d’un génocide. Il y a une volonté d’extermination des Chrétiens de cette région pour une raison simple, que d’ailleurs le président Bachar el Assad m’avait dit lors de notre deuxième entretien : « la raison pour laquelle l’extrémisme religieux musulman n’avait jamais pris racine en Syrie c’était la présence des Chrétiens ».

Lengadoc Info : La France occupe historiquement une place importante dans cette région, elle était la puissance protectrice des Chrétiens. Est-ce que c’est toujours le cas aujourd’hui ?

Tout au long du XXe siècle, la France a pris, décision après décision, décennie après décennie, une position de repli par rapport à sa défense traditionnelle des minorités et particulièrement des minorités chrétiennes au Proche Orient. Ça commence avec la fin de la Première Guerre mondiale et Clemenceau, ça se termine avec le président Chirac au milieu des années 90 lorsqu’il change d’alliance et décide que ses meilleurs alliés dans cette région sont les Sunnites et non les Chrétiens. Ces 12 dernières années, nous avons, presque systématiquement, fait des choix atlantistes en matière de politique internationale. A partir du moment où nous avons décidé de suivre les États-Unis et leurs intérêts dans cette partie du monde, nous nous sommes alignés derrière une puissance qui, elle, n’a pas cet historique de protection des minorités, ne s’intéresse pas du tout ou quasiment pas aux minorités chrétiennes au Proche Orient et donc nous avons abandonné notre position. Je dois dire que ça provoque beaucoup de tristesse et beaucoup d’incompréhension de la part des Chrétiens d’Orient mais aussi de la part de responsables musulmans.

Lengadoc Info : Vous avez rencontré à plusieurs reprises Bachar el Assad, un homme qui est plutôt perçu négativement en France. Quel est votre sentiment à son sujet ? Est-ce que vous pensez qu’il peut rétablir la paix en Syrie ?

Au moment où nous parlons [15 septembre 2016], il gagne beaucoup de terrain grâce à l’appui des Russes et des Iraniens. Il vient de déclarer que son camp était en mesure d’assurer qu’ils retrouveraient le contrôle de l’intégralité du territoire syrien. Je ne sais pas combien de temps ça prendra mais la solidité de ses appuis peut lui permettre d’envisager cette reprise de manière un peu plus probable. Bachar el Assad est un homme extrêmement controversé en France parce que c’est un dictateur qui a employé des méthodes qui sont inacceptables sur le plan du droit international et de la dignité des personnes, cela étant dit, je pense qu’il est le seul choix possible pour l’Occident. Si Assad s’en va, viendra à sa place un régime sunnite radical à Damas et l’intérêt de la France, de l’Occident, n’est certainement pas de voir s’installer dans ce pays un régime sunnite. Pour des raisons d’équilibre entre Sunnites et Chiites il est tout a fait normal de considérer que Assad demeure la seule possibilité de stabilité dans cette région.

Lengadoc Info : Vous avez travaillez sur le financement de Daech. Est-ce que l’Etat Islamique est ou a été financé par des états ?

Financé par des états il est probable que non. En revanche, il est très probable que les états proche (Arabie Saoudite, Qatar, Turquie) ont des ressortissants riches qui, eux, ont concouru au financement de Daech. Il y a un an les Saoudiens ont adopté une législation visant à punir extrêmement sévèrement tous leurs ressortissants qui aideraient financièrement Daech. Je ne peux m’empêcher de penser que cette loi n’est pas sans objet et que s’ils l’ont prise c’est que certainement il y avait des raisons.

Maintenant les ressources de Daech sont connues. C’est principalement l’extorsion de fonds, qui peut prendre la forme d’un impôt, d’une taxe, du pillage des banques. A Mossoul, quand Daech est arrivé il y a maintenant deux ans, ils ont récupéré 500 millions de dollars ou équivalent. Il y a le commerce du pétrole, le commerce d’œuvres d’art, ils vendent du coton et du blé à la frontière syrienne. Puis il y a ce qui relève bien entendu du banditisme et du racket de tout poil. L’ensemble fait environ 1,5 milliard de dollars par an. C’est le chiffre qui circulait pour 2015, c’est sans doute en baisse pour 2016 mais dans des proportions que nous ne connaissons pas de manière précise au moment où je vous parle.

Propos recueillis par Jordi Vives pour le site Lengadoc info.

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