Par les hasards du calendrier, j’assistais Ă  la CinĂ©scĂ©nie du Puy du Fou le vendredi soir 19 aoĂ»t, jour oĂč le ministre de l’économie s’était invité ; il se trouve, au surplus, que j’étais Ă  quelques mĂštres de lui.

Un service d’ordre plus que discret et notre ministre, tout sourire, accueilli, comme il se doit, par Philippe de Villiers, son fils Nicolas, prĂ©sident du Puy du Fou, et Laurent Albert directeur gĂ©nĂ©ral.

Ce soir-lĂ , point de service d’ordre massif et fĂ©brile, mais une garde rapprochĂ©e discrĂšte. Cela peut s’expliquer par le public dont la discipline est exemplaire, le Puy du Fou n’est pas le Parc des Princes !

M’y Ă©tant rendu Ă  trois reprises cette annĂ©e, je dois souligner l’étonnante sociabilitĂ© du public, et son civisme naturel, notamment dans les files d’attente ; je crois que l’entourage du ministre comme lui-mĂȘme n’ont pu ignorer cette spĂ©cificitĂ© puyfolaise !

On soulignera qu’il ne s’agissait pas d’une invitation, mais d’une volontĂ© du ministre de voir ce qu’il en Ă©tait de cet incroyable phĂ©nomĂšne
 Ce jour-lĂ , le Grand Parc accueillait 25 000 personnes et la CinĂ©scĂ©nie 14 000 personnes. Comme le spectacle commence Ă  la nuit tombĂ©e, le ministre comprit qu’il ne serait pas vu par la foule et, aprĂšs avoir dispensĂ© son Ă©ternel sourire autour de lui, il se rassit pour admirer le spectacle.

Je me suis laissĂ© dire que c’est la premiĂšre fois qu’un ministre en exercice se rendait ainsi sur ces lieux, la nouveautĂ© mĂ©rite d’ĂȘtre soulignĂ©e, surtout lorsque l’on saura que le Puy du Fou dont le modĂšle Ă©conomique est incomparable, n’a jamais bĂ©nĂ©ficiĂ© de la moindre subvention publique. Il se plaĂźt Ă  le rappeler et n’entend pas tendre la sĂ©bile.

Quand un ministre va au-devant du pays réel

Emmanuel Macron au Puy du Fou, c’est un peu Tintin au Congo. Tout en soulignant des « divergences rĂ©elles » avec Philippe de Villiers, le ministre du gouvernement Valls a fustigĂ© le « sectarisme » et les « oppositions stĂ©riles » qui paralysent la France. Tout cela est bel et bon, mais voilĂ  qu’il nous fait du Bayrou, et le ministre de cultiver lĂ  un paradoxe pour le moins intrigant, « L’honnĂȘtetĂ© m’oblige Ă  vous dire que je ne suis pas socialiste [
]. Mais quelle importance ? Quand vous ĂȘtes ministre, vous ĂȘtes ministre de la RĂ©publique et, donc, vous servez l’intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral. »

Dont acte, mais, au final, il tire sur une ambulance : abandonner les vielles lunes du socialisme, est-ce si courageux ? Mais que cette « confession » se produise en de tels lieux, est-ce tout Ă  fait le hasard, mĂȘme si l’intĂ©ressĂ© a toujours affirmĂ© qu’il Ă©tait royaliste ? Les dĂ©vots de la gauche, quoi qu’il en soit, sont dĂ©jĂ  vent debout contre cette abjuration.

Dans la tĂȘte d’Emmanuel Macron

Mais une question demeure, mesure-t-il le gouffre qui le sĂ©pare, lui, ce bourgeois parisien, ministre et banquier d’affaires, du petit peuple du Puy du Fou ? Paris est Ă  moins de 400 km du Puy du Fou, mais on y Ă©prouve le sentiment d’ĂȘtre dans un autre monde !

Le plus libéral des hommes du pouvoir, conscient de la réussite de Philippe de Villiers comme « entrepreneur culturel » selon ses propres termes, a-t-il bien entendu ce qui se fait et se dit au Puy du Fou au cours de la Cinéscénie ?

Emmanuel Macron a-t-il quelque chose de commun avec Jacques Maupillier et ce vieux marchand ambulant, mĂ©moire de tout un peuple qui raconte l’histoire douloureuse de tous ses ancĂȘtres mise en scĂšne par Philippe de Villiers ?

A-t-il vraiment saisi le sens de cette aventure, lui qui affirme que la dĂ©fense du bien commun passe par la rĂ©publique, laquelle n’a jamais reconnu la cause vendĂ©enne ?

A-t-il compris aussi le travail de milliers de Puyfolais, travail bĂ©nĂ©vole ? Le banquier n’en connaĂźt pas le prix, le ministre n’en taxera jamais la valeur ajoutĂ©e. Comprend-il qu’il participe malgrĂ© lui Ă  la reconnaissance de l’Ɠuvre qui n’est pas autre chose que l’affirmation de la fiertĂ© vendĂ©enne et l’exhumation d’un passĂ©, niĂ© et effacĂ© pendant deux siĂšcles et enfin libĂ©rĂ© par la magie du Puy du Fou et le talent de son inventeur ?

Assistant au spectacle, il ne lui aura pas Ă©chappĂ© que les colonnes infernales, massacreurs de femmes et d’enfants, arrivent par la gauche de la grande scĂšne. Et, lui qui Ă©volue dans un monde de nains politiques, aura-t-il entendu qu’il Ă©tait entré : « Sur une terre de gĂ©ants et de genĂȘts en fleurs » ? (NapolĂ©on, citĂ© dans le texte du programme rĂ©digĂ© par Philippe de Villiers).

En est-il sorti indemne ? A-t-il bien lu le grand mot qui s’inscrit sur la façade du chñteau à la fin du spectacle : LIBERTÉ ?

Puisse ce monument d’éducation populaire qui a tant Ă©merveillĂ© les foules, apprendre Ă  nos Ă©lites le retour au rĂ©el, et, dans ces conditions, ce n’est pas un ministre seul qui doit venir, mais toute une classe politique Ă  l’école de la mĂ©moire d’un peuple, Ă  l’heure oĂč c’est le pays tout entier que menace la perte de mĂ©moire et d‘identitĂ©.

Pour assister, nous dit le programme du spectacle, Ă  ce « MystĂšre (au sens mĂ©diĂ©val, NDLR) du troisiĂšme millĂ©naire dĂ©positaire d’un message transcendant  »

Le siÚcle qui commence en a, en effet, grand besoin !

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