Dans son chassĂ©-croisĂ© avec le libĂ©ralisme idĂ©ologique, dans la commande de la politique extĂ©rieure des États-Unis, le pragmatisme rĂ©aliste reprend le dessus. Comme c’est chaque fois le cas, quand ces derniers connaissent des temps difficiles, et qu’il leur faut rĂ©ajuster leur stratĂ©gie mondiale.

La premiĂšre consĂ©quence visible, alors mĂȘme que l’Administration Trump n’est pas encore en place, mais son esquisse le laisse deviner, est le rapprochement amĂ©ricano-russe qui se profile Ă  l’horizon. Et, il n’en fallait pas plus pour que les EuropĂ©ens s’en trouvent dĂ©semparĂ©s.

Les Atlantistes, antirusses, crient Ă  la trahison parce qu’ils s’imaginaient les AmĂ©ricains dĂ©finitivement acquis Ă  la religion mondialiste, et qu’ils sont eux-mĂȘmes incapables de se corriger.

Les pro-russes sont dĂ©sappointĂ©s parce qu’ils pensaient ĂȘtre une option spĂ©cifique et privilĂ©giĂ©e pour Moscou, et qu’ils se rendent compte que pour reprĂ©senter quelque chose aux yeux de la diplomatie russe, il faut le mĂ©riter, c’est-Ă -dire ĂȘtre en mesure de conduire une politique de puissance.

Le dĂ©sarroi des EuropĂ©ens dĂ©montre, une fois de plus, plusieurs choses : l’inexistence politique de l’Europe, dont le fantĂŽme (l’Union europĂ©enne) n’importe qu’aux yeux de ceux qui cherchent Ă  cacher derriĂšre lui leurs propres insuffisances ; l’incapacitĂ© de n’importe quel État-nation europĂ©en, le plus souverainiste qui soit, ou Ă  venir, Ă  peser sur les relations internationales, Ă  compter dans le jeu planĂ©taire des puissances ; l’absence de toute vision globale chez les politiques europĂ©ens qui ne savent, et ne peuvent, rien faire d’autre que dans le parochialism (Ă  l’échelle mondiale) de leur petite sphĂšre nationale, c’est-Ă -dire tenir des discours nombrilistes et faire des promesses qu’ils ne pourront pas tenir.

C’est ainsi que ces politiques, comme les braves gens qui forment les opinions publiques (mais qui sont moins coupables qu’eux de ne pas comprendre la gĂ©opolitique mondiale), se mettent Ă  redouter un retour Ă  un condominium amĂ©ricano-russe en Europe.

De fait, cela pourrait en avoir l’allure. Et cela pourrait commencer par un rĂšglement de la crise ukrainienne par-dessus la tĂȘte des EuropĂ©ens. Mais c’est accorder encore trop d’importance au Vieux continent, dont les deux protagonistes n’ont rien Ă  redouter. Et si le rapprochement amĂ©ricano-russe devait se confirmer dans les prochains mois pour se consolider par la suite, c’est, bien entendu, par rapport aux enjeux de la nouvelle carte mondiale : la montĂ©e en puissance de la Chine et de toute l’Asie, d’une part ; les richesses de l’Arctique Ă  se partager, et cela mĂȘme au dĂ©triment des EuropĂ©ens, tout en tenant Ă  l’écart les Chinois.

Mais bon, tant pis pour nous


Vous avez aimé cet article ?

EuroLibertĂ©s n’est pas qu’un simple blog qui pourra se contenter ad vitam aeternam de bonnes volontĂ©s aussi dĂ©vouĂ©es soient elles
 Sa promotion, son dĂ©veloppement, sa gestion, les contacts avec les auteurs nĂ©cessitent une Ă©quipe de collaborateurs compĂ©tents et disponibles et donc des ressources financiĂšres, mĂȘme si EuroLibertĂ©s n’a pas de vocation commerciale
 C’est pourquoi, je lance un appel Ă  nos lecteurs : NOUS AVONS BESOIN DE VOUS DÈS MAINTENANT car je doute que George Soros, David Rockefeller, la Carnegie Corporation, la Fondation Ford et autres Goldman-Sachs ne soient prĂȘts Ă  nous aider ; il faut dire qu’ils sont trĂšs sollicitĂ©s par les medias institutionnels
 et, comment dire, j’ai comme l’impression qu’EuroLibertĂ©s et eux, c’est assez incompatible !
 En revanche, avec vous, chers lecteurs, je prends le pari contraire ! Trois solutions pour nous soutenir : cliquez ici.

Philippe Randa,
Directeur d’EuroLibertĂ©s.