Entretien avec GĂĄbor TĂłth, prĂ©sident de la premiĂšre association V4 – Chine, Gateway to Europe (porte d’entrĂ©e vers l’Europe) : « Nous verrons une Europe forte, grĂące l’aide des investissements chinois. »

DĂ©but dĂ©cembre, Ferenc AlmĂĄssy a rencontrĂ© GĂĄbor TĂłth, le prĂ©sident de l’association V4 – Chine, Gateway to Europe (porte d’entrĂ©e vers l’Europe), qui s’est donnĂ©e pour mission de dĂ©velopper les liens entre le V4 et la Chine. Quelques semaines aprĂšs la rencontre 16 + 1 organisĂ©e Ă  Budapest, en Hongrie, rĂ©unissant les dirigeants de 16 pays d’Europe centrale et des Balkans, et le Premier ministre chinois – tout cela Ă  l’initiative de la Chine elle-mĂȘme – nous voulions demander Ă  un spĂ©cialiste de la question ce qu’il faut attendre de la Chine pour notre rĂ©gion d’Europe centrale.

Gåbor Tóth et Ferenc Almåssy à Budapest, début décembre 2017.

Gåbor Tóth et Ferenc Almåssy à Budapest, début décembre 2017.

Ferenc AlmĂĄssy : Pourquoi, en tant que Hongrois, ĂȘtes-vous si impliquĂ© dans la coopĂ©ration avec la Chine? Quelle est la raison de cet intĂ©rĂȘt et de cet investissement de votre part dans l’association Gateway to Europe, V4-Chine?

GĂĄbor TĂłth : Eh bien, ça remonte au lycĂ©e : une de mes camarades de classe Ă©tait chinoise, une fille que j’aimais beaucoup. Ses parents sont venus en Hongrie avec la premiĂšre vague d’immigration chinoise au dĂ©but des annĂ©es 1990 et ils ont ouvert un restaurant chinois Ă  Budapest. Bref, mon premier contact avec la Chine aura Ă©tĂ© d’ordre personnel.

Plus tard, il est devenu professionnel. AprĂšs avoir beaucoup voyagĂ©, passĂ© du temps et travaillĂ© aux États-Unis, en Europe occidentale et en Russie entre 2000 et 2009, j’ai rĂ©alisĂ© que le rĂȘve amĂ©ricain n’était plus et que leur situation n’est pas pĂ©renne, que leur systĂšme est loin d’ĂȘtre parfait. Avec mon frĂšre, nous sommes allĂ©s Ă  Hollywood d’abord pour devenir des acteurs. Avec le recul, nous sommes heureux que cela ne soit pas arrivĂ©. En passant six mois Ă  Hollywood, on peut assister Ă  des choses vraiment Ă©tranges, Ă  de terribles modĂšles sociaux et comportementaux. L’Occident est clairement en dĂ©clin moral.

Un de nos amis russes de Moscou nous a alors recrutĂ©s pour ĂȘtre vendeurs. Et c’est lĂ -bas que j’ai ressenti pour la premiĂšre fois ce « parfum oriental ». AprĂšs des annĂ©es Ă  l’Ouest, j’avais vu que les Occidentaux s’étaient eux-mĂȘmes condamnĂ©s Ă  de graves problĂšmes. Les drogues sont courantes, tout est permis et tout le monde est offensĂ© quand quelqu’un parle de normalitĂ©, il n’y a plus de limites. Puis Ă  Moscou, pour la premiĂšre fois, j’ai Ă©tĂ© contact avec l’Est. J’ai dĂ©couvert un monde beaucoup plus disciplinĂ© avec un Ă©norme potentiel.

AprĂšs cette expĂ©rience, je suis retournĂ© en Hongrie et j’ai repris contact avec mon amie chinoise qui s’était entre temps beaucoup investie dans les relations bilatĂ©rales sino-hongroises. Cependant, pour construire un rĂ©seau sĂ©rieux en Chine, vous devez ĂȘtre sur place. Elle s’est installĂ©e lĂ -bas, Ă  ShanghaĂŻ. Afin de maintenir ses liens avec la Hongrie, elle avait besoin de quelqu’un Ă  Budapest et j’avais le profil le plus appropriĂ©, alors j’ai commencĂ© Ă  travailler avec elle depuis la Hongrie pour renforcer les liens entre la Hongrie et la Chine.

FA : Mais alors, aujourd’hui, comment pouvez-vous travailler sur ces rĂ©seaux ? Et quelle est votre connaissance personnelle de la Chine ? Comment un EuropĂ©en de souche peut-il avoir une connaissance fiable de la Chine sans y vivre, compte tenu de l’énormitĂ© et de la complexitĂ© de ce pays ?

GĂĄbor TĂłth : J’ai voyagĂ© en Chine chaque annĂ©e depuis 2011, j’ai visitĂ© PĂ©kin ainsi que d’autres grandes villes et j’ai Ă©galement dĂ©couvert la campagne chinoise. J’ai vĂ©cu Ă  ShanghaĂŻ pendant plusieurs mois.

Cela fait des annĂ©es maintenant que je travaille sur les liens entre l’Europe et la Chine. GrĂące Ă  mon amie, j’ai Ă©tĂ© prĂ©sentĂ© Ă  des personnalitĂ©s politiques et Ă©conomiques mais aussi aux mĂ©dias chinois. Ces contacts m’ont permis d’avoir rapidement une idĂ©e de ce qu’est la Chine. Et je pourrais ajouter mes contacts nombreux et de longue date avec la couche sociale chinoise occidentalisĂ©e, en particulier la communautĂ© vivant en Hongrie.

Cependant, je ne suis pas le membre de l’association qui possĂšde la connaissance la plus profonde de la Chine et de la mentalitĂ© chinoise. C’est prĂ©cisĂ©ment pourquoi il y a des Chinois en tant que membres. La deuxiĂšme gĂ©nĂ©ration de Chinois nĂ©s en Hongrie parle parfaitement le hongrois et connaĂźt les deux cultures. Ce sont des atouts clĂ©s, leur comprĂ©hension est unique et essentielle.

FA : Au dĂ©part, votre association avait donc pour but les Ă©changes culturels entre la Chine et la Hongrie. Comment et pourquoi est-elle devenue une association s’occupant de questions stratĂ©giques entre le V4 et la Chine ? Quelles sont vos actions dĂ©sormais ? J’aimerais aussi savoir qui sont vos soutiens, notamment financier. PrĂ©sentez-nous donc votre association plus en dĂ©tail.

GĂĄbor TĂłth : En 2010, il y avait une exposition Ă  ShanghaĂŻ, et le secrĂ©taire d’État hongrois Ă  la culture de l’époque, GĂ©za SzƑcs, a bĂ©nĂ©ficiĂ© de l’aide sur place de mon amie et partenaire chinoise. AprĂšs cela, nous avons tous les trois dĂ©cidĂ© de construire quelque chose pour consolider les liens sino-hongrois.

Nous avons donc commencĂ© avec le soutien de l’État hongrois, en organisant des concerts, des expositions, etc. AprĂšs quelques annĂ©es, j’ai rĂ©alisĂ© que les associations culturelles s’étaient multipliĂ©es. Aussi, il me fallait me rendre Ă  l’évidence, la Hongrie seule ne peut pas ĂȘtre la « Porte de l’Europe ».

L’aspect culturel est intĂ©ressant, mais je voulais atteindre des objectifs plus concrets que la rĂ©alisation d’évĂ©nements culturels. J’ai rĂ©alisĂ© que ce qui manque, c’est une organisation stratĂ©gique qui relie le V4 et la Chine. Nous sommes donc la seule et unique entitĂ© Ă  ce jour qui se prĂ©occupe de ces questions.

C’est pourquoi j’ai rĂ©orientĂ© le projet sur la question des 16 + 1. Chaque pays de la rĂ©gion construit sa petite relation bilatĂ©rale, mais les 16 ensemble, et au sein de ceux-ci, les pays V4 comme noyau dur, ont une occasion historique de construire un relation avec la Chine en tant que pilier occidental de la nouvelle route de la soie.

FA : Donc l’association est destinĂ©e Ă  devenir un think tank ? Une sorte de lobby en faveur de la Chine ici, et de l’Europe centrale lĂ -bas ?

GĂĄbor TĂłth : Ce que l’association deviendra n’est pas encore dĂ©cidĂ©, car elle n’a que quelques mois. Comme discutĂ© avec M. SzƑcs, qui devint plus tard Premier conseiller du Premier ministre Viktor OrbĂĄn, l’association a commencĂ© Ă  se concentrer sur des sujets politiques et stratĂ©giques entre le V4 et la Chine. L’objectif est que le dialogue entre les gouvernements V4 et la Chine soit enrichi avec tout ce qui est nĂ©cessaire pour amĂ©liorer l’efficacitĂ© de leurs discussions, en travaillant pour le succĂšs du format 16 + 1 et de la nouvelle route de la soie. Que ce soit des forums, des Ă©vĂ©nements culturels – mais cette fois au niveau du V4 – ou mĂȘme de rĂ©unions d’hommes d’affaires, d’entrepreneurs, d’innovateurs, et de confĂ©rences, notre objectif est de complĂ©ter le domaine politique avec notre plateforme associative d’ONG.

L’idĂ©e est de construire et vendre, pour ainsi dire, l’image de marque du V4 en Chine. Il est nĂ©cessaire de faire connaĂźtre le groupe de VisegrĂĄd aux Chinois. Cela nĂ©cessite de savoir comment les Chinois pensent. Ils ont tendance Ă  associer un domaine particulier Ă  chaque pays, chaque rĂ©gion. Et ce que les Chinois peuvent associer aux pays du V4, c’est une agriculture de qualitĂ© et la sĂ©curitĂ© alimentaire. Il y a une Ă©norme demande en Chine pour des produits agricoles de qualitĂ©. Les 16 pays d’Europe centrale et des Balkans peuvent rĂ©pondre Ă  la demande de cette classe chinoise qui s’inquiĂšte pour la sĂ©curitĂ© alimentaire et pour qui nous restons abordables tout en bĂ©nĂ©ficiant de la bonne image de marque propre Ă  notre continent europĂ©en. Ce nouvelle nouvelle couche sociale riche de la sociĂ©tĂ© chinoise prĂ©fĂšre dĂ©penser trois fois plus pour les aliments de base, juste pour pouvoir donner le meilleur Ă  ses enfants.

FA : D’un point de vu commercial, pour nous centre-europĂ©ens, je comprends l’aubaine que cela reprĂ©sente ; mais que devons-nous alors attendre d’eux, si eux-mĂȘmes ne font pas confiance Ă  la qualitĂ© de leurs produits ?

GĂĄbor TĂłth : Ce n’est pas vraiment plus de produits d’importation chinois que nous recherchons. De la Chine, nous avons besoin d’investissements en capital. Il est important qu’ils nous aident Ă  dĂ©velopper notre infrastructure. Il y a une forte croissance en Europe centrale et beaucoup de choses Ă  dĂ©velopper. Les Chinois sont dans une situation dĂ©licate avec les Occidentaux. En Asie, leur rĂ©seau est dĂ©jĂ  construit. Ils ont dĂ©jĂ  achetĂ© ce qu’ils pouvaient en Afrique. Ils doivent encore investir leur argent ailleurs, et ce quelque part doit ĂȘtre l’Europe centrale. En rĂ©alitĂ©, l’Europe reste la clĂ©. La planĂšte entiĂšre a les yeux rivĂ©s sur l’Europe, pour savoir quelle direction prendra l’économie mondiale. Nous sommes toujours le centre de gravitĂ© du monde.

Et sur ce point je pense que le V4 pourra Ă©tendre son modĂšle Ă  l’Europe, par opposition au modĂšle dangereux et parfois absurde des Ă©lites nĂ©olibĂ©rales, et que cela aura des rĂ©percussions planĂ©taires.

La vision de la Hongrie d’une Europe unie fondĂ©e sur le christianisme et le fonctionnement propre et original des institutions europĂ©ennes prĂ©vaudra, et ceux qui observent de prĂšs la situation dans les pays du V4 et dans les autres pays de la rĂ©gion savent que c’est dĂ©jĂ  le cas. L’Allemagne et l’Italie sont les pays clĂ©s, et ils vont tous deux revenir Ă  leurs racines anciennes, ce n’est qu’une question de temps. DĂšs que ce modĂšle deviendra la norme dans la nouvelle Europe, la Chine commencera Ă  envoyer son capital et ses capacitĂ©s excĂ©dentaires Ă  une Ă©chelle beaucoup plus grande qu’actuellement. Dans un sens, les succĂšs de l’Europe et de la Chine dĂ©pendent l’un de l’autre. Ces deux partenaires peuvent s’apporter des bĂ©nĂ©fices considĂ©rables en s’appuyant le long de la Nouvelle Route de la Soie.

FA : À propos de modĂšle politique, venons-en alors Ă  celui de la Chine. Quelle est la situation en Chine, est-ce une dictature communiste “libĂ©ralisĂ©e” comme on peut l’entendre dire ? Les diffĂ©rences sont Ă©normes politiquement entre la Chine et l’Europe centrale, et dans quelle mesure cela peut-il poser problĂšme sur le long terme ?

GĂĄbor TĂłth : Les opinions divergent pour juger de la nature du rĂ©gime chinois actuel, qui est trĂšs spĂ©cifique et qui ne rentre dans aucune case. Mon expĂ©rience personnelle est qu’à aucun moment je ne me suis senti opprimĂ© en Chine. Pourtant, le rĂ©gime chinois est vraiment un rĂ©gime fort et autoritaire qui tient le pays d’une main de fer. Mais c’est comme ça qu’ils organisent leur vie. Regardez la taille du pays ! Regardez sa dĂ©mographie ! Ceci, Ă  bien des Ă©gards, est nĂ©cessaire.

Je pense qu’ils ont raison de garder un certain contrĂŽle sur ce qui est dit et fait. Contrairement Ă  ce que rapportent certaines fausses nouvelles, les gens parlent librement entre eux, la critique est permise, tolĂ©rĂ©e, mĂȘme s’il s’agit du gouvernement. Ils Ă©vitent simplement les attaques destructrices et arrogantes et les critiques auxquelles nous sommes habituĂ©s en Occident. Quel est le rĂ©sultat de cette pseudo « libertĂ© d’expression » occidentale : tous les pays occidentaux ont des sociĂ©tĂ©s fragmentĂ©es, les gens se dĂ©chirent entre eux et les gouvernements n’ont gĂ©nĂ©ralement l’appui que de la moitiĂ© de la population, le reste se sentant lĂ©sĂ© et insatisfait. En fin de compte, la dĂ©mocratie qui devrait unir tout le monde et promouvoir l’intĂ©rĂȘt commun divise le peuple. Cet Ă©chec de la dĂ©mocratie, qu’on donnait gagnante et qui Ă©tait sensĂ©e dominer le monde prochainement, doit ĂȘtre pris en compte. Aussi, quand une personne ordinaire entend le mot communisme, elle pense Ă  la terrible histoire du siĂšcle dernier, mais la Chine d’aujourd’hui et son rĂ©gime sont trĂšs diffĂ©rents de tout cela.

En somme, c’est prĂ©cisĂ©ment pour cela que la coopĂ©ration entre l’Europe centrale et la Chine peut ĂȘtre couronnĂ©e de succĂšs. Nous parlons de deux blocs qui Ă  la fois rejettent l’ingĂ©rence Ă©trangĂšre et respectent le systĂšme de l’autre ainsi que son choix de structure politique. L’Europe centrale essaie de prĂ©server la dĂ©mocratie et le libĂ©ralisme comme il l’était au dĂ©but, basĂ© sur la primautĂ© du droit et des responsabilitĂ©s humaines, et non pas des droits de l’homme surestimĂ©s et de libertĂ©s illimitĂ©es. C’est la raison pour laquelle la Chine veut faire des affaires avec nous et non avec l’UE, oĂč ils sont souvent traitĂ©s avec mĂ©pris et humiliĂ©s par des gens qui ne peuvent mĂȘme pas diriger correctement leur propre pays.

FA : Comment la Chine se comporte-elle avec ses partenaires ? Si la Chine investit en Europe centrale, comme vous disiez, cela aura des consĂ©quences politiques. La crĂ©ation d’emploi, notamment, donnera du poids Ă  la Chine sur la scĂšne politique centre europĂ©enne. C’est inĂ©dit, et pas du tout anodin. Quelles consĂ©quences Ă  tout cela, alors qu’on est dĂ©jĂ  exposĂ©s aux soit-disant ingĂ©rences amĂ©ricaine ou russe ?

GĂĄbor TĂłth : À mon avis, les Chinois n’ont pas l’intention de changer profondĂ©ment l’Europe. Ils ne veulent pas toucher Ă  sa culture, ils veulent une Europe qui serve leurs intĂ©rĂȘts Ă©conomiques : c’est-Ă -dire que l’Europe soit un bon acheteur et un bon fournisseur. Ils seraient intĂ©ressĂ©s par une Europe forte et unie. Ils ne sont pas des acteurs influents ou menaçants dans le jeu politique occidental ou europĂ©en.

La coopĂ©ration des 16 pays d’Europe centrale est la preuve de ce que je dis : les Chinois ont initiĂ© cette coopĂ©ration parce que l’Europe est en plein dĂ©sarroi et ils ont vu une possibilitĂ© de nouvelle chance avec cette rĂ©gion d’Europe et par l’investissement Ă©conomique aident Ă  lancer des projets conjoints et rĂ©gionaux. Le V4 est le noyau dur de ce format de coopĂ©ration, puis viennent tous les 16, puis le monde allemand et l’Italie. Ce sera la prochaine Ă©tape aprĂšs que les changements politiques soient survenus parce que les gens se tournent vers le modĂšle hongrois, que les Chinois aiment beaucoup, je pourrais ajouter 


FA : Le modĂšle hongrois ? L’orbanisme, l’illibĂ©ralisme ?

GĂĄbor TĂłth : Il faut faire attention quand on parle d’illibĂ©ralisme, ce peut ĂȘtre compris comme une doctrine tournĂ©e contre le libĂ©ralisme. Je pense que cela doit ĂȘtre vu comme un frein aux excĂšs imprudents que nous voyons aujourd’hui, avec la remise en question des identitĂ©s et des genres, la destruction de la famille, la sociĂ©tĂ© ouverte comme on l’appelle. Tout cela est un Ă©chec et de plus en plus de gens le rĂ©alisent. Aimer et prendre soin des Autres ne doit pas signifier se mĂ©langer Ă  eux alors qu’ils deviennent par ailleurs majoritaires sur certains espaces de notre continent. On parle simplement de prudence et de sagesse, c’est une pensĂ©e tolĂ©rante. Viktor OrbĂĄn agit de maniĂšre responsable selon la plupart des EuropĂ©ens. Une autre partie du modĂšle hongrois est l’accent mis sur la loi et l’ordre, la responsabilitĂ© et le caractĂšre. Les Hongrois sont loin d’ĂȘtre parfaits, pourtant ils sont perçus par beaucoup comme un exemple Ă  suivre 


Construire une barriĂšre, l’autodĂ©fense, prĂ©server les cultures nationales semblent ĂȘtre ce que les gens veulent. MĂȘme si cela n’est pas encore dit dans certains endroits, c’est ce qui est cher au cƓur de la plupart des EuropĂ©ens.

FA : Revenons à la Chine. Le fait qu’elle ait mis en place de format de 16+1, ne divise-t-elle pas l’Europe, de facto ?

GĂĄbor TĂłth : Je dirais plutĂŽt que la Chine a choisi une grande partie de l’Europe qui est encore responsable et sur la bonne voie, selon leur point de vue, et ce sont ces 16 pays d’Europe centrale et balkanique. Sans parler du potentiel commercial de cette partie de l’Europe, en plein dĂ©veloppement, qui a donc besoin d’investissements. De plus, cette partie de l’Europe est mieux situĂ©e pour la Chine, gĂ©opolitiquement parlant.

FA : Et elle fait partie intégrante du projet de Nouvelle Route de la Soie, appelé la Ceinture et la Route. Quels changements concrets pourrait amener dans les Balkans et en Europe centrale ce projet de la Ceinture et de la Route ?

GĂĄbor TĂłth : Pour le moment, il n’y a que des projets. La Chine a mis en place ce grand projet en 2011, 2012, et il a Ă©tĂ© officiellement lancĂ© en 2013. Des accords ont Ă©tĂ© signĂ©s, mais ce n’est que le dĂ©but 
 Plus le pilier occidental de la Route de la Soie n’a pas encore Ă©tĂ© dĂ©terminĂ©. À mon avis, ce sera le V4, puisqu’il n’y a pas d’autre alternative claire pour le moment.

FA : D’oĂč vient ce grand projet de nouvelle Route de la Soie ?

GĂĄbor TĂłth : Je vois deux raisons. L’une est que les Chinois ont commencĂ© Ă  ressentir le dĂ©clin du monde occidental, qui a Ă©tĂ© sabotĂ© par sa propre idĂ©ologie. Cela signifie la fin de la domination amĂ©ricaine exclusive. La deuxiĂšme raison est que les Chinois voient une opportunitĂ© historique pour devenir la premiĂšre puissance mondiale, en particulier sur le plan Ă©conomique. Si nous regardons la structure de cette nouvelle route de la soie, elle connecte le monde entier, sauf «l’Occident», pour ainsi dire, en particulier les AmĂ©riques.

Sur le papier, la New Silk Road va jusqu’à Londres, mais les Occidentaux ne prennent pas ce projet au sĂ©rieux. Ils se considĂšrent toujours comme des acteurs dĂ©cisifs et sont trop prĂ©occupĂ©s par leurs propres problĂšmes. Pendant ce temps, les centre-europĂ©ens construisent leur avenir, saisissant de telles opportunitĂ©s.

Au niveau europĂ©en, tĂŽt ou tard, d’une maniĂšre ou d’une autre, une forme de divorce aura lieu entre les pays qui veulent la vieille Europe et les pays qui veulent une Europe diffĂ©rente de ce qu’elle a toujours Ă©tĂ©. Ceux qui se rallient au modĂšle europĂ©en traditionnel et ancien des nations chrĂ©tiennes unies gagneront, mais parce que ces pays et leurs dirigeants (et non les gens) se trouvent principalement en Europe de l’Est pour l’instant, ils ont besoin d’un nouveau systĂšme d’alliance, un Plan B pour ainsi dire, afin de continuer Ă  se renforcer et Ă  favoriser leur retour aux valeurs historiques de l’Europe. La Chine est la clĂ©, et la Route de la Soie est ce nouveau systĂšme d’alliance.

FA : Dans d’autres entretiens, vous avez dit espĂ©rer que le 16+1 devienne un 1+1. Qu’est-ce que vous entendez par lĂ  ? Comment “unir” ces pays ? Ca ressemble beaucoup Ă  l’Initiative des Trois Mers, que certains critiques comme Ă©tant un projet amĂ©ricain en vue de l’aprĂšs UE. Mais finalement, cette mĂȘme zone intĂ©resse aussi les Chinois. Alors qu’en est-il ?

GĂĄbor TĂłth : Simplement parce que ce serait l’intĂ©rĂȘt de tout le monde. Une Europe centrale et orientale forte, qui servirait de base Ă  une Europe reconstruite sur des bases solides, serait plus tard dans l’intĂ©rĂȘt de l’économie mondiale tout entiĂšre. D’ailleurs, tout le monde gagnerait si l’Europe retrouvait sa splendeur d’antan. Sauf peut-ĂȘtre les AmĂ©ricains, mais c’est une autre histoire. Quant Ă  l’unitĂ© des 16 pays 
 eh bien, ils ont besoin d’un noyau dur qui est dĂ©jĂ  une base existante, une fondation avec un visage, une identitĂ©, une image marque. Un de mes amis m’a dit : quand 16 amis veulent dĂ©cider oĂč sortir ce soir, ils se chamaillent gĂ©nĂ©ralement sur ce sujet jusqu’à ce que les plus forts ou plus influents, dans ce cas les quatre de VisegrĂĄd, dĂ©signent une certaine direction 
 les douze autres suivront le V4, j’en suis assez sĂ»r.

Quoi qu’il en soit, l’Europe ne tombera pas et ne sera pas dĂ©truite, comme beaucoup d’opinions radicales le prĂ©sagent. Si nous regardons l’histoire de l’Europe, nous reconnaissons des schĂ©mas rĂ©currents. Les rĂ©gions dĂ©sunies entrent en crise, puis vient l’union sous un grand monarque, un empereur souvent, qui trouve un moyen d’unir les États-nations individuellement forts pour former une grande puissance continentale. L’Europe est habituĂ©e aux crises. Mais dans quelques annĂ©es, nous sortirons de la crise actuelle, cela ne nous emportera pas dans la tombe.

D’ailleurs, tout tend naturellement vers cela. MĂȘme M. Juncker et ses partenaires veulent rĂ©pondre Ă  la crise en formant les États-Unis d’Europe, ce qui, j’en suis sĂ»r, arrivera un jour, mais pas comme ils l’imaginent. L’ironie serait qu’ils poussent Ă  l’élection d’un prĂ©sident de l’Europe, et que les citoyens europĂ©ens Ă©lisent Viktor OrbĂĄn ! Ce serait possible ! Si l’idĂ©e d’un USE Ă©tait rĂ©alisĂ©e demain, il n’y aurait personne d’autre capable de le diriger mis Ă  part lui, Ă©tant le chef politique europĂ©en le plus couronnĂ© de succĂšs de son temps. Cela deviendrait encore plus clair s’il remportait une troisiĂšme majoritĂ© consĂ©cutive au parlement, ce qui constituerait un record sans prĂ©cĂ©dent.

FA : AprĂšs 25 ans de domination totale des États-uniens, le monde semble devenir multipolaire Ă  nouveau, et l’Europe centrale, ou ces 16 pays Ă©voquĂ©s plus tĂŽt, formeraient un de ces pĂŽles ?

GĂĄbor TĂłth : Presque. Je pense, cependant, que l’avenir de l’Europe est Ă  l’unitĂ©, au fonctionnement en commun, autant que possible. Nous verrons une Europe forte, avec l’aide des investissements chinois. Trouver la mĂ©thode pour Ă©tablir le pilier occidental de la nouvelle route de la soie est la clĂ© Ă©conomique du renouveau europĂ©en. Cela amĂšnerait un couple Europe-Chine au plus haut niveau sur la scĂšne mondiale. Mais ce sera sans certains des pays occidentaux d’Europe, comme la France, la Belgique, la Hollande et d’autres, j’en ai peur. Les 16 pays sont dans une position unique, Ă©tant Ă  la pointe de ce changement de pouvoir que le monde connaĂźt aujourd’hui et qui deviendra de plus en plus Ă©vident dans les annĂ©es Ă  venir.

Article publié sur le site VPost.

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