FondĂ©es et animĂ©es par Slobodan Despot, auteur des brillants romans Le Miel (2014) et Le Rayon bleu (2017), les Ă©ditions Xenia ont un auteur fĂ©tiche, Éric Werner. NaguĂšre publiĂ© par L’Âge d’Homme, ce philosophe suisse poursuit son examen mĂ©ticuleux du monde hyper-moderne. Son nouvel essai, Un air de guerre, s’attarde sur les derniers attentats islamistes survenus en France, en Belgique et ailleurs en Europe.

Éric Werner.

Éric Werner.

En fidĂšle lecteur de Carl Schmitt, Éric Werner dĂ©signe sans fausse pudeur l’ennemi. Mais il ne s’en contente pas. Dans sa ligne de mire se trouvent aussi l’État et ses organismes sĂ©curitaires. En effet, les institutions occidentales sont les principaux bĂ©nĂ©ficiaires des campagnes terroristes. Loin d’ĂȘtre remises en question par les victimes survivantes et leurs proches, elles regagnent Ă  peu de frais une fragile lĂ©gitimitĂ©, ce qui explique en partie l’échec Ă©lectoral des forces populistes sur le Vieux Continent.

Cette lĂ©gitimitĂ© tĂ©nue favorise « l’interpĂ©nĂ©tration croissante des structures militaires et policiĂšres, Ă©crit-il, interpĂ©nĂ©tration due Ă  plusieurs facteurs, mais en particulier Ă  l’effacement progressif de la distinction intĂ©rieur – extĂ©rieur » (p. 68).

Un air de guerre (Éditions Xenia, coll. « Franchises », 2016, 93 p., 12 €).

Un air de guerre (Éditions Xenia, coll. « Franchises », 2016, 93 p., 12 €).

DĂ©sormais, « les forces spĂ©ciales ressemblent aux unitĂ©s antiterroristes de la police (RAID, GIGN). C’est le mĂȘme concept, mais en plus grand » (p. 69).

Éric Werner aurait pu aussi se pencher sur la valorisation du terme « sĂ©curité » aux dĂ©pens des mots « dĂ©fense », « police » et « maintien de l’ordre public ». Les militaires intĂšgrent des « forces de sĂ©curité », d’oĂč la propension croissante de certains terroristes Ă  les attaquer au cours de leurs patrouilles.

Un air de guerre ne traite pas que de ce sujet. L’ouvrage insiste aussi sur la surveillance gĂ©nĂ©ralisĂ©e de l’ensemble des habitants par les services de l’État. Au nom d’une prĂ©tendue « guerre contre le terrorisme », des restrictions toujours plus nombreuses (limitation des achats en liquide, fichage des voyageurs, billets de train nominatifs
) s’imposent Ă  une population anesthĂ©siĂ©e par un formidable bourrage de crĂąne mĂ©diatique.

Dans cette unanimitĂ© pesante et factice, Un air de guerre d’Éric Werner reprĂ©sente vraiment un souffle d’air frais, un vent de libertĂ© venu des Alpes helvĂ©tiques.

Bonjour chez vous !

Cette chronique hebdomadaire du Village planétaire a été diffusée sur Radio Libertés le 8 septembre 2017.

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A propos de l'auteur

Georges Feltin-Tracol

Georges Feltin-Tracol, écrivain et collaborateur de nombreuses revues (notamment "Réfléchir & Agir") et site internet ; chroniqueur sur "Radio Libertés". Il se désigne aussi parfois comme un traditionaliste post-moderne ou un archéo-futuriste.

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