Si une capitale s’est intĂ©ressĂ©e de prĂšs au Brexit, c’est Ă©videmment TĂ©hĂ©ran. En effet, au sortir d’un interminable purgatoire Ă©conomique, le retour de la RĂ©publique islamique d’Iran dans le concert des nations ne saurait non plus se faire sans conditions. La premiĂšre consiste Ă  Ă©viter toute dĂ©pendance stratĂ©gique vis-Ă -vis d’un pays tiers ; les USA surtout. Mais, pour multiplier les partenariats, l’Iran a besoin de partenaires fiables, ce qu’ont bien sĂ»r compris des nations telles que la Russie ou la Chine.

Et l’Europe ? Non sans raison, l’ayatollah Khamenei tient Ă  la fois le Vieux monde pour gĂ©ant Ă©conomique et nain politique sous tutelle amĂ©ricaine. À TĂ©hĂ©ran, la nostalgie de la France gaullienne est toujours prĂ©sente, nostalgie de cette France qui disait non Ă  l’entrĂ©e de l’Angleterre en Europe, nostalgie d’une France Ă©quidistante des deux blocs, du temps de la Guerre froide, de cette France qui donna refuge Ă  l’ayatollah Khomeiny avant d’ensuite se retourner, en armant l’Irak, contre un Iran qui, pourtant, lui dĂ©roulait alors le tapis rouge.

Rien d’extravagant donc, que ce tweet d’Hamid Aboutalebi, conseiller politique du prĂ©sident Hassan Rouhani : « Le dĂ©part de l’Angleterre de l’UE est une opportunitĂ© historique pour l’Iran. »

Mieux, Masoud Jazayeri, gĂ©nĂ©ral de brigade et l’une des tĂȘtes pensantes de la gĂ©opolitique perse, affirme, Ă  en croire le journaliste Didier Chaudet, du Huffington Post : « Le problĂšme de l’UE, c’est le manque d’indĂ©pendance face aux États-Unis. »

Et le mĂȘme journaliste de rĂ©sumer l’équation en ces termes : « La sortie de Londres de l’UE, cela veut dire, pour les Ă©lites iraniennes, des agents d’influence pro amĂ©ricains en moins en Europe ».

On ne saurait ĂȘtre plus clair.

Il est un fait qu’au-delĂ  de cette euphorie passagĂšre, le temps pourrait Ă  nouveau se couvrir pour TĂ©hĂ©ran, prochaine Ă©lection amĂ©ricaine oblige. Si Hillary Clinton sort du chapeau, c’est le cauchemar ; cette dame, quoique dĂ©mocrate, Ă©tant encore plus va-t-en-guerre que les nĂ©oconservateurs rĂ©publicains. Puis, l’hypothĂšse Donald Trump, considĂ©rant que l’accord conclu avec l’Iran sous l’égide de Barack Obama n’est qu’une « absurdité ». Un moindre mal nonobstant, pour cette rĂ©publique islamique qui sait bien que cet homme, rouĂ© comme pas deux, est avant tout un grand pragmatique et qu’avec lui, il sera toujours possible de s’arranger, business oblige.

 

AprĂšs, une question demeure : mĂȘme dĂ©barrassĂ©e de l’encombrant ami anglais, l’Europe saisira-t-elle cette autre chance historique consistant Ă  enfin avoir une politique qui lui soit propre. C’est le pari qui se fait en coulisses Ă  TĂ©hĂ©ran ; sans trop vraiment y croire, toutefois.

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