Chacun connaĂźt l’histoire de cet homme cherchant ses clĂ©s sous un lampadaire ; il sait les avoir perdues ailleurs, mais scrute lĂ  parce que c’est le seul endroit Ă©clairĂ©.

Face au terrorisme, les services de renseignement devraient mĂ©diter cette histoire. Le renseignement est confrontĂ© Ă  trois difficultĂ©s : la crainte de l’intox, qui le rend finalement inefficace, la crainte de la fuite, et
 le bordel administratif. Le terrorisme est un dĂ©fi pour l’Europe qui vient ajouter ses emboĂźtements supplĂ©mentaires aux usines Ă  gaz nationales. Europol a pour objectif de soutenir l’action des autoritĂ©s des États membres (polices, douanes, services de l’immigration) et leur coopĂ©ration mutuelle contre la criminalitĂ© et le terrorisme.

PensĂ© dĂšs 1990 avec le traitĂ© de Maastricht, l’accouchement est laborieux. D’abord convention puis dĂ©cision, il forme ensuite un prĂ©cipitĂ© administratif avec Eurojust en 2002 et le CEPOL (le CollĂšge europĂ©en de police) en 2005 pour aboutir enfin Ă  quelque chose d’opĂ©ratoire (ou supposĂ© tel !), le 6 avril 2009.

Les attentats de Madrid de 2004 et ceux de Londres de 2005 ne sont pas Ă©trangers Ă  l’accĂ©lĂ©ration des choses ; ceux de Paris en 2015 ont confirmĂ© la nĂ©cessitĂ© d’une collaboration autour de trois axes : le renseignement, la lutte contre les combattants Ă©trangers, et celle contre la radicalisation.

Au service de ces objectifs, certes louables, l’imagination technocratique va alors dĂ©brider toute sa crĂ©ativitĂ©. Le 25 janvier 2016, l’agence inaugure son Centre europĂ©en de lutte contre le terrorisme (ECTC). Il intĂšgre en juillet 2015 l’IRU (European Union Internet Referral Unit) chargĂ© de centraliser les signalements de sites internet incitant au terrorisme et d’en Ă©valuer la propagande. S’y ajoutent le TFTP (Terrorist Finance Tracking Program) pour la surveillance des flux financiers, le FIU.NET, rĂ©seau des cellules de renseignement financier (CRF) dont fait partie TRACFIN et le rĂ©seau europĂ©en des Bureaux de recouvrement des avoirs.

Certes il existait dĂ©jĂ  depuis 1989 le Gafi (Groupe d’action financiĂšre) contre le blanchiment, mais pourquoi se priver de rĂ©inventer ce qui existe dĂ©jĂ  quand on peut dĂ©penser sans compter ?

Autre axe : les combattants Ă©trangers, ceux convertis qui veulent aller casser du koufir en Syrie, ceux qui en reviennent et ceux qui se glissent parmi les rĂ©fugiĂ©s (souvenons-nous du mĂ©pris du ministre pour ces prĂ©tendus fantasmes, lorsqu’il dĂ©clarait sans rire : « Quand on fait une demande d’asile, on laisse nĂ©cessairement ses empreintes, on se fait photographier. Si une personne est signalĂ©e pour radicalisme, c’est non : elle n’obtiendra pas le statut de rĂ©fugiĂ© et pourra mĂȘme ĂȘtre expulsĂ©e »  Ah, mais !),

La premiĂšre mesure prise en fĂ©vrier 2015 consiste Ă  contrĂŽler systĂ©matiquement les ressortissants europĂ©ens repĂ©rĂ©s au moyen d’indicateurs de risques. Reste Ă  s’accorder sur ces indicateurs. Si le port ostensible d’une kalachnikov en est un critĂšre assez partagĂ©, on sait aussi que pour la France l’absence de nuditĂ© sur les plages en est un autre. Mais pour nos voisins ? Et pour les barbes ? La deuxiĂšme mesure qui date de dĂ©cembre 2015, s’efforce d’effectuer un contrĂŽle systĂ©matique des ressortissants europĂ©ens.

Le moyen ? Un vieux truc de police : les fichiers. Et une Ă©niĂšme structure : le SystĂšme d’information Schengen. CouplĂ© Ă  la base de donnĂ©es d’Interpol, le SLTD (Stolen and Lost Travel Documents Database), il doit repĂ©rer les documents de voyage volĂ©s ou contrefaits. En principe
 En rĂ©alitĂ© une passoire !

Reste le dernier axe, la prĂ©vention et la guĂ©rison (!) de la radicalisation. Le droit qui prĂ©tend avoir rĂ©ponse Ă  tout, se heurte ici Ă  la psychologie et Ă  ses incertitudes confrontĂ© Ă  une religion qui elle, n’en manque pas, mais reste assez dĂ©concertante Ă  la lumiĂšre de nos valeurs.

Pour le coup, les euro-juro-technocrates balbutient. Ils ont donc fait comme d’habitude en crĂ©ant encore une structure : le RAN (Radicalisation Awereness Network), qui s’auto dĂ©finit comme « centre of excellence », lui-mĂȘme composĂ© de sous-rĂ©seaux thĂ©matiques, le tout cogitant en matiĂšre de lutte contre la radicalisation. Dommage que la production de ces brillants experts reste confidentielle, sinon dans le rapport d’Éric Ciotti de 2015 dont les prĂ©conisations restent Ă  mettre en Ɠuvre.

Ne manque plus qu’un organisme coordonnant la coordination. Tiens par exemple, un guichet unique ! Face au terrorisme, on ne peut Ă©videmment pas se passer d’une rĂ©ponse qui soit aussi commune et europĂ©enne, mais les attentats du 22 mars 2016 Ă  Bruxelles sont venus malheureusement nous rappeler que la multiplication des machins, ne les rend pas plus efficaces et que les failles en matiĂšre d’échange de renseignements sont encore Ă  colmater.

Vous avez aimé cet article ?

EuroLibertĂ©s n’est pas qu’un simple blog qui pourra se contenter ad vitam aeternam de bonnes volontĂ©s aussi dĂ©vouĂ©es soient elles
 Sa promotion, son dĂ©veloppement, sa gestion, les contacts avec les auteurs nĂ©cessitent une Ă©quipe de collaborateurs compĂ©tents et disponibles et donc des ressources financiĂšres, mĂȘme si EuroLibertĂ©s n’a pas de vocation commerciale
 C’est pourquoi, je lance un appel Ă  nos lecteurs : NOUS AVONS BESOIN DE VOUS DÈS MAINTENANT car je doute que George Soros, David Rockefeller, la Carnegie Corporation, la Fondation Ford et autres Goldman-Sachs ne soient prĂȘts Ă  nous aider ; il faut dire qu’ils sont trĂšs sollicitĂ©s par les medias institutionnels
 et, comment dire, j’ai comme l’impression qu’EuroLibertĂ©s et eux, c’est assez incompatible !
 En revanche, avec vous, chers lecteurs, je prends le pari contraire ! Trois solutions pour nous soutenir : cliquez ici.

Philippe Randa,
Directeur d’EuroLibertĂ©s.