« Le souverainisme a crĂ©e un langage, une façon de communiquer mais pas une rĂ©elle alternative Ă  l’establishment »

Adriano Scianca  est un journaliste et essayiste italien, il collabore notamment au magazine souverainiste Primato Nazionale. il est Ă©galement en charge de la culture au sein du mouvement de la droite radicale et sociale Casapound Italia. nous l’avons contactĂ© afin de faire le point sur la situation dans la pĂ©ninsule.

Comment continuez-vous de faire vivre l’information en cette pĂ©riode de confinement ?

Il n’y a pas de grosses difficultĂ©s techniques pour les professionnels de l’information. Le journalisme “online” vit une grande pĂ©riode de vitalitĂ© vu que les gens enfermĂ©s Ă  la maison ont envie de comprendre ce qui se passe. Les accĂšs aux sites d’information se sont multipliĂ©s. Le journalisme papier aussi continue Ă  fonctionner car en Italie tous les marchands de journaux sont encore ouverts. Il y a une difficultĂ©, non technique mais conceptuelle : il n’est pas facile de trouver l’interprĂ©tation juste pour expliquer ce qui se passe, ce phĂ©nomĂšne Ă©tant totalement inĂ©dit.

Quel est le quotidien d’un italien actuellement ?

Il faut tout d’abord distinguer en les villes les plus touchĂ©es et le reste de l’Italie. Dans certaines zones de la Lombardie comme Bergame ou Brescia, la situation est dramatique. Les morts sont nombreux et on a fait appel Ă  l’armĂ©e pour transporter les cercueils. Ce sont des gens morts loin de leur famille (dans les hĂŽpitaux, qui est infectĂ© par le Covid-19 ne peut pas recevoir de visites mĂȘme pour ses derniers instants de vie), ils n’auront pas de funĂ©railles vu que les cĂ©rĂ©monies religieuses sont interdites. Dans le reste de l’Italie, la situation est moins dramatique. Les Italiens sont bloquĂ©s Ă  la maison et durant la journĂ©e ils cherchent Ă  faire les courses online (mais la plupart des services sont bloquĂ©s) ou de comprendre les rĂšgles de ce qui peut se faire ou non (qui changent chaque jour). Ceux qui peuvent cuisinent, s’entrainent Ă  la maison ou regardent des dizaines de sĂ©ries tĂ©lĂ©. Les parents cherchent Ă  distraire les enfants. L’isolement provoque des rĂ©action trĂšs diverses : d’une part on a vu naĂźtre un nouvel esprit communautaire, comme l’hymne national chantĂ© depuis les balcons, les drapeaux tricolores aux fenĂȘtres, mais aussi des petits gestes de solidaritĂ© comme apporter des vivres aux anciens ou donner des jouets aux enfants des voisins. Pourtant, en mĂȘme temps, se dĂ©veloppent des rĂ©actions trĂšs individualistes. Le voisin devient suspect, on s’éloigne et regarde en coin la personne croisĂ©e dans la rue. La ville de Rome a mĂȘme mis en place un service de dĂ©lation, invitant les citoyens Ă  signaler aux forces de l’ordre les rassemblements suspects.

Sibeth NDiaye, porte parole du gouvernement français, a critiquĂ© l’action du gouvernement italien il y a quelques semaines. Cela a dĂ©plu Ă  de nombreux Ă©ditorialistes ici. Comment est perçu l’action du gouvernement française de votre cĂŽtĂ© des alpes ?

En gĂ©nĂ©ral, en Italie, il y a eu une sorte de stupeur pendant la phase ou, en Europe, il semblait que le coronavirus ne semblait ĂȘtre qu’un problĂšme italien et que les restrictions imposĂ©es par le gouvernement Ă©taient nĂ©cessaires seulement ici. Cette phase semble dĂ©passĂ©e. Aujourd’hui la prise en compte du problĂšme semble globale.

AprÚs le mauvais sketch de Groland, Pizza Corona, on a pu voir des ambassadeurs et des ministres mangeaient ensemble des pizzas, quel est votre ressenti face à cela ?

En Italie, ce sketch a provoquĂ© une forte indignation car il y avait dĂ©jĂ  eu des prĂ©cĂ©dents avec les BD de Charlie Hebdo aprĂšs le tremblement de terre. Personnellement, je pense juste que ce sketch Ă©tait de mauvais goĂ»t mais j’aimerais tout de mĂȘme aussi inviter mes concitoyens Ă  arrĂȘter de jouer les victimes. Un comique ou un dessinateur ne reprĂ©sente pas tout le peuple français. De plus, depuis des annĂ©es les italiens ne se privent pas de faire des blagues sur les Français ou les Allemands. On ne peut pas ĂȘtre politiquement incorrect uniquement lorsque l’ironie touche les autres. Je pense qu’au moins les avant-gardes identitaires europĂ©ennes doivent faire un effort pour dĂ©passer ces incomprĂ©hensions stupides.

Nous vous laissons conclure librement

Dans toute l’Europe, on nous rĂ©pĂšte qu’aprĂšs le virus « rien ne sera comme avant ». En effet certains vieux paradigmes semblent dĂ©jĂ  dĂ©passĂ©s. On pense aux chantres de la mondialisation, d’un monde sans frontiĂšres, de la circulation sans contraintes des personnes, biens ou devises. Il est Ă©vident que l’épidĂ©mie a interrompu ces flux, laissant les mondialistes sans voix. Pourtant il faut faire un discours honnĂȘte, le souverainisme lui-mĂȘme est en crise. AprĂšs des annĂ©es de succĂšs apparents, le souverainisme a crĂ©e un langage, une façon de communiquer mais pas une rĂ©elle alternative Ă  l’establishment. Dans une situation normale, on peut se mentir et dire que les paroles sont une chose, que communiquer d’une certaine maniĂšre c’est dĂ©jĂ  faire la rĂ©volution. Dans une crise comme celle-ci, on s’aperçoit vite des limites de cette attitude. À cette crise de la mondialisation idĂ©ologique ne correspond pas une nouvelle vitalitĂ© souverainiste mais juste un repositionnement de la vieille Ă©lite comme Mario Draghi ou mĂȘme Emmanuel Macron, pur produits du systĂšme financier et idĂ©ologique en faillite et qui se prĂ©sentent aujourd’hui comme les paladins d’une nouvelle Europe, plus solidaire et moins centrĂ©e sur les marchĂ©s. Il est juste de dĂ©noncer cette farce mais il faut aussi rĂ©flĂ©chir Ă  comment remplir ce vide politique.

Article paru sur le site ParisVox.

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