Le prĂ©sident syrien Bachar el-Assad a effectuĂ© lundi 20 novembre 2017 une visite surprise Ă  son homologue russe Vladimir Poutine dans le cadre de la prĂ©paration de la confĂ©rence de GenĂšve du 28 novembre prochain, qui doit rĂ©gler les derniers dĂ©tails de la fin du conflit en Syrie. Alors que sur le terrain militaire, la victoire est acquise aux troupes loyalistes du prĂ©sident syrien, grĂące Ă  l’appui militaire indĂ©fectible de la Russie et de l’Iran, la partie diplomatique qui va s’engager dans une semaine Ă  GenĂšve est encore ardue pour l’exĂ©cutif syrien.

Dans ces conditions, quoi de mieux que ce voyage Ă©clair Ă  Sotchi au Sud de la Russie afin de rĂ©affirmer, face aux occidentaux et Ă  l’Arabie saoudite, la soliditĂ© et la pĂ©rennitĂ© de l’alliance entre Moscou et Damas. Cette visite, demeurĂ©e secrĂšte jusqu’à ce matin, a permis Ă  Bachar el-Assad de remercier son alliĂ© russe, sans qui la victoire militaire aurait Ă©tĂ© impossible.

En effet, lorsque la Russie est intervenue directement dans le conflit syrien, Ă  partir de septembre 2015, la position de Bachar el-Assad Ă©tait plus que prĂ©caire. À cette date, l’armĂ©e syrienne ne contrĂŽlait plus que 30 % du territoire du pays, le reste Ă©tant sous la domination de l’État islamique ou des rebelles armĂ©s par l’Occident, Front al-Nosra en tĂȘte. Par ailleurs, les États-Unis brandissaient la menace de frappes aĂ©riennes sur les rĂ©gions syriennes fidĂšles au gouvernement.Seule l’intervention massive de l’armĂ©e de l’air russe et des forces spĂ©ciales envoyĂ©es par Moscou, combinĂ©e Ă  l’intervention au sol des combattants du Hezbollah et des Gardiens de la rĂ©volution iranien ont permis la victoire de Bachar el-Assad. Parfaitement conscient de la situation, ce dernier a tenu Ă  remercier chaleureusement la Russie : « Tout d’abord, je voudrais profiter de cette occasion pour vous transmettre la gratitude du peuple syrien pour nous avoir aidĂ©s Ă  dĂ©fendre l’intĂ©gritĂ© territoriale et l’indĂ©pendance de notre pays. Depuis l’intervention de la Russie, il y a un peu plus de deux ans, nous avons remportĂ© de grands succĂšs. Plusieurs rĂ©gions de la Syrie que nous avions ont Ă©tĂ© contraints d’abandonner ont Ă©tĂ© libĂ©rĂ©es des terroristes ».

Cette rencontre a eu lieu Ă  deux jours de la tenue d’un sommet tripartie (Russie, Iran et Turquie) visant Ă  trouver un rĂšglement politique Ă  la guerre en Syrie et qui doit permettre d’entamer les nĂ©gociations Ă  GenĂšve Ă  la fin du mois. Le PrĂ©sident Poutine a confirmĂ© que la rencontre avec Bachar el-Assad avait pour objet le rĂšglement politique et pacifique Ă  long terme du conflit. Par ailleurs, en vue de prĂ©parer la rencontre de GenĂšve, Vladimir Poutine a assurĂ© son alliĂ© de prendre contact avec Donald Trump dans le cadre des consultations sur la Syrie.

Le soutien de Moscou et de son alliĂ© iranien va s’avĂ©rer un atout certain au moment oĂč vont s’engager les nĂ©gociations diplomatiques de sortie de crise. Vainqueur militairement, Bachar el-Assad est encore fragile face Ă  la volontĂ© occidentale de le voir exclu de la scĂšne internationale. Toutefois, cette volontĂ© n’est que le reflet des exigences de la dĂ©sormais fantomatique opposition dĂ©mocratique syrienne, en rĂ©alitĂ© un conglomĂ©rat aux ordres de l’Occident et aux relations parfois plus que troubles avec les islamistes. Le soutien de Moscou et de TĂ©hĂ©ran, qui fait de Bachar el-Assad le seul interlocuteur lĂ©gitime de la Syrie permettra Ă  celui-ci de conserver une position de force Ă  GenĂšve. La Turquie de son cĂŽtĂ©, bien que dĂ©favorable Ă  la Syrie et Ă  son prĂ©sident, souhaite cependant conserver une voix dans la rĂ©gion et espĂšre Ă©galement contenir la naissance d’une entitĂ© Kurde Ă  sa frontiĂšre, ce qui dĂ©stabiliserait un peu plus le Kurdistan turc. Pour ces deux raisons, Ankara est sans doute prĂȘte Ă  accepter le maintien de Bachar el-Assad Ă  Damas.

La rencontre entre les prĂ©sidents russe et syrien leur a donc permis d’apparaĂźtre plus unis que jamais face Ă  la communautĂ© internationale et de prĂ©parer la rĂ©union tripartite du 22 novembre avec l’Iran et la Turquie. Ces deux rĂ©unions permettent la mise en place d’une stratĂ©gie commune qui sera dĂ©fendue lors de la confĂ©rence de GenĂšve.

De son cĂŽtĂ©, l’opposition syrienne se rĂ©unie Ă  partir du 22 novembre Ă  Ryad (Arabie saoudite) afin d’unifier ses positions de vue. Toutefois le processus de GenĂšve, qui a reçu le soutien de Vladimir Poutine et de Donald Trump, doit permettre la mise en place d’élections et la rĂ©daction d’une nouvelle constitution avec le prĂ©sident El-Assad en maĂźtre du jeu.

Article paru sur le site Katheon.

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