Le terrible incendie qui s’est abattu Ă  Notre-Dame de Paris, en ce funeste dĂ©but de soirĂ©e du lundi 15 avril (18 h 30), constitue l’ultime symbole de la dĂ©catholicisation de notre pays : (cliquez ici).

incendie de Notre-Dame de Paris.

incendie de Notre-Dame de Paris.

Outre les centaines de personnes amassĂ©es devant la cathĂ©drale en flammes, la plupart des parisiens et autres badauds n’en avaient franchement cure. Car le principal joyau de l’histoire de France depuis le rĂšgne de Clovis (bien que bĂąti entre 1163 et 1345) a brĂ»lĂ© dans une indiffĂ©rence manifeste. Pourtant, c’est bel et bien le cƓur de la France qui a Ă©tĂ© poignardĂ©. MĂȘme le Pape François se tut (jusqu’au lendemain). Quant au PrĂ©sident Macron, celui-ci ne s’est pas attardĂ© pour retourner la situation Ă  son avantage puisqu’il devait faire diffuser une allocution sur toutes les ondes nationales (en rĂ©ponse Ă  la crise « des Gilets jaunes »).

Depuis, les mĂ©dias de masse n’ont parlĂ© que d’émotions. Seulement, qu’est-ce qui a causĂ© cet insoutenable autodafĂ© architectural ? La nĂ©gligence ? L’incompĂ©tence ? Ou la malveillance ? Ou bien, une vile outrance ?
 Comment ne pas se rappeler, en la circonstance, du « ce n’est pas un attentat ! » du Premier ministre socialiste Lionel Jospin, et ce, aprĂšs l’annonce de l’explosion de l’usine AZF de Toulouse (un « accident » survenu dix jours aprĂšs les attaques jihadistes du World Trade Center et du Pentagone, le 11 septembre 2001) ? En bref, et pour Ă©viter toute animositĂ© entre les occupants d’un mĂȘme terrain vague, il faudra se convaincre qu’il s’agit d’une faute commise par un des ouvriers du chantier de restauration.

Peut-on ignorer le soubassement mĂ©taphysique de cet effondrement gĂ©nĂ©ralisé ? La chute de la flĂšche de Notre-Dame comme une dĂ©crĂ©pitude longtemps diffĂ©rĂ©e. Les rĂ©cents travaux de JĂ©rĂŽme Fourquet (directeur du dĂ©partement « Opinion » de l’IFOP), publiĂ©s dans l’essai L’archipel français, dĂ©montrent clairement la dĂ©sertification des Ă©glises catholiques : 5 Ă  6 % des Français dĂ©clarant, aujourd’hui, se rendre Ă  la messe tous les dimanches. Car, depuis l’aprĂšs-guerre, la dĂ©catholicisation n’est pas un simple fantasme, mais une triste rĂ©alitĂ© (Ă  ne pas confondre avec le thĂšme de la dĂ©christianisation dans la mesure oĂč le protestanto-capitalisme, depuis Max Weber, ainsi que la nĂ©o-Ă©vangĂ©lisation n’auront jamais Ă©tĂ© aussi influents dans la sociĂ©tĂ© française). À vrai dire, qui se soucie sincĂšrement des profanations d’églises qui se multiplient depuis plusieurs annĂ©es ?

En outre, beaucoup de catholiques essaieront de relativiser face Ă  ce drame en ne voyant par-lĂ  qu’« effritement » d’un Ă©difice devenu un musĂ©e. Comment, en effet, ne pas faire preuve de pudeur eu Ă©gard aux massacres que subissent les chrĂ©tiens d’Orient ? Il suffirait de mĂ©diter ce que dit Paul dans son deuxiĂšme ÉpĂźtre aux Corinthiens (IV, 16) : « MĂȘme si notre ĂȘtre extĂ©rieur se dĂ©truit, notre ĂȘtre intĂ©rieur se renouvelle de jour en jour ». Mais il serait bien imprudent d’ignorer que « l’épuisement spirituel conduit Ă  la momification d’une culture » (Cioran). En attendant, les milliardaires n’hĂ©sitent Ă  mener les enchĂšres : « 200 millions d’euros pour moi (Arnault) contre 100 millions pour toi (Pinault) ! ». Le milliard est dĂ©jĂ  atteint comme s’il s’agissait de faire de l’Âme de la France un nouveau Veau d’or. Dans la fange, rien n’arrĂȘte l’indĂ©cence. AprĂšs tout, Ă  quand un don du Qatar ?
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