Ce dimanche 18 septembre 2016, les Ă©lecteurs berlinois se sont rendus aux urnes afin dâĂ©lire les reprĂ©sentants du parlement du Land, ainsi que des douze conseils de quartier. Le nouveau venu, lâAlternative pour lâAllemagne (AfD), est le grand vainqueur du scrutin. MalgrĂ© les attaques en tous genres, tant politiques que physiques, conduites contre ce parti patriotique, celui-ci obtient 14,2 % des voix et 25 mandats sur 160, dont 5 mandats directs. Le chef de file de lâAfD Ă Berlin lors de ce scrutin, Georg Pazderski, dĂ©clare : « Nous sommes passĂ©s de zĂ©ro Ă un rĂ©sultat Ă deux chiffres. »
Pour un nouveau parti ne disposant pas dâimplantation, percer dans une citĂ©, qui compte 3,5 millions dâhabitants, dont les diffĂ©rentes parties sont lâapanage de formations politiques Ă©tablies depuis longtemps et qui est connue dans le monde entier en tant que ville « tolĂ©rante », ouverte aux autres cultures et peuples, est un exploit.
Les post-communistes de Die Linke augmentent leur score de 3,9 % et obtiennent 15,6 % des voix. Les libĂ©raux-centristes du FDP progressent fortement et entrent au sein de lâassemblĂ©e. Les Pirates sâeffondrent Ă©lectoralement et ne sont plus prĂ©sents au sein de ce Parlement. Les deux partis qui gouvernent Berlin, les sociaux-dĂ©mocrates du SPD et les chrĂ©tiens-dĂ©mocrates de la CDU, reculent chacun dâenviron 6 %. Ils rĂ©coltent dĂ©sormais ensemble moins de 40 % des voix.
Une ville morcelée politiquement
De par son histoire complexe, Berlin est une ville morcelĂ©e politiquement. Seul le Parti social-dĂ©mocrate SPD arrive Ă y ĂȘtre fort partout. Dans lâEst de la ville, les post-communistes sont puissants alors que dans le centre de lâOuest, les Ă©cologistes sont forts. La CDU obtient de bons rĂ©sultats dans certains quartiers pĂ©riphĂ©riques de lâOuest.
Le Land de Berlin prĂ©sente la particularitĂ© dâĂȘtre le rĂ©sultat de la fusion de deux zones au passĂ© trĂšs diffĂ©rent. Avant la chute du Rideau de fer, Berlin-Ouest Ă©tait entourĂ©e dâun mur et constituait une enclave capitaliste au sein du monde communiste, alors que Berlin-Est Ă©tait, de fait, la capitale de la RĂ©publique DĂ©mocratique Allemande au sein de laquelle rĂ©gnait le communisme. [Officiellement, la capitale de cet Ătat Ă©tait Pankow qui est un quartier pĂ©riphĂ©rique de Berlin].
Est de Berlin
Ă lâĂ©poque du communisme, Berlin-Est Ă©tait peuplĂ©e de nombreux apparatchiks du parti qui exerçaient des fonctions au sein des administrations, de lâenseignement et des autres organismes dâĂtat. Ces gens ont souvent gardĂ© la nostalgie de cette Ă©poque et accordent volontiers leurs suffrages au parti post-communiste Die Linke. Seul le parti social-dĂ©mocrate SPD arrive Ă y obtenir des rĂ©sultats proches. Pourtant, cette fois, lâAfD est arrivĂ©e Ă concurrencer dans lâEst de Berlin Ă la fois Die Linke et le SPD. La CDU, le FDP et les Ă©cologistes y restent faibles.
Ouest de Berlin
LâAfD a eu beaucoup plus de difficultĂ©s Ă percer dans lâOuest de la citĂ© car la population est sous le contrĂŽle idĂ©ologique du systĂšme en place, via les mĂ©dias et lâenseignement, depuis la fin de la IIe Guerre mondiale, alors que, dans lâEst, ce phĂ©nomĂšne nâa pu ĂȘtre mis en place quâaprĂšs la chute du communisme Ă la fin de lâannĂ©e 1989. LâOuest est plus riche que lâEst et cela influe Ă©galement sur les rĂ©sultats des partis : la CDU, le FDP et les Ă©cologistes captent plus facilement les voix des couches aisĂ©es de la population.
Notons quâen janvier 1989, alors que le systĂšme communiste tanguait Ă lâEst, un parti nationaliste intitulĂ© les Republikaner (les RĂ©publicains) avait fait son entrĂ©e au sein du Parlement de Berlin-Ouest en dĂ©crochant 7,5 % des voix. La rĂ©unification de lâAllemagne et de Berlin ont eu ensuite raison de cette formation politique.
Forte concurrence pour lâAfD
La concurrence a Ă©tĂ© rude, lors du scrutin de ce 18 septembre 2016, entre diverses forces de type patriotique. LâAlternative pour lâAllemagne a dĂ» faire face au parti de son ancien dirigeant Bernd Lucke : Alfa obtient 0,4 %. Pro Deutschland, un parti actif Ă Berlin et fondĂ© Ă partir de pro Köln (Pour Cologne) â qui dispose dâĂ©lus au sein de Conseil municipal de Cologne en RhĂ©nanie du Nord-Westphalie â, dĂ©croche 0,4%. Le parti ultranationaliste NPD obtient 0,6 %.
5Â Mandats directs
Les Ă©lecteurs allemands disposent de deux voix. La premiĂšre est accordĂ©e lors dâun scrutin majoritaire uninominal Ă un tour et la deuxiĂšme lors dâun scrutin de listes au niveau de lâensemble du Land. Au sein de cinq des circonscriptions du Land de Berlin, situĂ©es dans lâEst Ă la pĂ©riphĂ©rie, lâAfD est arrivĂ©e premiĂšre lors du scrutin majoritaire uninominal Ă un tour.
LâAfD prĂ©sente partout dans lâEst de lâAllemagne
LâAfD siĂšge dĂ©sormais dans lâensemble des Parlements des LĂ€nder de lâEst du pays : Thuringe, Saxe, Brandebourg, Saxe-Anhalt, Mecklembourg-PomĂ©ranie occidentale et Berlin.
Qui a voté AFD ?
LâAfD est surreprĂ©sentĂ©e chez les personnes de 45 Ă 69 ans et sous-reprĂ©sentĂ©e chez les Ă©lecteurs de moins de 35 ans. Ce parti obtient avant tout du succĂšs auprĂšs des ouvriers et des chĂŽmeurs. 18 % des hommes et 11 % des femmes ont votĂ© AfD. Les Ă©lecteurs qui ont accordĂ© leurs voix Ă lâAfD viennent de lâabstention ou ont votĂ© la fois prĂ©cĂ©dente pour de petites formations politiques. LâAfD prend Ă©galement des voix Ă tous les partis en place, surtout Ă la CDU.
Le prochain gouvernement
Le SPD et la CDU ne disposant plus dâune majoritĂ© au sein du parlement du Land de Berlin, le SPD devrait y former une coalition gouvernementale avec les Ă©cologistes et les post-communistes de Die Linke.
Le début de la fin pour Merkel ?
Ce type de gouvernement rouge-rouge-vert pourrait prĂ©sager la formation dâun gouvernement national aux mĂȘmes couleurs Ă lâissue des Ă©lections lĂ©gislatives de 2017 qui pourraient mettre un terme au rĂšgne de la ChanceliĂšre CDU Angela Merkel.
Cette derniĂšre, en virant politiquement vers la gauche tout en refusant toute alliance avec lâAfD, a conduit son parti dans une impasse. Cependant, la situation nâest pas encore perdue pour lâUnion (CDU+CSU) car Angela Merkel, qui a souvent fait preuve dâopportunisme politique, pourrait trĂšs bien tenter dâassurer sa survie politique en virant de bord politiquement et en ramenant la CDU vers des eaux plus conservatrices. De plus, le parti libĂ©ral-centriste FDP pourrait passer la barre des 5 % et un gouvernement national CDU-CSU-FDP pourrait voir le jour.
Un autre facteur peut aussi intervenir. La trĂšs conservatrice CSU bavaroise pourrait tenter dâimposer son candidat au poste de chancelier, le ministre-prĂ©sident de BaviĂšre Horst Seehofer, opposĂ© Ă la politique migratoire de la porte ouverte conduite par Angela Merkel et mettre ainsi hors-jeu Angela Merkel et sauver lâUnion (CDU+CSU) dâun naufrage Ă©lectoral. Notons que, par deux fois, la CSU est arrivĂ©e Ă imposer son candidat Ă la chancellerie (Franz Josef StrauĂ puis Edmund Stoiber) Ă la CDU et que, dans ces deux cas, lâUnion a perdu les Ă©lections lĂ©gislatives.
Angela Merkel nâest pas encore politiquement morte, mais elle est dĂ©sormais dans une situation plus que dĂ©licate. Son parti doit affronter le 26 mars 2017 des Ă©lections pour le Parlement de la Sarre, le 7 mai des Ă©lections pour le Parlement du Schleswig-Holstein et le 14 mai des Ă©lections pour le Parlement de RhĂ©nanie du Nord-Westphalie, avant le grand rendez-vous, en septembre 2017, des lĂ©gislatives. Il reste quelques mois Ă lâUnion pour redresser la barre.
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Philippe Randa,
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