VoilĂ  encore une occasion manquĂ©e pour le prĂ©sident de se taire. L’opinion ne manquera pas de lui retourner la phrase et, Ă  dire vrai, c’est bien Ă  lui qu’il faut adresser le reproche. Qu’on se souvienne ! FrontiĂšre : « Le virus n’a pas de frontiĂšre », mais le porteur si, « comportements irresponsables des Français », absence de dĂ©pistage de masse, stocks de masques dĂ©faillants, dĂ©nonciation inappropriĂ©e du repli nationaliste, langage guerrier Ă  la limite du ridicule attestant qu’il prend les Français pour des enfants ou des demeurĂ©s et, « en mĂȘme temps », impĂ©ritie dans les territoires perdus de la RĂ©publique, bref une imprĂ©paration gĂ©nĂ©rale de la puissance publique qui engage la responsabilitĂ© du chef de l’État.

Vue de la station de métro Denfert-Rochereau déserte lors du confinement COVID-19, mars 2020.

Vue de la station de métro Denfert-Rochereau déserte lors du confinement COVID-19, mars 2020.

Au surplus l’analyse de cette crise de l’État traduit un double aspect, la France est un pays libĂ©ral-Ă©tatiste, tous les inconvĂ©nients du libĂ©ralisme, flux tendus, absence de stocks sanitaires d’une part et, d’autre part, tous les inconvĂ©nients de la bureaucratie centralisatrice des hommes politiques et des hauts fonctionnaires monopolistiques. Sachant mieux que quiconque ce qui est bon pour le Français, combattant les solutions thĂ©rapeutiques qui ne sont pas sous contrĂŽle d’état, imposant la solution d’un strict confinement.

Fustigeant ses ministres (Ă  qui pense-t-il ?) sur les carences face Ă  la crise sanitaire, il les aura d’abord tous inquiĂ©tĂ©s, ce qui est la meilleure façon de faire l’unanimitĂ© contre lui. C’est le prix qu’il paye pour sa logorrhĂ©e perpĂ©tuelle, et sa dĂ©pendance, depuis le dĂ©but de son mandat, Ă  la seule loi de la communication.

Aussi bien, s’était-il fĂ©licitĂ© le 12 fĂ©vrier de l’amateurisme de ses ministres ou des dĂ©putĂ©s « En marcheurs », comprenez je suis comme vous donc : « Soyez fiers d’ĂȘtre des amateurs ». Sous-entendu, nous ne sommes pas des politiciens professionnels, nous sommes le « nouveau monde ». Mais ici, sa critique justifiĂ©e de la classe politique, l’aveugle sur la grandeur de la politique et le tragique de l’histoire, on peut ĂȘtre un professionnel de la politique et avoir le sens du bien commun, le sens de l’État et l’intuition profonde du destin de son pays. Ce n’est pas son cas. Notre histoire compte, assez rarement il est vrai, des hommes qui savent transcender le prĂ©sent, on pense Ă  ClĂ©menceau, Tardieu bien oubliĂ© aujourd’hui, De Gaulle et d’autres encore.

Emmanuel Macron plaisantant sur le procĂšs en amateurisme qui, rĂ©guliĂšrement, s’abat sur la tĂȘte des dĂ©putĂ©s de La RĂ©publique en marche, nous fait penser Ă  ces dictateurs qui rĂ©guliĂšrement incriminent leurs collaborateurs pour mieux se dĂ©douaner de leurs propres manquements quand les maux s’abattent sur le pays. Comportement qui fait penser Ă  une rĂ©publique bananiĂšre mais aussi aux purges staliniennes ou celles d’un Ceausescu.

Certes, nous n’en sommes pas encore Ă  la purge radicale, le goulag n’est que mĂ©diatique et les commissaires politiques ne sont que les journalistes (le « Moulag » comme dit finement Jean-Yves Le Gallou), mais le prĂ©sident ferait bien de se souvenir qu’il est inĂ©vitablement solidaire de ceux qu’il fustige et qu’aprĂšs la crise ce n’est pas lui mais les Français qui sauront se souvenir de celui qui n’a pas Ă©tĂ© Ă  la hauteur.

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