Il y a comme cela des sujets qui tiennent en haleine les mĂ©dias des mois durant et qui brusquement disparaissent, sans que l’on sache trĂšs bien au final comment les choses se sont terminĂ©es. Si tant est qu’elles l’aient Ă©tĂ© et bien souvent, ce n’est pas le cas


Exemple, la GrĂšce et ses dettes : avec l’arrivĂ©e au pouvoir en janvier 2015 d’Alexis Tsipras, leader du mouvement Syriza, on annonçait la rupture imminente de ce pays avec l’Union europĂ©enne.

Ne parvenant pas Ă  trouver d’accord avec les crĂ©anciers de la GrĂšce, le leader charismatique de Syriza organisa un rĂ©fĂ©rendum qui lui assura le soutien de son peuple pour tenir bon face au FMI et renĂ©gocier ainsi en position de force les dettes du pays
 On assista alors Ă  un spectaculaire retournement de veste, sans doute le plus beau de l’histoire politique, et pas seulement grecque : de nouveaux accords, aux conditions plus difficiles encore pour le peuple grec, furent signĂ©s
 MalgrĂ© sa trahison, Alexis Tsipras retourna devant les Ă©lecteurs et son parti conserva la majoritĂ© au Parlement. C’était Ă  n’y rien comprendre


Et depuis ? Rien ou pas grand chose de plus qu’il y a un an : la possibilitĂ© d’une sortie de la GrĂšce de la Zone euro est toujours envisagĂ©e par les dirigeants de l’Union europĂ©enne et le ministre allemand des finances a mĂȘme indiquĂ© qu’elle pourrait ĂȘtre « une sortie dĂ©sordonnĂ©e » (Grexident) car « AthĂšnes espĂšre enfin, aprĂšs trois mois de tergiversations, que son nouveau plan de rĂ©formes (retraites, nouvelles taxes, etc.) sera enfin validĂ© par la troĂŻka, afin qu’une nouvelle tranche d’aide (au moins 5 milliards d’euros) puisse ĂȘtre dĂ©bloquĂ©e. Mais surtout pour que la nĂ©gociation sur un allĂ©gement de son Ă©norme dette puisse enfin dĂ©marrer. Les crĂ©anciers l’ont promise, et se tiennent prĂȘts pour cette nouvelle “bataille” (Le Monde, 8 avril 2016).

Car depuis un an et un troisiĂšme programme d’aide de 86 milliards d’euros (aprĂšs ceux de 2010 et 2011), on dĂ©couvre ainsi que les choses n’ont Ă©voluĂ© en rien : « Le fossĂ© entre le FMI et les EuropĂ©ens est profond. Pire, les EuropĂ©ens peinent Ă  s’entendre entre eux sur la nĂ©cessitĂ© d’allĂ©ger ou non la dette publique hellĂšne, et d’abaisser ou non l’objectif d’excĂ©dent primaire fixĂ© au pays », explique Wolfango Piccoli, spĂ©cialiste de la zone euro chez Teneo Intelligence.

Seul changement, la popularitĂ© d’Alexis Tsipras qui fond lentement, mais sĂ»rement, tout comme sa majoritĂ© au parlement grec (la Vouli), ce qui l’empĂȘche de tenir ses engagements auprĂšs des crĂ©anciers de la GrĂšce.

« En outre, la difficultĂ© de la mise en Ɠuvre des rĂ©formes tient Ă©galement Ă  la piĂštre qualitĂ© de l’administration grecque. Absence de cadastre, faible utilisation de l’informatique, piĂštre qualification des fonctionnaires
 Tout cela ne facilite pas l’application des mesures sur le terrain », rapportent Marie Charrel et CĂ©cile Ducourtieux dans Le Monde.

Quant Ă  l’économie grecque, elle continue de dĂ©cliner avec un systĂšme bancaire gangrĂ©nĂ© par 45 % de crĂ©ances douteuses et un taux de chĂŽmage de 25 %.

Seul atout d’Alexis Tsipras, le chantage Ă  l’invasion migratoire : l’annĂ©e derniĂšre, 700 000 des 800 000 immigrants ont transitĂ© par les Ăźles grecques de la mer ÉgĂ©e, en provenance de Turquie
 Cinq centres d’accueil sont officiellement en place, mais seul celui de l’üle de Lesbos Ă©tait semble-t-il opĂ©rationnel au dĂ©but de l’annĂ©e
 alors que 58 millions d’euros ont spĂ©cialement Ă©tĂ© dĂ©bloquĂ©s Ă  la GrĂšce par l’Europe pour gĂ©rer cette crise


Cette semaine encore, des incidents ont eu lieu Ă  la frontiĂšre grĂ©co-macĂ©donienne oĂč les forces de l’ordre macĂ©doniennes ont empĂȘchĂ© de pĂ©nĂ©trer dans leurs pays des immigrants du camp d’Idomeni oĂč plus de 12 000 d’entre eux sont regroupĂ©s par le gouvernement d’AthĂšnes.

MenacĂ© d’ĂȘtre exclu de l’espace Shengen et de se retrouver seule et sans aides communautaires supplĂ©mentaires Ă  gĂ©rer le flot migratoire, AthĂšnes a brandi le risque de voir ainsi faciliter l’entrĂ©e de djihadistes en Europe
 ce qui a immĂ©diatement fait rĂ©agir le ministre luxembourgeois des Affaires Ă©trangĂšres et de l’immigration, Jean Asselborn : « Il faut combattre cette idĂ©e et, d’ailleurs, Ă©viter tout dĂ©bat sur la remise en cause de Schengen ou l’exclusion d’un pays
 »

La crise migratoire a donc assurĂ© au gouvernement d’Alexis Tsipras quelques mois de rĂ©pit face au FMI
 au moins jusqu’en juillet prochain oĂč la GrĂšce doit rembourser plus de 3 milliards d’euros Ă  la Banque centrale europĂ©enne.

A propos de l'auteur

Philippe Randa

Directeur du site EuroLibertĂ©s. Ancien auditeur de l’Institut des Hautes Études de DĂ©fense Nationale, chroniqueur politique, Ă©diteur (Ă©ditions Dualpha, DĂ©terna et L'Æncre) et auteur de plus d’une centaine de livres. SociĂ©taire de l’émission « Bistrot LibertĂ© » sur TVLibertĂ©s, il co-anime avec Roland HĂ©lie l'Ă©mission « SynthĂšse » sur Radio LibertĂ©s tous les jeudi. Ses chroniques politiques sont publiĂ©es chaque annĂ©e en recueil sous le titre : « Chroniques barbares ».

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