Le PrĂ©sident de la RĂ©publique, ex-Premier secrĂ©taire du Parti socialiste, locataire provisoire de l’ÉlysĂ©e jusqu’en mai 2017, vient de rendre un hommage solennel – comme par hasard Ă  quelques mois de l’élection prĂ©sidentielle ! – aux harkis.

Sous ce terme ont Ă©tĂ© regroupĂ©s tous les combattants musulmans de l’ArmĂ©e française en AlgĂ©rie française. Mieux, il a reconnu la responsabilitĂ© de la France dans les massacres qui ont suivi l’entrĂ©e en vigueur des accords d’Évian le funeste 19 mars 1962. Acte paradoxal de la part du PrĂ©sident, alors que son gouvernement a officialisĂ© cette mĂȘme date honteuse du 19 mars comme celle marquant la fin d’une guerre qui, pendant longtemps, fut maquillĂ©e par le terme gĂ©nĂ©rique, les « évĂšnements d’AlgĂ©rie ».

DĂ©jĂ  une nouvelle trahison de cette« Ripouxblique » comme dirait Jean-Marie Le Pen
 Toutefois, ne boudons pas notre satisfaction. Par la voix du PrĂ©sident lĂ©gal, sinon lĂ©gitime, de l’État français, notre pays reconnait sa responsabilitĂ© dans le massacre des harkis perpĂ©trĂ© juste aprĂšs la date d’entrĂ©e en vigueur des accords d’Evian, tuerie de masse que l’on s’accorde Ă  chiffrer par dizaines de milliers de victimes dans des conditions monstrueuses (certains avancent le chiffre, Ă©norme, de 150 000 victimes civiles et militaires musulmanes. Cela fait froid dans le dos ! Mais n’entrons pas dans cette sordide querelle des chiffres). Ces exĂ©cutions ne sont pas sans Ă©voquer l’actuelle barbarie de Daesch.

« Bon sang (si l’on peut dire), ne saurait mentir » et les tueurs de l’Émirat islamique sont bien les dignes hĂ©ritiers des assassins du FLN ! (MĂȘme « technique » de dĂ©capitation). Comment imaginer que des ĂȘtres humains se soient acharnĂ©s avec une telle violence dĂ©moniaque sur « leurs frĂšres » en religion, leur infligeant d’indescriptibles mutilations et que, une fois leur forfait accompli, ils aient pu regagner impunĂ©ment leurs foyers ?

Et pourtant, la France comme le « Gouvernement provisoire de la RĂ©publique algĂ©rienne », l’instance exĂ©cutive du FLN, s’étaient engagĂ©s par leurs signatures Ă  garantir les droits et libertĂ©s des personnes : «  Nul ne pourra faire l’objet de mesures de police ou de justice, de sanctions disciplinaires ou d’une discrimination quelconque en raison d’opinions Ă©mises Ă  l’occasion des Ă©vĂ©nements survenus en AlgĂ©rie, avant le jour du scrutin d’autodĂ©termination, d’actes commis Ă  l’occasion des mĂȘmes Ă©vĂšnements, avant la proclamation du cessez-le-feu. Aucun AlgĂ©rien ne pourra ĂȘtre contraint de quitter le territoire algĂ©rien, ni empĂȘchĂ© d’en sortir » 

Les textes Ă©taient clairs, limpides. ViolĂ©s dĂšs la premiĂšre heure de leur prĂ©tendue application. VERITAS, le ComitĂ© national pour le rĂ©tablissement de la vĂ©ritĂ© historique, s’indigne Ă  juste titre dans son communiqué  du 27 septembre 2016, que « pour l’homme civilisĂ©, un tel acharnement, d’aussi bas instincts, rĂ©pugnent simplement Ă  ĂȘtre Ă©voquĂ©s » et, plus loin, ne comprend pas, ne « s’explique pas de pareilles horreurs perpĂ©trĂ©es sur des hommes qui, la veille encore, Ă©taient leurs voisins ou leurs amis. »

La trahison gaulliste – comment dĂ©signer autrement la volte-face du premier PrĂ©sident de la Ve RĂ©publique ? – a ouvert la porte aux ouvriers de la 25e heure, Ă  ceux qui devaient donner des gages au vainqueur et faire oublier leur attentisme sinon leur collaboration avec la France. L’ignominie a Ă©tĂ© accomplie par les autoritĂ©s françaises qui ont menti aux harkis et Ă  leurs familles, les regroupant, puis les dĂ©sarmant comme pour mieux les livrer aux Ă©gorgeurs du FLN.

Heureusement, un grand nombre de cadres a sauvĂ© l’honneur en refusant d’abandonner leurs hommes et a transgressĂ© les ordres reçus. Quels Ă©taient-ils ces ordres ? Rappelons que le ministre Louis Joxe, le pĂšre du ministre mitterrandien de l’IntĂ©rieur, ministre des affaires algĂ©riennes, adressa le l6 mai 1962 le tĂ©lĂ©gramme suivant au Haut-Commissaire de France en AlgĂ©rie, Christian Fouchet : « Ministre État Louis Joxe demande Ă  Haut-Commissaire rappeler que toute initiative individuelle tendant Ă  installation mĂ©tropole Français musulmans strictement interdite. En aviser urgence nos chefs SAS et commandants unitĂ©s. »

Comme les Anglais avec les « Vlassov » 

Peut-on imaginer pire fĂ©lonie ? Il est vrai, par exemple, que le Royaume-Uni livra des prisonniers de guerre russes de l’armĂ©e Vlassov Ă  la vengeance de Staline. Perfide Albion, perfidie gaulliste !

Le voile du silence, le mensonge, recouvrirent un temps, un temps seulement, ces tragiques circonstances tout comme les massacres d’EuropĂ©ens Ă  Oran dĂšs les premiĂšres heures de la proclamation de « l’indĂ©pendance ».

Les victimes comme les coupables, survivants, ont vieilli. Mais la vĂ©ritĂ© dans toute sa lumiĂšre, exigerait que soit dĂ©signĂ©s celles et ceux qui ont permis de telles atrocitĂ©s. Les porteurs de valises du FLN, les terroristes dont les poseuses de bombes, les fellaghas de l’ALN et leurs chefs bien sĂ»r, mais aussi les princes de l’État algĂ©rien. Mais surtout, surtout, les hiĂ©rarques de l’État français et leurs fidĂšles subordonnĂ©s qui, sans Ă©tat d’ñme, ont accompli l’inimaginable, abandonner des populations Ă  qui l’on avait jurĂ© qu’elles resteraient françaises.

Souvenons-nous du fameux « Je vous ai compris » d’Alger et du « Vive l’AlgĂ©rie française ! » lancĂ© Ă  Mostaganem qui n’auront pas plus de consistance ou de rĂ©alitĂ© politique que le non moins cĂ©lĂšbre « Vive le QuĂ©bec libre ! » lancĂ© Ă  MontrĂ©al quelques annĂ©es plus tard.

En ces temps d’agitation prĂ©-Ă©lectoraux, alors que tout le monde, Ă  droite, peu ou prou, se rĂ©clame du « gaullisme », n’oublions jamais que la figure tutĂ©laire de la Ve RĂ©publique est responsable, par indiffĂ©rence ou duplicitĂ©, d’une tragĂ©die contemporaine de l’histoire de France.

DĂ©jĂ , Ă  la charniĂšre des annĂ©es 40 et 50, notre pays ne s’était pas montrĂ© Ă  la hauteur de sa parole vis-Ă -vis des Indochinois, notamment des populations des Hauts plateaux tonkinois. Moi, par respect de TOUTES les victimes de la guerre d’AlgĂ©rie et indĂ©pendamment de l’inĂ©luctable Ă©volution politico-administrative de ce pays(1), je n’irai pas, comme certains, Ă  Colombey-les-deux-Églises
.

Note

(1) Dont le statut « d’association » prĂ©vu dĂšs l’annonce du rĂ©fĂ©rendum d’autodĂ©termination.

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