« La « Vallée des Saints » est le projet fou,
lancĂ© en 2009 par des Bretons Ă  l’ñme bien trempĂ©e,
de voir s’élever 1 000 statues gĂ©antes
des saints protecteurs de la Bretagne,
sur une colline des CĂŽtes d’Armor, Ă  CarnoĂ«t,
durant tout notre siùcle
 
»

(Propos recueillis par Fabrice Dutilleul ; paru sur site Breizh Info).

Docteur Ăšs lettres, Denise Pop fut enseignante et chercheuse Ă  l’École des hautes Ă©tudes en sciences sociales de Paris. TombĂ©e sous le charme de Quiberon, et son violon d’Ingres Ă©tant la peinture, elle expose dĂ©sormais rĂ©guliĂšrement d’étonnantes aquarelles de l’Île d’HoĂ«dic (Le port d’Argol), Belle-Île (L’aven ster-ouen), Quiberon (Menhirs de ManĂ©meur), Ploumanach (« Le dragon »), des alignements de Kerbourgnec ou encore des plages de Saint-Guirec et CostaĂ©rĂšs, etc. Également auteur de plusieurs livres aux Ă©ditions Dualpha, dont FĂȘlure n’est pas rupture qui vient tout juste de paraĂźtre en ce mois de janvier 2017.

 

Vous relatez, entre autres, dans ce nouveau livre des souvenirs de votre enfance passée, elle, à ArmentiÚres (Hauts-de-France) durant la IIe Guerre Mondiale ?

Je suis loin d’avoir Ă©puisĂ© cette mine d’or que sont l’enfance et l’adolescence de tout ĂȘtre sensible. Plus j’écris sur mon passĂ©, plus facilement resurgissent les souvenirs dĂ©capants, douloureux parfois, mais toujours rĂ©vĂ©lateurs des tensions enfouies par un trop-plein d’émotions enfantines. La premiĂšre partie baptisĂ©e « Une enfance gĂątĂ©e » (Ă  prendre Ă  contresens) en est le tĂ©moignage. Écrite dans un style juvĂ©nile, imagĂ©, fleuri, c’est le parti pris que j’ai choisi pour adoucir la duretĂ© de certains faits relatĂ©s.

Vos tĂ©moignages sur les histoires vĂ©cues par des proches parents ou par des amis de votre famille sortent du domaine de l’intime pour servir l’Histoire


C’est le but souhaitĂ©. En dĂ©crivant chacune de ces histoires vraies avec beaucoup de sincĂ©ritĂ© et d’honnĂȘtetĂ©, j’ai voulu rendre hommage Ă  leurs « hĂ©ros et hĂ©roĂŻnes ». La force de l’écriture a le pouvoir de relativiser les chagrins du PassĂ© et de magnifier le PrĂ©sent. Le Temps a fait son Ɠuvre dans ma vie comme sur tous les Ă©lĂ©ments qui m’entourent aujourd’hui.

Est-ce la raison du titre de la deuxiĂšme partie : « Une vieillesse rĂȘvĂ©e » ?

Oui, j’ose l’avouer. J’assume pleinement ma vie de Quiberonnaise, sous le choc et le charme d’un environnement minĂ©ral qui me conforte sur la pĂ©rennitĂ© de notre planĂšte. Les rochers de la cĂŽte sauvage de cette superbe presqu’üle m’offrent un lieu de travail, de contemplation et d’émerveillement perpĂ©tuel. J’y peins mes aquarelles sur le vif et j’y Ă©cris toutes les rĂ©flexions que m’inspire mon prĂ©sent, sans redouter l’avenir, puisqu’il me semble ĂȘtre dĂ©jĂ  entrĂ©e dans l’éternité  Ce n’est qu’une vue de l’esprit !

C’est pourtant votre approche quotidienne des gens du terroir qui vous a donnĂ© l’envie d’écrire sur « le gigantisme » comme idĂ©al esthĂ©tique des crĂ©ateurs. Un vaste sujet, inĂ©puisable !

Oui et non. Certes, l’idĂ©e s’est concrĂ©tisĂ©e dans un autobus des lignes rĂ©guliĂšres des TIM (Transports Interurbains Morbihannais) en Ă©coutant parler les usagers. Mais depuis longtemps ce thĂšme me tourmentait. Il ne me manquait que le fil conducteur qui relierait les moments intenses d’émotion ressentie au cours de mes pĂ©rĂ©grinations, face aux gĂ©ants de pierre crĂ©Ă©s par l’orgueil et l’esprit dominateur des humains. Dans une parfaite continuitĂ©, les Hommes de tous les temps et de toute culture ont fait et font preuve d’un courage et d’une audace remarquable pour laisser Ă  la postĂ©ritĂ© des traces de leur passage sur terre.

Mon attirance pour le brut, le naturel, le solide, le durable date de ma plus tendre enfance, mais n’a cessĂ© d’évoluer depuis. La Bretagne m’offre, en cadeau, ses trĂ©sors d’art brut : les mĂ©galithes, dressĂ©s par les peuples sans Ă©criture, mais pas sans croyances. Puis son intarissable miracle de la main au flambeau, celle de Sainte-Anne, qui apparut dans le pays alrĂ©en Ă  Yvon Nicolazic dans le cours du XVIIe siĂšcle, pour l’inciter Ă  bĂątir un sanctuaire digne de l’aĂŻeule du Christ : la cĂ©lĂšbre basilique de Sainte-Anne d’Auray oĂč, chaque annĂ©e, le 26 juillet, un Grand Pardon rĂ©unit quelque 25 000 pĂšlerins. Cette belle histoire de famille m’inspira le rapprochement avec la main au flambeau dressĂ©e dans le mĂ©morial de la bataille de Stalingrad, Ă  Volgograd en Russie, visitĂ© en 1974. Le chapitre traitant des « Femmes au flambeau » s’imposait alors pour la plus grande gloire de leurs artistes crĂ©ateurs : MĂšre-Patrie portant haut le glaive, ou LibertĂ© Ă©clairant le Monde, lumiĂšre-phare Ă©clairant le port de New-York, ces gĂ©antes de pierre continueront longtemps Ă  nous fasciner.

Les alignements de Kerzerho, Ă  Erdeven (aquarelle du 15 mai 2014).

Les alignements de Kerzerho, Ă  Erdeven (aquarelle du 15 mai 2014).

Enfin, la « VallĂ©e des Saints » que j’ai eu la joie de dĂ©couvrir en juin 2016 est le projet fou, lancĂ© en 2009 par des Bretons Ă  l’ñme bien trempĂ©e, de voir s’élever 1 000 statues gĂ©antes des saints protecteurs de la Bretagne, sur une colline des CĂŽtes d’Armor, Ă  CarnoĂ«t, durant tout notre siĂšcle. Sous nos yeux Ă©carquillĂ©s se dressent chaque annĂ©e plus nombreux, les gĂ©ants de granit, sculptĂ©s par des artistes contemporains, bien dĂ©cidĂ©s Ă  Ă©tonner le monde pendant des siĂšcles et des siĂšcles. L’initiateur Philippe Abjean a dit, le 21 fĂ©vrier 2009 Ă  Landreverzec, dans le discours du lancement officiel de son projet : « Les gens ont besoin de projets ambitieux. Il faut ĂȘtre un peu mĂ©galo. La dĂ©mesure est typiquement bretonne. Le Breton n’est excellent que dans l’excĂšs ». J’adhĂšre totalement Ă  cette vue de l’esprit, depuis que j’ai le bonheur de vivre en permanence dans cette chĂšre Bretagne.

Denise Pop, FĂȘlure n’est pas rupture, Dualpha, collection « VĂ©ritĂ©s pour l’Histoire » dirigĂ©e par Philippe Randa, 246 pages, 25 euros, nombreuses illustrations dont une sĂ©lection de 23 aquarelles couleurs sur l’identitĂ© de la Bretagne. Pour commander ce livre, cliquez ici.

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