La Commission europĂ©enne a proposĂ© de lever l’obligation de visa pour les citoyens ukrainiens, gĂ©orgiens, kosovars et turcs voyageant vers l’UE. Les États membres doivent Ă  prĂ©sent confirmer cette dĂ©cision. Rappelons nĂ©anmoins qu’en ce qui concerne la Turquie, les parlements nationaux pourraient cependant avoir leur mot Ă  dire, alors que le Parlement europĂ©en suit de prĂšs la situation. Les eurodĂ©putĂ©s ont dĂ©jĂ  dĂ©clarĂ© que la Turquie devait remplir toutes les conditions prĂ©vues avant que la libĂ©ralisation des visas ait lieu.

AprĂšs une accĂ©lĂ©ration il y a plusieurs semaines, liĂ©e Ă  l’accord passĂ© entre l’UE et Ankara, qui a fait, reconnaissons-le, sensiblement diminuer le nombre de personnes arrivant en Europe depuis les cĂŽtes turques, les nĂ©gociations tournent dĂ©sormais au vinaigre face au refus de la Turquie de changer ses lois en matiĂšre de lutte antiterroriste.

L’immigration est aussi un thĂšme clĂ© du rĂ©fĂ©rendum du 23 juin sur l’appartenance du Royaume-Uni Ă  l’UE, qui se plaint de l’arrivĂ©e d’1,3 million de rĂ©fugiĂ©s et migrants l’annĂ©e derniĂšre. Les États de l’UE n’arrivent pas non plus Ă  s’accorder sur la libĂ©ralisation des visas pour la GĂ©orgie. La Turquie, le Kosovo et l’Ukraine devraient aussi s’attendre Ă  des retards Ă©tant donnĂ© que l’Union se montre plus prudente et frileuse, Ă  cause de l’immigration.

Bruxelles assure qu’Ankara progresse sur les 72 critĂšres nĂ©cessaires Ă  la libĂ©ralisation des visas turcs, alors que le pays risque de ne pas respecter le dĂ©lai de juin. Or, l’aide de la Turquie est indispensable pour contrĂŽler l’immigration depuis qu’1,3 million de personnes ont atteint l’Europe l’annĂ©e derniĂšre.

La faible dynamique politique complique aussi la question pour les trois autres pays, ont expliquĂ© les diplomates, le temps Ă©tant comptĂ© jusqu’aux vacances d’étĂ©. Le Parlement europĂ©en, oĂč une majoritĂ© est nĂ©cessaire pour promulguer de tels accords, organisera sa derniĂšre sĂ©ance plĂ©niĂšre du 4 au 7 juillet et ne reprendra que mi-septembre.

Alors que les eurodĂ©putĂ©s ont commencĂ© Ă  travailler sur le cas de l’Ukraine et de la GĂ©orgie, le PrĂ©sident du Parlement a dĂ©clarĂ© qu’ils n’ouvriraient pas le dossier turc avant qu’Ankara n’ait rempli tous les critĂšres. Certains au Parlement estiment toutefois qu’il s’agit d’une question politique.

Ce n’est pas la premiĂšre fois que la politique joue un rĂŽle dans le dĂ©bat normalement trĂšs technique des exemptions de visas.

La libĂ©ralisation des visas Ă©tait la condition sine qua non de la Turquie en Ă©change de son aide en matiĂšre d’immigration. Pour l’Ukraine et la GĂ©orgie, elle fait partie d’une lutte gĂ©opolitique avec la Russie qui considĂšre toujours les ex-rĂ©publiques soviĂ©tiques comme son arriĂšre-cour, alors que ces derniĂšres se tournent vers l’Occident.

Alors que la controverse autour de la libĂ©ralisation des visas turcs se concentre sur la situation d’Ankara en matiĂšre de droits de l’homme, l’UE a dĂ©jĂ  mis en place de tels accords avec 60 autres pays, dont les Émirats arabes unis et le Brunei, oĂč les libertĂ©s fondamentales sont rĂ©guliĂšrement bafouĂ©es.

L’Ukraine fait face Ă  une corruption systĂ©mique et Berlin s’inquiĂšte de Tbilissi, puisqu’elle attribue une grande partie du crime organisĂ© en Allemagne Ă  des gangs gĂ©orgiens.

L’indĂ©pendance d’un autre candidat, le Kosovo, n’est mĂȘme pas reconnue par cinq des États membres – GrĂšce, Roumanie, Chypre, Slovaquie, qui assurera la prĂ©sidence tournante de l’UE Ă  partir de juillet et l’Espagne, ne reconnaĂźt pas les documents officiels dĂ©livrĂ©s par le Kosovo Ă  ses 1,8 million d’habitants. Selon un responsable europĂ©en, cela crĂ©e une « ambiguĂŻtĂ© juridique » – personne ne sait ce qu’il se passerait si le dĂ©tenteur d’un tel passeport essaye d’entrer en Espagne.

LibĂ©raliser ou non ? L’UE dit s’efforcer de contrĂŽler l’immigration, et se mĂ©fier d’un afflux de personnes de ces quatre pays Ă  cause de leur proximitĂ©, mais en a-t-elle les moyens politiques et techniques ?

L’UE peut-elle d’autre part se permettre d’ouvrir ses portes Ă  130 millions de personnes alors qu’elle affronte actuellement des risques sĂ©curitaires et migratoires d’une ampleur sans prĂ©cĂ©dent ?