par Michel Grimard, Président du ROUE

L’inconséquence de Donald Trump, peut-être salvatrice : c’est le cas pour une question qui conditionne l’avenir de l’Europe. Il aura fallu la visite, et les propos incongrus tenus à cette occasion, par le Président américain, pour que le tsunami engendré, sorte les Européens de leur endormement doucereux, concernant leur sécurité.

Le jeudi 25 mai à Bruxelles, où il s’exprimait sur l’OTAN et le mercredi 27 mai à Taormine, lors du sommet du G7, l’hôte de la Maison-Blanche les a particulièrement malmenés. Profondément secoués, mais surtout déstabilisés, les Européens prirent enfin conscience de leur naïveté. Ils venaient de constater, effarés, la précarité de l’engagement réel des États-Unis face à une agression extérieure et la puérilité de croire à la couverture de l’OTAN, pour assurer la sécurité de l’Europe.

Parlant de l’OTAN, Donald Trump a, d’entrée de jeu, privilégié la confrontation. Durant tout son discours il a asséné, sans retenue, remontrances, accusations et autres reproches, comme si les États-Unis n’étaient redevables de rien, comme si l’Union européenne n’avait jamais été solidaire, à leur égard, dans des circonstances difficiles. Son agressivité concernant la participation des États de l’Union au budget de l’OTAN, ne s’imposait pas ou méritait d’être tempérée.

Il aurait pu adopter un ton plus conciliant, à un moment où les Européens venaient d’amorcer un effort financier. Versatile, déloyal et parjure de l’engagement des États-Unis dans l’Alliance atlantique, il a constamment esquivé d’affirmer la solidarité de son pays en cas d’agression extérieure de l’Union européenne, de même que son expression concrète, l’application de l’article 5 de la charte atlantique. Malgré les efforts des Européens, concédant à l’OTAN une intervention plus ouverte dans la coalition internationale combattant l’EI, ils n’ont rien obtenu de Donald Trump. Comment pouvaient-ils espérer un autre comportement, après les propos immodérés qu’il avait tenu envers les Européens, l’Europe allemande, le trou à rats de Bruxelles et l’OTAN obsolète.

La Chancelière Angela Merkel a entendu le message. Espérons que le Président Emmanuel Macron, qui se veut promoteur d’une Europe forte et efficiente sur la scène internationale, le capte également. Des déclarations claires sont plus expressives qu’une poignée de main, fut-elle vigoureuse. Le fond importe plus que la forme. Berlin, jusque-là très attaché à l’alliance de défense avec les États-Unis, a pris conscience que sa sécurité ne peut sérieusement dépendre d’une puissance extérieure à l’Europe. Les déclarations de la Chancelière, après le sommet du G7, sont édifiantes. « Les temps où nous pouvions totalement nous reposer sur d’autres sont en partie révolus. Je l’ai vécu ces derniers jours ». « Nous les Européens, nous devons vraiment prendre en main notre propre destin ». L’Allemagne sait que dorénavant, il lui revient d’assurer pleinement sa protection, ce qui vaut également pour l’Europe. Elle doit désormais consentir, prioritairement, un effort financier en faveur de sa défense. Quelques pays ont déjà donné l’exemple. Une armée indépendante, doit naître de la volonté unanime des pays de l’Union européenne. Elle est la première garantie pour son avenir.

Tous les efforts du Président de la Commission européenne, afin de réamorcer la politique de défense sont restés, à ce jour, sans effet réel et bien que pour la relancer il ait nommé Michel Barnier comme son conseiller spécial pour la politique de défense et de sécurité européenne. Opiniâtre, ce dernier a tenté d’activer cette idée en profitant des possibilités offertes par les coopérations renforcées, applicables en matière de défense et plus particulièrement, la coopération structurée permanente. Créée par le Traité de Lisbonne, mais déjà inscrite dans l’article 42, paragraphe 6 du Traité de l’Union européenne (TUE), elle permet, sans doute à minima, mais de façon concrète, d’aller pour les États membres qui le souhaitent, vers une intégration militaire plus avancée. Malheureusement, lors du Conseil européen du 15 décembre 2016, le sujet défense, qui devait être prioritairement abordé, a une nouvelle fois été escamoté, retombant dans l’oubli. Dieu merci, Donald Trump l’a relancé.

Dès sa création, en 2010, le ROUE a dénoncé la passivité de l’Union européenne en matière de protection et a parallèlement mis l’accent sur l’urgence d’une défense européenne indépendante. Pour matérialiser ce combat, il a organisé en 2011, un dîner-débat au Sénat, sur le thème « L’Europe ne peut éviter une refonte de son architecture de sécurité ». Des parlementaires français, députés et sénateurs y participaient, ainsi que Monsieur Dmitri Rogozine, à l’époque Ambassadeur de la Fédération de Russie auprès de l’OTAN, aujourd’hui Vice Premier Ministre chargé de l’industrie militaire. Plus récemment, une conférence-débat sur le thème « Une urgence, la défense européenne » devait se tenir en novembre 2016 avec Michel Barnier, mais sa nomination comme médiateur en Chef pour le Brexit a tout remis en cause. Une nouvelle période s’ouvrant, plus propice à la concrétisation d’une défense européenne, nous entendons continuer à Å“uvrer, même modestement, à sa réussite. Nous tiendrons donc notre conférence-débat en automne, avec de nouveaux participants. Notre voix, étouffée par l’hypocrisie, la lâcheté et les égoïsmes nationaux, résonnait difficilement. Les Européens se complaisaient dans une fausse sécurité, qui leur épargnait de trop contribuer financièrement à leur défense. Ils rejetaient la réalité d’une situation, que le Président Américain a mise en évidence.

Revenus à la raison, les Européens devraient consolider leur nouveau positionnement en rétablissant des relations sereines et coopératives avec la Russie, complément de l’Union européenne. En assumant intégralement sa défense, l’Union deviendra un interlocuteur incontournable sur la scène internationale. Sa voix, devenue influente, ne sera plus marginalisée, notamment par les États-Unis, qui devront s’habituer à l’entendre s’opposer aux positions immatures de leur Président, à l’exemple de son retrait de l’accord de Paris sur le climat. La dangerosité de placer les intérêts majeurs de l’Europe, entre les mains d’une puissance extérieure, vient d’être démontrée par Donald Trump. Prémunissons-nous définitivement, car son attitude, qui n’a rien d’exclusive, pourrait être celle d’un autre Président américain.

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Philippe Randa,
Directeur d’EuroLibertés.