La zone euro va devoir trouver sur les marchĂ©s environ 900 milliards d’euros en 2017 : « Normal ! », rĂ©pondront les techniciens ; la dette, malgrĂ© le caractĂšre pĂ©joratif du terme, c’est de l’économie tout simplement puisqu’il y a des besoins de financements (États, entreprises) et en face des capacitĂ©s de financement (mĂ©nages, institutions financiĂšres).

Ce schéma quelque peu scolaire souffre quelques remarques néanmoins :

La dette pour quoi faire ? Si c’est pour payer une partie des dettes anciennes, ce n’est guĂšre profitable ; si c’est pour faire fonctionner des bureaucraties lourdes qui asservissent les peuples europĂ©ens, on s’en passerait volontiers ; si c’est pour des investissements d’avenir, certes oui, mais la pratique des facilitĂ©s monĂ©taires de M. Draghi favorise la hausse des prix des actifs existants, mais pas les actifs Ă  venir.

Se goinfrer de dettes ?

La zone euro va en effet emprunter plus que l’an passĂ©, l’Italie en tĂȘte ; avec 250 Ă  280 milliards Ă  lever sur les marchĂ©s, la sƓur latine fera presque autant avec 200 milliards d’euros d’obligations, notre pays le fera par le truchement de l’Agence France TrĂ©sor – un nom charmant n’est-ce pas ? –, car les finances publiques endettĂ©es dĂ©jĂ  Ă  la hauteur du PIB ne peuvent Ă©videmment solder les pics d’emprunts contractĂ©s dans les annĂ©es prĂ©cĂ©dentes. L’Allemagne veut lever 160 milliards, l’Espagne 120, mais, surprise ! c’est interdit Ă  la GrĂšce, on se demande bien pourquoi


Cette frĂ©nĂ©sie de dĂ©but d’annĂ©e s’explique par plusieurs raisons : une remontĂ©e probable des taux s’annonçant, il vaut mieux se couvrir Ă  taux bas, hic et nunc.

Fatale remontée des taux

L’élection de Donald Trump y Ă©tant pour une part puisque l’annonce des dĂ©penses qu’il a prĂ©vues au bĂ©nĂ©fice de la relance amĂ©ricaine s’est conjuguĂ©e avec la hausse des taux de la FED annoncĂ©e par Madame Jelen. MĂȘme en Europe, Mario Draghi semble vouloir rĂ©duire les achats de dette, le fameux QE facilitĂ©s monĂ©taires, de 80 milliards Ă  60 milliards par mois (!) ; ainsi le taux Ă  dix ans pour la France s’est tendu de 30 points depuis novembre. Le problĂšme global Ă©tant que la demande d’emprunts des « zinzins » diminue, alors que l’offre d’emprunts d’État continue de croĂźtre.

Une bulle obligataire

Les taux bas ont provoquĂ© le gonflement du stock d’obligations, mais celles-ci sont vendables en fonction des taux d’intĂ©rĂȘt si d’aventure ces taux se mettaient Ă  monter. Les dĂ©tenteurs de la bulle en question se dĂ©barrasseraient de ces obligations Ă  vil taux pour en acquĂ©rir Ă  meilleur rendement.

Aux États-Unis, par exemple, la bulle frisant les 50 000 milliards de $ – depuis longtemps la Chine s’étant portĂ©e acquĂ©reur des emprunts d’État US (les bons du trĂ©sor) – que se passerait-il si elle renonçait Ă  en acheter ? Un krach obligataire qui emporterait avec lui les assurances vie.

La dette Ă©ternelle

L’Italie bat tous les records en matiĂšre de dette (aprĂšs les AmĂ©ricains) en volume et en durĂ©e. Elle a contractĂ© des emprunts Ă  100 ans ! Mais on voit frĂ©quemment la France contracter des emprunts Ă  40/50 ans pour compenser les taux faibles (une rente longue). Les gĂ©nĂ©rations qui viennent ne nous diront pas merci.

Augmentation du risque politique

Traditionnellement, pour la finance, le risque politique Ă©tait dans le Tiers-monde – insolvabilitĂ© et rĂ©Ă©chelonnement de la dette –, puis il a gagnĂ© les pays Ă©mergents (le BrĂ©sil, par exemple)
 VoilĂ  maintenant que le risque politique s’installe dans le monde occidental.

DĂ©jĂ , Donald Trump a fait bouger les taux, le « non » italien et le Brexit y ont aussi contribuĂ©, mais les incertitudes liĂ©es aux Ă©lections aux Pays-Bas (mars), en France (avril-mai), en Allemagne (septembre), conduisent les emprunteurs Ă  se dĂ©pĂȘcher d’emprunter aujourd’hui par crainte du risque
 qui se nomme populisme.

Une nouveauté : on dĂ©couvre que ce concept politique a aussi une dimension Ă©conomique. Pour la France, l’impossibilitĂ© de vendre sa dette, donc de l’augmenter pour se payer un train de vie que nous ne sommes pas capables de financer par nos propres forces.

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A propos de l'auteur

Olivier Pichon

Olivier Pichon , professeur agrĂ©gĂ© de l'universitĂ©, ancien professeur en prĂ©pa Hec ( Ă©conomie et histoire), conseiller regional d'Île de France 1992-2004, ancien directeur de « Monde et Vie » ; il collabore actuellement Ă  « Nouvelles de France » et dirige l'Ă©mission « Politique et Ă©co » sur TV LibertĂ©s.

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