7 mai 2016

TAFTA : sommes-nous à la croisée des chemins ?

Par Nicolas Gauthier

 

TAFTA : Trans Atlantic Free Trade Agreement

TTIP : Transatlantic Trade and Investment Partnership

En français : PTCI : Partenariat Transatlantique sur la Commerce et l’Investissement

L’Europe, évidemment, tout le monde est pour : les fédéralistes comme les souverainistes. Mais là, avec le TAFTA (TTIP en français), ce fameux accord commercial autant que mondial, tout le monde se retrouve au pied du mur et souvent face à ses propres contradictions. Bref, nous sommes dans le sérieux, loin des égoïsmes nationaux et des intérêts électoraux de tels ou tels mouvements politiques. D’où la visite du président américain en notre vieux monde, quasiment l’une des dernières de son mandat présidentiel, venu pour, à la fois, câliner Angela Merkel et tancer David Cameron, Premier ministre anglais dont l’éventuel Brexit pourrait mettre en péril la martingale à venir…

En effet, l’accord en question n’est jamais que la projection géopolitique des analystes des USA – ceux de la CIA, pour être plus précis – qui entendent enrôler l’Europe dans un autre combat à venir, celui consistant en cet affrontement entre une Amérique vieillissante et une Chine émergente. Mais pour cela, faut-il encore acheter américain. Ce que les Français et même les Allemands répugnent à faire. Toujours bien informé, Jean Quatremer, correspondant de Libération dans les instances européennes, écrit justement : « Après avoir régulièrement appelé à une conclusion rapide du TAFTA, François Hollande a tourné casaque le 14 avril, sur France 2. »

Verbatim présidentiel : « La France a fixé ses conditions, la France a dit que s’il n’y a pas de réciprocité, s’il n’y a pas de transparence, si pour les agriculteurs il y a un danger, si on n’a pas accès aux marchés publics et si, en revanche, les États-Unis peuvent avoir accès à tout ce que l’on fait ici, je ne l’accepterai pas. ».

Autre retournement impromptu, celui du vice-chancelier allemand, le social-démocrate Sigmar Gabriel : « Les Américains ne veulent pas ouvrir leurs appels d’offres publics aux entreprises d’Europe. C’est tout le contraire du libre-échange, selon moi. […] La position des Américains se résume à “acheter américain”, ce qui n’est « pas acceptable » et condamne la négociation à l’échec. »

Bonne nouvelle ? Oui. Car, malgré la domination de plus en plus intrusive de notre meilleur ami allemand, que ce soient en termes politiques, économiques ou migratoires, sans oublier celle, de moins en moins cordiale, de notre meilleur allié anglais, il n’est pas illicite d’estimer que dans l’adversité, une sorte de conscience européenne puisse revenir à la surface, après des décennies d’eau tiède, de langue de coton et de pensée molle.

Dans le même temps, d’autres amis et alliés, les Américains, commenceraient à réviser certaines de leurs options, à en croire Le Figaro magazine de ce samedi dernier, selon lequel 53 % de ces derniers qui soutenaient naguère le TAFTA, ne seraient aujourd’hui plus que 15 % à l’appeler de leurs vœux. Cette guerre économique contre Chine, plus haut évoquée, puisque le centre de gravité géopolitique, de la Méditerranée à l’Atlantique, s’est depuis déplacé dans l’Océan pacifique, l’endroit de tous les jeux à venir, ne ferait donc que commencer.

Il n’est pas sûr que les Américains aient gagné la première manche ; reste à savoir si les Français et Européens seront à la hauteur de ces futurs enjeux.