Je peux dire que je n’ai Ă©coutĂ© qu’eux dans ma vie. Une prof de musique classique avec qui je sĂ©journai dans le Tyrol me les fit dĂ©couvrir. J’avais vingt ans, je ne les quittai plus. La juste abondance de leur production digne de Bach ou Telemann (12 000 Ɠuvres) permet Ă  quiconque de s’y retrouver. On est dans le cosmique, dans les ceintures Ă©thĂ©rĂ©es ou sous le mont Shasta (titres de leur album). Musique Ă©lectronique allemande. Sensation comme chez Lang ou bien Murnau. ModernitĂ© martyre et interdite de notre Germanie selon Tacite. Et tout est dit ici.

Les Tangerine Dream ont Ă©tĂ© fondĂ©s par l’artiste d’exception Edgar Froese (peintre et sculpteur aussi) au milieu des annĂ©es soixante. L’équipe a changĂ© au cours des ans, et mes pĂ©riodes prĂ©fĂ©rĂ©es sont les annĂ©es quatre-vingt et les annĂ©es 2000 quand Edgar travaillait avec son fils JĂ©rĂŽme Froese. Il est mort l’an dernier dans une indiffĂ©rence remarquable, digne de cette Ă©poque dĂ©chue.

Les Tangerine Dream ont Ă©tĂ© Ă  la mode dans les annĂ©es soixante-dix avec le Krautrock (on se doute que je n’ai aucune envie de faire une prĂ©sentation du sujet) et le label Virgin, quand ce dernier valait encore quelque chose. C’était aussi la belle Ă©poque de Mike Oldfield. Les Tangerine Dream ont Ă©tĂ© prisĂ©s un temps Ă  Hollywood et on leur doit une musique ratĂ©e du film LĂ©gende de Ridley Scott. Tom Cruise les a rendus cĂ©lĂšbre (ou c’est l’inverse) avec Love on a real train.

Leur musique est aĂ©rienne, transcendante, souveraine, initiatique, faite pour les voyages au long cours et le sĂ©jour cĂ©leste. Tous leurs albums portent le sceau de l’inspiration de l’Atlantide, de la source hyperborĂ©enne. Grands voyageurs Ă  l’allemande, ils ont crĂ©Ă© des liens, des centres d’énergie avec la terre entiĂšre. Je n’ai pu visiter les lieux les plus purs de mon Eurasie et de mon AmĂ©rique andine sans les Ă©couter religieusement. DĂ©couvrez Tyger (en hommage Ă  Blake), Pergamon, Oasis, Exit avec une belle envolĂ©e kiĂ©vienne.

Voyez White Eagle, Hyperborea, The Park (excellent pour traverser le Yellowstone), voyez DalinĂ©topia (extatique en Patagonie et pour le Machu Picchu), voyez Ricochet pour les annĂ©es soixante-dix. Voyez le Quichotte, unique pour traverser Manhattan quand le site valait encore quelque chose (jusqu’à Reagan en somme).

Il y a aussi les thĂšmes pour les navigations hauturiĂšres, pour remonter l’üle de Vancouver ou descendre les fjords chiliens de ma Patagonie olympique (Jeanne d’Arc, dĂ©couvrez Jeanne d’Arc !).

Pour la Grande-Bretagne mystĂ©rieuse Ă  la sauce Golden Dawn, je recommanderai la mise en musique du London de William Blake. Mais j’ai comme cela des centaines de compositions. Comme Des Esseintes compose dans À rebours ses cocktails juteux et cultuels, je compose les miens. C’est comme ça qu’il faut vivre, sophistiquĂ© et isolĂ©. Dans un monde comme le nĂŽtre oĂč tout est nul ou profanĂ©, il faut dĂ©cidĂ©ment apprendre Ă  prĂ©parer ses cocktails.

Les Tangerine Dream ont Ă©tĂ© inutilement accusĂ©s de ne pas ĂȘtre assez allemands. Ils Ă©taient germaniques en rĂ©alitĂ©, et allemands (au sens de Novalis le romantique ou de la dynastie des Humboldt, encyclopĂ©distes) et europĂ©ens au sens oĂč nous en rĂȘvions dans notre jeunesse et d’une maniĂšre profonde, gĂ©nĂ©reuse, cosmopolite, universelle.

Edgar Froese Ă©tait nĂ© Ă  Tilsit, lieu de la Grande Entente EuropĂ©enne entre le tzar Alexandre et notre NapolĂ©on, et il y Ă©tait nĂ© un certain 6 juin 1944, comme pour nous signifier comment nous pourrions refonder notre Europe abĂȘtie par le commerce et la modernitĂ© libĂ©rale. Tout le projet europĂ©en devait aboutir lĂ  et il a fait demi-tour sur toute la ligne, rĂ©fugiĂ© dans les populismes, la sous-culture prolĂ©taire, la bureaucratie Ă©triquĂ©e et les oligarchies non repenties.

Mon sommet pour dĂ©coller : Big City Dwarves. Sans oublier Mothers of rain et La Solitude dans l’Espoir (tel quel dans le texte), composĂ© en hommage Ă  notre Jeanne d’Arc. Voyez Youtube.com.

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