Si en France, les Ă©tudiants se plaignent de la chertĂ© de leurs Ă©tudes et, bien souvent, de leurs mauvaises conditions d’hĂ©bergement, faire des Ă©tudes outre-Manche semble autrement plus difficile.

Un millier d’étudiants londoniens, trĂšs en colĂšre contre le coĂ»t de leurs habitats, viennent en effet de se mettre en « grĂšve des loyers » pour dĂ©noncer les prix pratiquĂ©s par les propriĂ©taires des rĂ©sidences Ă©tudiantes. Ceux de l’University College de Londres (UCL) ont Ă©tĂ© les initiateurs de ce mouvement, vite rejoints par ceux des universitĂ©s de Roehampton, Goldsmith et de l’Institut Courtauld.

« Selon le mouvement UCL Cut The Rent (littĂ©ralement « rĂ©duisez le loyer ») prĂšs d’un million de livres sterling (soit 1 200 000 euros) seraient ainsi en suspens, conservĂ©es par les Ă©tudiants locataires en colĂšre », rapporte Le Monde.

Le prix des loyers a effectivement connu ces derniĂšres annĂ©es une terrible explosion en ayant Ă©tĂ© multipliĂ© par quatre en quinze ans ; dĂ©sormais, selon le syndicat UK NUS, un Ă©tudiant londonien est en moyenne obligĂ© de consacrer 80 % de son budget Ă  se loger : le prix Ă  la semaine d’une simple chambre varie d’un peu moins de 200 euros Ă  plus de 300
 et la colocation, devenue dĂ©sormais obligatoire pour beaucoup, ne permet pas toujours de rĂ©duire un tel coĂ»t


La cupiditĂ© n’ayant pas de limite, on assiste notamment dans tout le Royaume-Uni Ă  un engouement pour le logement Ă©tudiant
 de luxe ! Un secteur qui devient particuliĂšrement attractif, notamment dans la ville de Coventry : « Selon l’agent immobilier Savillis, 5,8 milliards de livres (7,3 milliards d’euros) ont Ă©tĂ© investis sur ce marchĂ© en 2015 et des rĂ©sidences privĂ©es continuent Ă  pousser comme des champignons dans des quartiers trĂšs bien situĂ©s en centre-ville. Vu de l’extĂ©rieur, ce sont des immeubles comme les autres, si ce n’est leur positionnement commercial : les Ă©tudiants se voient promettre un confort digne d’un « hĂŽtel de charm » », constate The Guardian.

L’universitĂ© locale espĂšre ainsi attirer plusieurs milliers de nouveaux Ă©tudiants et relancer l’activitĂ© d’un centre-ville qui dĂ©pĂ©rissait : Kevin Maton, conseiller municipal chargĂ© des entreprises et de l’emploi, confirme effectivement que « depuis 2013, il y a davantage d’animation, plus de bars et de restaurants. Les Ă©tudiants sont Ă  l’avant-garde du mouvement ; grĂące Ă  eux on peut convaincre plus facilement d’autres commerçants et investisseurs que les choses bougent. »

Mais l’arrivĂ©e subite d’un grand nombre d’étudiants n’a pas l’heur de plaire Ă  tous et certains habitants supportent mal cette nouvelle cohabitation qui fait flamber les prix de l’immobilier et remplacer exagĂ©rĂ©ment les pubs d’ouvriers par des bars Ă  cocktail


« Les Ă©tudiants contribuent Ă  l’embourgeoisement, mĂȘme s’ils n’en sont pas vraiment responsables, tĂ©moigne Reuben Nash, Ă©tudiant de deuxiĂšme annĂ©e Ă  l’universitĂ© de West England (Bristol). Les Ă©tudiants stimulent la demande de cafĂ©s et de bars sympas, et donc font qu’un quartier comme Gloucester Road paraisse un peu plus cool, un peu plus vivant. Alors les propriĂ©taires font monter les loyers et les prix de l’immobilier augmentent. C’est paradoxal, parce que beaucoup d’étudiants n’ont pas vraiment les moyens d’aller tous les jours dans des restaurants ou des cafĂ©tĂ©rias chers. »

VoilĂ  dix ans, 18 % des Ă©tudiants Ă©taient logĂ©s par le secteur privé ; aujourd’hui, ils sont 41 %, mais « tout cela a un prix, fait remarquer Victoria Loverseed, de chez Unipol. Les universitĂ©s se mettent Ă  singer le secteur privĂ© en construisant ce genre de rĂ©sidences haut de gamme, si bien que de nombreux Ă©tudiants se sentent chassĂ©s de ce marchĂ©. On ne peut pas en vouloir aux entreprises privĂ©es, mais les universitĂ©s ont un autre rĂŽle Ă  jouter. Elles devraient essayer de fournir des solutions abordables, et non agir comme des promoteurs immobiliers » (« De moins en moins d’offres abordables », Le Monde, avril 2016).

Et si les Ă©tudiants anglais n’ont pas les moyens de suivre, quelle importance ? Car ce sont les riches Ă©tudiants Ă©trangers qui sont la cible des promoteurs immobiliers. Il n’est pas nĂ©anmoins certain qu’ils soient tous en mesure d’assurer leur parcours Ă©tudiant Ă  des prix toujours plus excessifs
 Et en attendant, la sĂ©lection par l’argent bat son plein


A propos de l'auteur

Philippe Randa

Directeur du site EuroLibertĂ©s. Ancien auditeur de l’Institut des Hautes Études de DĂ©fense Nationale, chroniqueur politique, Ă©diteur (Ă©ditions Dualpha, DĂ©terna et L'Æncre) et auteur de plus d’une centaine de livres. SociĂ©taire de l’émission « Bistrot LibertĂ© » sur TVLibertĂ©s, il co-anime avec Roland HĂ©lie l'Ă©mission « SynthĂšse » sur Radio LibertĂ©s tous les jeudi. Ses chroniques politiques sont publiĂ©es chaque annĂ©e en recueil sous le titre : « Chroniques barbares ».

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