Le rock est critiquĂ© dĂšs ses dĂ©buts pour son influence dĂ©lĂ©tĂšre sur la jeunesse, il faut attendre le livre du PĂšre Regimbal pour en dĂ©montrer les effets. Il met en Ă©vidence des messages subliminaux dans les enregistrements comme dans les paroles des chansons ainsi que des rĂ©fĂ©rences satanistes. Il dĂ©nonce aussi des rythmes, un beat, calculĂ©s pour produire un effet sur l’organisme. ConjuguĂ© avec des lumiĂšres stroboscopiques, il y voit un moyen d’affaisser les barriĂšres du jugement moral et parle alors de « viol de la conscience ». Mais il prĂ©cise « qu’il n’existe pas de musique intrinsĂšquement mauvaise. Ce n’est donc pas la musique rythmĂ©e et syncopĂ©e qui est ici en cause, mais bien l’utilisation qui en est faite par les promoteurs de cette rĂ©volution socio-culturelle. »[1] Sans parler de musique infernale, l’abbĂ© Labouche a dĂ©noncĂ© plus rĂ©cemment le rock en le mettant en parallĂšle avec la « musique dite classique ». Il lui donne une dĂ©finition trĂšs extensive : « Nous dĂ©signons par “musique rock” celle qu’écoutent les jeunes en gĂ©nĂ©ral depuis environ 1950 Ă  nos jours. »[2]

Si nous regardons les textes dĂ©crivant l’enfer, il n’est pas mentionnĂ© de musique dans les visions de sainte ThĂ©rĂšse d’Avila ni chez le Padre Pio ni dans la description de sƓur Lucie de Fatima qui parle seulement dans ses MĂ©moires « des cris et des gĂ©missements de douleur et de dĂ©sespoir ». Le cinquiĂšme exercice des Exercices spirituels de saint Ignace est consacrĂ© Ă  la mĂ©ditation de l’enfer et commence par son Ă©vocation Ă  travers les cinq sens : « Dans le deuxiĂšme point, j’entendrai, Ă  l’aide de l’imagination, les gĂ©missements, les cris, les clameurs, les blasphĂšmes contre JĂ©sus-Christ Notre Seigneur et contre tous les saints. »[3] Ainsi contrairement aux anges qui sont parfois reprĂ©sentĂ©s avec des instruments de musique, il n’y a jamais de dĂ©mons musiciens.

À Guantanamo, les prisonniers de l’armĂ©e amĂ©ricaine ont Ă©tĂ© torturĂ©s avec de la chanson pour enfants, du Britney Spears, et surtout du hard rock et du heavy metal. Plus que le style musical, c’est la puissance (120 dĂ©cibels) et la durĂ©e (16 Ă  20 h sans interruption) qui permet de briser psychologiquement les dĂ©tenus. La musique est utilisĂ©e ici comme un outil de destruction, mais ces chansons n’ont pas Ă©tĂ© conçues pour ça. Dans leurs camps de concentration, les Allemands faisaient entendre Wagner et Strauss pour distraire les prisonniers. DerniĂšrement, les islamistes de Daech se sont mis Ă  dĂ©truire les instruments de musique, semblant mĂȘme vouloir s’en prendre aux musiques traditionnelles arabes. Pourtant ils diffusent des nasheeds, chansons de propagandes aux harmonisations envoĂ»tantes accompagnĂ©es de musique Ă©lectronique et non instrumentale, contournant ainsi l’interdit qu’ils veulent imposer. Conçues avec des logiciels musicaux, de type Autotune, elles reprennent les mĂȘmes techniques de conception que les grands titres de la chanson anglo-saxonne mondialisĂ©e : voix tellement retravaillĂ©es qu’elles ne doivent plus rien Ă  l’interprĂšte, accompagnement avec des instruments numĂ©riques et diffusion par internet. L’objectif est similaire : sĂ©duire le plus grand nombre par la musique.

Les musiques sacrĂ©es utilisĂ©es pour le culte sont destinĂ©es Ă  Ă©lever l’esprit. Les cantiques dans les processions ont plutĂŽt un rĂŽle d’apostolat. Les chansons traditionnelles se classent en de multiples genres (berceuses, chansons de mĂ©tier, Ă  boire, noĂ«ls, 
) aux influences croisĂ©es. Au Moyen Âge, les goliards crĂ©ent des chansons satiriques en dĂ©tournant des cantiques latins et sont plusieurs fois condamnĂ©s par l’Eglise. Saint Louis-Marie Grignion de Montfort Ă©crivait ses cantiques sur des airs populaires et la chanson traditionnelle a souvent empruntĂ© des airs grĂ©goriens. Ainsi la musique la plus populaire peut faire bon mĂ©nage avec la musique sacrĂ©e, tout dĂ©pend des conditions d’emploi. (Ă  suivre)

Pour en savoir plus : Des Chansons contre la pensée unique,Thierry Bouzard, édition des cimes, 2014, 332 pages.

Notes

[1] PĂšre Jean-Paul Regimbal, Le Rock’n’roll, viol de la conscience par les messages subliminaux, Ă©dition Croisade, GenĂšve, 1983, p. 5.

[2] Abbé Bertrand Labouche, Bach ou Pink Floyd ? Editions du Sel, 2009, p. 3.

[3] Livre de priĂšres, de cantiques et d’exercices spirituels, Ă©ditions Fideliter, 1992, p. 329.

A propos de l'auteur

Thierry Bouzard

Journaliste, collaborateur du quotidien PrĂ©sent ; historien de la musique et de la chanson, a publiĂ© plusieurs ouvrages et recueils de chants. Il a animĂ© plus de cinq ans une Ă©mission musicale sur Radio Courtoisie et a participĂ© Ă  la rĂ©alisation de nombreux CD. Ce spĂ©cialiste rĂ©putĂ© (du chant militaire) de la musique militaire mĂšne une Ă©tude originale, complĂšte et approfondie des diffĂ©rentes musiques (rebelles) dissidentes, depuis l’apparition de la chanson engagĂ©e. Dernier livre paru : "Des chansons contre la pensĂ©e unique" (Ă©dition des cimes, 2014).

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