22 août 2026

Dix ans de règne au Mordor

Par Yves Oper

(article écrit sans recours à l’Intelligence artificielle)

Si la politique s’était muée en un spectacle de magie, les dix dernières années n’auraient pas déçu les amateurs d’illusions.

​Le Palais de l’Élysée s’est métamorphosé en Mordor républicain : devenue la forteresse de l’ombre, coupée du monde, d’où un œil au regard maléfique scrute le royaume avec la certitude absolue de sa supériorité.

​Ce Pouvoir, véritable précieux qui a fini par porter malheur à son détenteur, l’a isolé au sommet du monde.

​En maître de la cabale financière, le sorcier suffisant et insuffisant aura tenté le grand œuvre en multipliant les pains à partir d’une caisse désespérément vide.

​D’un claquement de doigts, il aura fait jaillir une montagne d’or virtuel de 3 500 milliards d’euros de dette.

​À chaque incantation, « quoi qu’il en coûte ! », les pièces volaient dans les airs, mais les gobelins des agences de notation ont fini par scruter le livre de comptes d’un œil très peu crédule.

​Pour charmer le peuple, le sorcier suffisant et insuffisant avait besoin d’un enchantement d’invisibilité à appliquer sur le monstre du chômage.

​Un sort d’apprentissage par-ci, une potion de micro-entrepreneuriat par-là, et le dragon de la précarité s’est métamorphosé en une myriade de petits livreurs indépendants.

​Dès que le fluide des aides publiques s’est épuisé, le sort s’est dissipé, révélant de nouveau la bête de la crise économique.

​Du haut de son Olympe, devenue la forteresse de l’ombre, le Monarque ne s’encombrait plus des rituels du Parlement.

​Pour conjurer les fléaux, il réunissait son conclave à huis clos sous le sceau du secret, pendant que le bâton gravé des runes « 49.3 » venait frapper le sol.

​La véritable sorcellerie résidait dans le pouvoir des mots, persuadé qu’il suffisait de réciter un mantra pour altérer la matière.

​« Traverser la rue » faisait pousser du travail sur l’asphalte, parler du « pognon de dingue » dissolvait la pauvreté, et invoquer un « Grand Débat » guérissait la colère du royaume.

​Dix ans après le début du spectacle, la brume finit par se dissiper.

​La baguette magique s’est brisée sur la réalité, les réserves de poudre de perlimpinpin sont épuisées, et le royaume réalise que la magie noire du déficit laisse des traces bien plus réelles que tous les sortilèges d’un précieux devenu malédiction.

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