Il y a 110 ans, Jack London (1876-1916) rejoignait les oies sauvages
(article écrit sans recours à l’Intelligence artificielle)
Anniversaire et même double anniversaire cette année de Jack London : il est né en 1876 et il nous a quittés en 1916. Né à San Francisco, le petit Jack fut, très jeune, ce qu’on appelle en anglais un tough guy, c’est-à-dire un dur à cuir : à l’âge de 5 ans, il était déjà gardien de bestiaux et rapportait à son père, un pauvre trappeur de Californie, quelques dollars de plus.
Il faut, si on le peut, essayer d’imaginer la Californie de 1880 (qui est aussi loin de celle d’aujourd’hui qu’un village bantou peut l’être de la 5e Avenue). Pour survivre, il faut savoir jouer des poings et du pistolet, être capable de cracher à six pas et de tenir le coup après avoir ingurgité de longues goulées d’une sorte de décapant baptisé « alcool »…
En 1881, le petit Jack – on l’appelle par ce diminutif pour le distinguer de son père, dont il porte le prénom (John) – émerveille parents et voisins : il apprend tout seul à lire et à écrire. Du coup, son beau-père (qui avait reconnu l’enfant, le père biologique ayant mis les voiles) décide de l’envoyer à l’école. Il n’y apprendra cependant pas grand-chose. Plus tard, London écrira : « Je n’ai jamais eu d’enfance et il me semble que je suis sans cesse à la recherche de cette enfance perdue. »
À 14 ans, il quitte l’école et suit sa famille à Oakland. Avec son beau-père, il s’établit « crieur de journaux ». Un métier routinier dont il se lasse vite pour s’engager, malgré les objurgations familiales, chez les « pilleurs d’huîtres ». Toutes les nuits, il prend la mer et, à la lueur de quelques falots, joue à cache-cache avec les garde-côtes. À 16 ans, il est le « roi des parcs à huîtres. »
Presque sans transition, il abandonne le pillage pour s’engager sur une barque de gardes-pêche chargés de lutter contre la contrebande du poisson, passant ainsi du rôle de voleur à celui de gendarme… Cela ne l’amuse qu’un temps.
Il écrit à sa sœur Élisa : « La vie est trop monotone et les contrebandiers trop timides (…). J’en ai assez ! Véritablement, j’en ai assez ! »
Il veut du mouvement. Il veut de la vie et de l’aventure. Il en trouve sur le Hurton, un trois-mâts en partance pour le détroit de Behring et le Japon à la chasse aux phoques. Au retour, il montre à sa mère le carnet de notes où il a consigné les pittoresques détails de son voyage. Le Morning Call offrant un prix à la meilleure nouvelle écrite par un jeune lecteur, la mère de Jack, Flora London, a l’idée d’adresser les notes remaniées au journal. Jack se met au travail et remporte le premier prix.
Il en est heureux.
Il l’est moins, en revanche, du job qu’il vient de décrocher chez Walter Bunkam and Son, des fabricants de jute qui ont pignon sur rue. Il écrit à son beau-père : « Si cela continue comme ça, je pourrai bientôt rédiger un dictionnaire complet sur les métiers et professions ! »
Il ne se trompe pas : lassé du jute, il devient pelleteur de charbon et se fait reprendre par ses camarades parce qu’il en fait trop et que ça risque de donner des idées à la direction… Écœuré, London laisse tomber le pelletage et prend la route avec des milliers de chômeurs en marche vers Washington. Arrêté pour vagabondage, il est jeté en prison.
Libéré – il a 19 ans – il rentre en Californie et retourne à l’école ! En travaillant 16 heures par jour, il prépare son entrée à l’université de Berkeley. Il y est admis en 1896. Il ne va pas y faire long feu. En 1897, on le retrouve comme ouvrier dans une blanchisserie. Et puis, le 21 juillet de la même année, c’est le grand saut : il part comme chercheur d’or au Klondike (Canada). Il y attrape le scorbut et n’en rapporte même pas 5 grammes de précieux métal…
En 1898, il est portier au lycée d’Oakland et collaborateur du bulletin littéraire de l’école. Pour améliorer son maigre salaire, il adresse à un hebdomadaire californien le récit de son expérience de chercheur d’or. On le lui refuse. Il écrit alors une nouvelle. Miracle ! Le San Francisco Times la publie et lui en donne cinq dollars. Et tout se débloque : un magazine lui demande un récit qu’il paye quarante-cinq dollars et, en 1900, paraît Le Fils du loup, recueil de récits sur le Grand Nord, qui rencontre un grand succès.
D’autres livres suivront. À commencer par L’Appel de la forêt qu’il cédera aux éditions Macmillan pour deux mille dollars. Il ne touchera ainsi plus un cent pour ce livre qui se vendra par la suite à des millions d’exemplaires…
Attaché au groupe Hearst, il est envoyé en Corée pour « couvrir » la guerre sino-japonaise. Il y sera un des correspondants de guerre les plus casse-cous de l’histoire de cette honorable profession. Au point d’étonner les Japonais pourtant blasés en la matière.
À son retour, il publie Le Loup des mers, Croc-Blanc et Les Vagabonds du rail. Avec les revenus de Croc-Blanc, il se fait construire un bateau, le Snark, et part, en avril 1907, faire le tour du monde. C’est une croisière de cauchemar. Mais London trouve le temps d’écrire, entre deux avaries, l’un de ses plus beaux livres, Martin Eden. À Hawaï, il tâte du surf (un sport qu’il importera aux USA). À Molokaï, il visite les lépreux (en souvenir de Stevenson qui y était venu vingt ans avant). Aux îles Marquises, il se bagarre dans un bar. Aux Nouvelles-Hébrides, il attrape malaria et fièvre jaune. À Sydney, le Snark est vendu comme bateau négrier, à un dixième de sa valeur…
Revenu dans son ranch, il n’a plus qu’une idée : repartir. L’occasion lui en est donnée avec l’aventure mexicaine d’un corps expéditionnaire US envoyé au Mexique pour balayer une petite révolution marxiste. Ce sera son tout dernier grand reportage.
Le 22 novembre 1916, son domestique chinois, Lu-Whan, entre dans sa chambre pour le réveiller. Jack London ne se réveillera plus jamais. Celui qui expliquait : « Je suis toujours absolument préoccupé par la question qui me passionne dans l’immédiat », était allé rejoindre, au pays des chasses éternelles, les oies sauvages et leurs amis aventuriers…
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