Le concept d’armĂ©e europĂ©enne commune relevant de plus en plus de la chimĂšre, le retour Ă  la rĂ©alitĂ© s’impose : cette derniĂšre sera française ou ne sera pas.

L’OTAN, parapluie pour combien de temps ? À entendre Donald Trump, ses jours sont dĂ©sormais comptĂ©s et il faudra bien tĂŽt ou tard que l’Europe se charge de se dĂ©fendre elle-mĂȘme.

Contre qui ? C’est une autre question. La Russie ? Nous ne sommes plus au temps de la Guerre froide. L’axe du Mal dĂ©fini par les nĂ©oconservateurs amĂ©ricains, CorĂ©e du Nord, Iran et Venezuela ? C’est une blague Ă  laquelle mĂȘme les enfants ne croient plus.

Reste le fondamentalisme islamiste, sunnite, tĂ©lĂ©guidĂ© Ă  des degrĂ©s divers par des pays tels que l’Arabie Saoudite, le Qatar ou la Turquie. En Europe, il se combat grĂące aux services secrets et de police. À l’extĂ©rieur, par une armĂ©e justement susceptible de se projeter hors des frontiĂšres du Vieux continent.

Des armĂ©es fortes d’un tel potentiel, il n’en existe pas mille. Il y avait naguĂšre l’Angleterre, mais Brexit oblige
 L’Allemagne, Ă©ventuellement, mais dont le budget et le moral ne sauraient Ă  peine dĂ©passer ceux des policiers monĂ©gasques.

Reste, bien sûr, la France.

Jean-Luc Sauron, universitaire spĂ©cialiste de la question, chroniqueur chez nos confrĂšres d’Atlantico, du Huffington Post, de France Inter et autres mĂ©dias mainstream, vient de signer un essai des plus Ă©clairants, Faites l’Europe, pas la guerre (Gualino Ă©diteur). InterrogĂ© par nos confrĂšres de LibĂ©ration, le moins qu’on puisse prĂ©tendre est qu’il aille droit au but : « La seule dĂ©fense europĂ©enne concevable, c’est un financement communautaire de l’effort militaire de la France, ce pays ayant la seule armĂ©e apte Ă  combattre au moins pour quelques annĂ©es. »

Quelques annĂ©es ? En comptant large, sachant que durant notre Ă©quipĂ©e au clair de lune en Libye, notre aviation devait se ravitailler en kĂ©rosĂšne, missiles et munitions, auprĂšs de l’armĂ©e amĂ©ricaine ; et ce contre espĂšces sonnantes et trĂ©buchantes, il va de soi
 Un tel effort militaire ne saurait donc ĂȘtre supportĂ© par la seule France, ce dont mĂȘme Daniel Cohn-Bendit convenait volontiers, tout en assurant que les soldats allemands ne seraient pas cantonnĂ©s, pour mille ans, au « seul rĂŽle d’infirmiĂšres pour rĂ©fugiĂ©s » 

Entre l’arrivĂ©e tonitruante de Donald Trump Ă  la Maison blanche et les scrutins qui nous attendent en Europe, en mars aux Pays-Bas, en avril en France et en septembre en Allemagne, il est Ă  craindre que l’attentisme prenne, pour les mois Ă  venir, le pas sur le volontarisme. Et Jean-Luc Sauron de rappeler : « Avant que le monde politique interne de l’Union ne soit Ă  nouveau stabilisĂ©, il ne faut pas s’attendre Ă  des dĂ©cisions marquantes. C’est d’autant plus dĂ©sespĂ©rant que la prĂ©sidence tournante de l’Union est exercĂ©e par Malte qui, ce n’est pas lui faire insulte, ne peut prĂ©tendre jouer un rĂŽle sur la scĂšne politique mondiale. »

Si les vƓux pieux et rĂ©troactifs ne sont Ă©videmment plus de mise, on voit ce qu’il advient aujourd’hui d’une Europe fondĂ©e sur la seule Ă©conomie, alors que le sens commun aurait voulu qu’elle l’ait Ă©tĂ© sur la politique et la culture.

Ce qui fait dire Ă  Jean-Luc Sauron : « Les rĂȘves de refondation europĂ©enne sont totalement aberrants, car les États membres n’ont pas de vision commune de l’avenir de leur union. On ne relancera pas la machine europĂ©enne Ă  vingt-sept, il faut l’admettre une bonne fois pour toutes. Il faut reconstruire sur un socle interĂ©tatique. »

Soit, à quelques mots prÚs, ce que préconisent une Marine Le Pen, mais également un Jean-Luc Mélenchon.

Pour autant, faut-il jeter en mĂȘme temps l’euro, la baignoire et l’eau du bain allant avec ? Ou conserver, tel que prĂ©conisĂ© par la mĂȘme Marine Le Pen, une « monnaie commune », cet Ă©cu naguĂšre dĂ©fendu par ValĂ©ry Giscard d’Estaing ?

Jean-Luc Sauron n’est pas loin de le penser : « La brutalitĂ© du discours de Donald Trump recouvre une rĂ©alitĂ© amĂ©ricaine qu’on a souvent occultĂ©e : les États-Unis ont toujours voulu un peu d’Europe pour contrebalancer les SoviĂ©tiques et Ă©viter l’émergence de rĂ©gimes rĂ©volutionnaires, mais pas trop d’Europe pour qu’on ne vienne pas leur manger la laine sur le dos. »

Et nous en voilĂ  revenus Ă  notre monnaie europĂ©enne, qu’elle soit unique ou commune : « L’euro, par exemple, est vĂ©cu comme une contestation de la suprĂ©matie du dollar, ce qui est inacceptable pour eux. Trump dit clairement que l’Union, aujourd’hui, ne peut ĂȘtre qu’un marchĂ© et non un acteur politique et Ă©conomique. »

Ce panorama a le mĂ©rite d’ĂȘtre clairement posĂ©. Quant Ă  une Ă©ventuelle armĂ©e europĂ©enne ? FinancĂ©e par nos voisins, « elle ne saurait ĂȘtre que française » et, bien sĂ»r, sous souverainetĂ© française
 Et les Allemands, objectera-t-on ? Jean-Luc Sauron : « Si les Allemands veulent dĂ©cider, il faut qu’ils aient une armĂ©e en capacitĂ© de combattre. »

Nous en sommes loin. Mais, tout bien rĂ©flĂ©chi, pas tant que ça. RĂ©ponse dans les prochains mois
 s’il y a un vĂ©ritable pilote dans l’avion Ă©lysĂ©en.

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