Le 4 aoĂ»t 1789, les États gĂ©nĂ©raux convoquĂ©s par le roi (ils n’avaient pas Ă©tĂ© rĂ©unis depuis 1614) sont maintenant AssemblĂ©e nationale depuis le 9 juillet et abolissent les privilĂšges lors de cette trop fameuse nuit !

La cause principale ? Le royaume est en proie Ă  de graves difficultĂ©s financiĂšres avec son endettement chronique et l’impĂŽt est Ă©crasant. La noblesse est reprĂ©sentĂ©e par 270 dĂ©putĂ©s, le clergĂ© 291 et le tiers Ă©tat 571 dont une moitiĂ© d’avocats et de juristes et de grands bourgeois d’affaire. On aura compris que le peuple de France en est singuliĂšrement absent. On dit que l’histoire ne se rĂ©pĂšte pas, mais elle nourrit la rĂ©flexion, le raisonnement est ici analogique, commençons donc la sĂ©rie.

La Grande Peur : chacun connaĂźt la prise de la Bastille Ă©vĂšnement rĂ©putĂ© fondateur, aucune Bastille n’a Ă©tĂ© prise aujourd’hui, mais ce qu’on oublie c’est le contexte de grande peur qui fait frissonner le peuple, rumeurs, tocsin, incendies, dans les campagnes, une sourde inquiĂ©tude gagne. Celle-ci est rĂ©elle aujourd’hui. Chacun s’étonne ou admire la rĂ©silience française face aux crimes islamistes, mais cette sourde inquiĂ©tude est là : les jeux olympiques et les jeux politiciens n’arrivent pas Ă  la dissiper, elle est palpable dans la France profonde.

DifficultĂ©s financiĂšres : la principale raison de la convocation des États gĂ©nĂ©raux rĂ©sidait dans l’impasse budgĂ©taire de la monarchie. La France est aujourd’hui endettĂ©e Ă  hauteur de son PIB et recourt aux facilitĂ©s monĂ©taires des faux-monnayeurs de la BCE, les fermiers gĂ©nĂ©raux en quelque sorte qui avançaient au roi sa trĂ©sorerie.

La reprĂ©sentation nationale : quasi-absence des artisans, paysans, ce petit peuple de France qui travaille dur, et n’est pas reprĂ©sentĂ© Ă  l’AssemblĂ©e nationale, mais paye des impĂŽts et des charges Ă  n’en plus finir, une mauvaise assiette fiscale, quand les groupes mondialisĂ©s payent moins. L’assemblĂ©e nationale française et les cabinets ministĂ©riels, avec la surreprĂ©sentation des hauts fonctionnaires, surtout issus de l’ENA constituent une noblesse de robe avec les privilĂšges qui vont avec, retraites, cumul, avantages multiples, sans oublier le coiffeur, quoique le temps des perruques poudrĂ©es soit rĂ©volu !

Assiette fiscale : en 1789, l’essentiel de l’assiette fiscale Ă©tait la paysannerie. MĂȘme punition mĂȘme motif, aujourd’hui c’est la classe moyenne et prĂšs de 50 % des foyers fiscaux qui ne payent pas l’IR (impĂŽt sur le revenu).

DĂ©magogie sociale : Le duc d’Aiguillon avait tout compris, comme Fabius, Baylet, Hollande et autres ; deuxiĂšme fortune de France, il tient au peuple le discours qu’il veut entendre : « Le peuple cherche Ă  secouer enfin un joug qui, depuis tant de siĂšcles pĂšse sur sa tĂȘte ». Quelque chose du « Mon ennemi c’est la finance ! », mais les « sans dents » (on a les sans-culottes que l’on peut !) n’en ont pas fini avec les privilĂšges


Citons encore, le marquis Foucaud de Lardimalie, dĂ©putĂ© du PĂ©rigord, qui attaque courtisans et commis de l’État qui touchent pensions et traitements importants de la cour.

PrivilĂšges : du latin priva lex, loi privĂ©e pour le meilleur et pour le pire, synonyme de libertĂ©, ils consistaient Ă  respecter les traditions locales lorsqu’une province Ă©tait annexĂ©e au royaume (coutumes et droits immĂ©moriaux). Voila pour le meilleur, mais, aujourd’hui, outre les privilĂšges des hommes de l’État, une nouvelle privata lex est en train de se dessiner, accompagnant le mouvement de communautarisation de la sociĂ©tĂ© française, piscines pour les femmes, viande hallal, voile islamique etc.

On aura compris ici la contradiction de ceux qui veulent croire Ă  un islam de France et qui dĂ©fendent bec et ongles la rĂ©publique, par dĂ©finition unitaire. Ils sont en train de mettre en place un oxymore politique, un OPNI (objet politique non identifiĂ©). A fortiori si, comme le prĂ©tend le Pouvoir, se crĂ©e un concordat avec l’islam, alors que celui avec les catholiques fut rompu par la dite rĂ©publique. Mais c’est dĂ©jĂ  une autre affaire, car ce concordat avec les catholiques fut Ă©tabli aprĂšs une longue guerre civile par la « RĂ©volution bottĂ©e » et lĂ , point de Bonaparte en vue !

Justice : allons donc ! La rĂ©publique nous a faits Ă©gaux devant la loi ! Sans doute dans les textes, Ă©coutons le vicomte de Beauharnais rĂ©clamant que les peines soient identiques entre nobles et roturiers. L’inventaire des dĂ©cisions de justice aujourd’hui serait trop long, mais, dans ses trĂ©fonds, le peuple français sait qu’il n’en est rien !

À dire vrai, comme la prise de la Bastille, la nuit du 4 aoĂ»t appartient Ă  la mythologie d’un rĂ©gime en train de naĂźtre. La vĂ©ritable abolition des privilĂšges date du 25 aoĂ»t 1792, soit trois ans aprĂšs et quelques jours aprĂšs la chute de la monarchie. Faudra-t-il donc comprendre qu’on ne peut vraiment attendre l’abolition des privilĂšges qu’au jour de la chute du rĂ©gime ?

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