Ce mercredi dernier, toutes les capitales européennes avaient les yeux tournés vers La Haye. Nombre de sondages donnaient la victoire de Geert Wilders et de son parti populiste, le PVV, possible vainqueur du scrutin. En fait, c’est Mark Rutte, Premier ministre libéral qui sort gagnant de cette élection. Victoire toute relative pourtant, son parti perdant neuf sièges par rapport aux élections de 2012, tandis que son challenger en gagne quatre. Il est vrai que le bras de fer engagé par Mark Rutte contre la Turquie, interdisant la tenue de meetings du gouvernement d’Ankara sur le sol hollandais, a pu faire basculer quelques voix du côté du parti au pouvoir.

Il n’empêche, Geert Wilders qui entendait faire ou défaire les gouvernements à venir, voire les diriger, doit aujourd’hui en rabattre. Aucune autre formation ne voulant faire équipe avec son PVV, il ne lui reste plus qu’une capacité de nuisance des plus relatives.

Comment expliquer cet échec qui n’en est pas vraiment un d’ailleurs ? L’erreur de la plupart des commentateurs politiques aura été de faire un parallèle des plus spécieux avec les phénomènes Trump aux USA et Le Pen en France. Les trois sont certes donnés pour populistes ; il n’empêche que ces populismes peuvent varier du tout au tout selon les peuples concernés.

La victoire de Donald Trump ? La peur de perdre une identité de plus en plus submergée par l’immigration en son flanc sud. La hantise du déclassement d’un monde ouvrier voyant ses usines délocalisées, les unes après les autres. Crainte, également, d’un autre déclassement, celui des classes moyennes, elles aussi concurrencées par un afflux massif d’ingénieurs importés de ce que l’on appelait naguère le Tiers-monde. Et souhait, surtout, d’un retour aux fondamentaux républicains du début du siècle dernier, quand la puissante Amérique était d’autant plus puissante qu’elle pratiquait un protectionnisme et un isolationnisme des plus vétilleux.

Inutile de revenir sur le succès du Front national en France, car si l’inquiétude de la même perte d’identité, du même déclassement, est globalement semblable, l’histoire de notre nation n’a que peu à voir avec celle de la Hollande. Certes, l’appréhension d’une présence relativement forte d’immigrés d’origine maghrébine et de confession musulmane (5 %), peut là-bas expliquer bien des choses.

On notera qu’à ce sujet, les propositions du fantasque Geert Wilders sont des plus baroques : interdire Le Coran, mis dans le même autodafé juridique que Mein Kampf et destruction de toutes les mosquées présentes sur le sol néerlandais, même le plus radical de nos identitaires pourrait juger tout cela un brin excessif.

De plus, s’il est un pays qui profite de la mondialisation, c’est bien celui-là. La Hollande est un peuple de marins et de marchands. Il n’a pas cet enracinement terrien que tant de Français ou d’Américains peuvent ressentir. Les industries y sont rares, et la désindustrialisation, par là même, n’y est qu’anecdotique. Depuis des siècles, l’accueil des minorités religieuses persécutées – juifs d’Espagne, protestants de France – est partie prenante de son histoire, de son identité. Avec la minorité musulmane, c’est évidemment différent ; d’où le succès de Geert Wilders.

On notera d’ailleurs que ce dernier est un drôle de leader identitaire, à mille lieues de l’idée qu’on peut s’en faire en nos contrées. Issu du monde des coffee-shops arborant le drapeau arc-en-ciel, du multiculturalisme, d’un hédonisme n’ayant que peu à voir avec la rigueur du moine-soldat et d’un tropisme pro-israélien un tantinet ébouriffé, il n’est jamais qu’un enfant de son temps et de son époque. On a déjà vu plus crédible dans le registre des militants de la vieille Europe…

Dans leurs réactions, ministres et chefs d’État ne s’embarrassent pas, il va de soi, de telles considérations. François Hollande y voit « une nette victoire contre l’extrémisme. […] Les valeurs d’ouverture, de respect de l’autre et de foi en l’avenir de l’Europe sont la seule véritable réponse aux pulsions nationalistes et de repli sur soi qui secouent le monde. » Rien que ça…

Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne, salue « un vote pour l’Europe, contre les extrémistes », tandis qu’Angela Merkel se réjouit de « poursuivre une bonne collaboration en tant qu’amis, voisins, Européens. »

Donc, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Jusqu’à quand ? Là est toute la question.

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