26 août 2019

Pierre Nothomb, paladin de la Grande Belgique

Par Lionel Baland

Lionel Baland est un écrivain belge, spécialiste des partis patriotiques en Europe et du nationalisme en Belgique. Eurolibertés l’a interrogé sur son ouvrage, paru chez Pardès dans la collection Qui suis-je ?, consacré à Pierre Nothomb, un écrivain et homme politique qui a désiré, durant et après la Ire Guerre mondiale, réaliser une Grande Belgique par l’annexion du Grand-Duché de Luxembourg et de territoires situés aux Pays-Bas et en Allemagne.

Propos recueillis par Fabrice Dutilleul.

Pourquoi avoir choisi de rédiger un livre sur Pierre Nothomb ?

Pierre Nothomb a été, il y a un siècle, un des fers de lance de l’idée nationaliste. Or, cette conception du monde fait, dans de nombreux pays d’Europe, son grand retour sur la scène politique. Étudier la genèse du nationalisme, au sein des différents États du continent, présente donc, de nos jours, un grand intérêt.

Quel a été le parcours de ce personnage ?

Pierre Nothomb (1887-1966) est un avocat belge. Au départ démocrate-chrétien, il dénonce, lors de la Ire Guerre mondiale, l’invasion de la Belgique neutre par les troupes allemandes et les nombreux crimes commis par ces dernières : civils fusillés, femmes outragées, maisons et bâtiments publics incendiés.

Devenu ardent nationaliste, il est un des protagonistes, aux côtés d’autres écrivains, tels Fernand Neuray(1), Maurice des Ombiaux et Norbert Wallez(2), des milieux réclamant la réalisation d’une Grande Belgique.

Au cours des années 1920, ami de Benito Mussolini, il devient un dirigeant de mouvement d’ordre nouveau : les Jeunesses nationales. Il prend part à diverses aventures électorales, puis au début du rexisme. Lorsque ce dernier perce électoralement, sous la conduite de Léon Degrelle, lors du scrutin législatif de 1936, Pierre Nothomb, qui a rejoint le Parti catholique, en devient sénateur jusqu’à l’année précédant sa mort survenue en 1966.

À l’instar de nombreux nationalistes belges, Pierre Nothomb est lié durant la IIe Guerre mondiale aux activités de la Résistance et est inquiété par les occupants.(3)

Au cours de son existence, il publie une centaine d’ouvrages – romans, poèmes, livres consacrés à l’histoire de Belgique, … –, dont un est réédité en 2017 : La Dame du Pont d’Oye.(4)

Son fils, Charles-Ferdinand Nothomb, devient vice-Premier ministre, président de la Chambre des députés et du Parti social-chrétien. Son arrière-petite-fille est la romancière Amélie Nothomb.

Edmond Picard, le « père » du nationalisme belge.

Edmond Picard, le « père » du nationalisme belge.

L’introduction retrace l’histoire du nationalisme belge et aborde la question de l’âme du peuple.

Le père et précurseur du nationalisme belge est Edmond Picard (1836-1924) (5), un très important juriste et avocat bruxellois, qui devient un des premiers sénateurs socialistes. Il développe l’idée de « L’Âme belge », mettant en avant le fait qu’un peuple a une âme. Au sein de son ouvrage Confiteor (6) paru en 1901, il écrit : « L’Âme belge ! Notre Âme ! À l’heure actuelle, je la vois si clairement, je la comprends si fervemment ! Pendant ces dernières années nocturnes de ma vie déclinante, elle me hante avec l’éclat d’une étoile. L’Âme belge ! Difficile analyse dont la place est marquée dans cette science récente, la psychologie des peuples, succédanée de la psychologie des foules, sa sœur à peine plus âgée ! »

Ce concept développé par Edmond Picard est très important, car chaque peuple a une âme spécifique et les partis politiques nationalistes actuels doivent la capter et la défendre.

Les nationalistes belges réclament au sortir de la Ire Guerre mondiale la réalisation d'une Grande Belgique (la ligne verte marque les limites de leurs prétentions territoriales).

Les nationalistes belges réclament au sortir de la Ire Guerre mondiale la réalisation d’une Grande Belgique (la ligne verte marque les limites de leurs prétentions territoriales).

Le nationalisme belge existe-t-il encore ?

Non. Le nationalisme belge a quasi complètement disparu, ce qui ne signifie pas nécessairement qu’il ne renaîtra pas un jour. Cependant, dans la partie néerlandophone de la Belgique, un autre nationalisme, flamand celui-là, a le vent en poupe. Lors des élections régionales de mai 2019, les deux partis représentant cette tendance, la N-VA et le Vlaams Belang, ont obtenu ensemble un peu moins de la moitié des sièges au sein du Parlement flamand.

Un parallèle entre la situation qu’ont connu la Belgique et la France durant la Ire Guerre mondiale et la donne actuelle en Europe peut-il être tiré ?

Oui. En effet, en 1914, lorsque l’Allemagne envahit la Belgique, le nationalisme belge existe seulement au sein de milieux intellectuels extrêmement restreints. L’agression teutonne et les crimes contre les civils qui en découlent provoquent une énorme réaction dans la population qui vit en Belgique occupée, mais également au sein des milieux belges de l’exil en France. Le nationalisme belge explose et, entre 1916 et 1920, la quasi-totalité du peuple belge est nationaliste. Tant les milieux politiques catholiques et libéraux que socialistes sont traversés par cette vague.

En 1915, Gabrielle Petit, résistante belge qui sera fusillée par les occupants allemands, déclare : « Ma patrie ! Je n’y avais pas assez pensé, je l’ignorais presque. Je ne sentais pas que je l’aimais. Mais depuis qu’ils la martyrisent, les monstres, je la vois partout. Je la respire dans les rues de la ville, à l’ombre de nos palais…, elle vit en moi, je vis en elle. »(7)

Pierre Nothomb : Les Barbares en Belgique.

Pierre Nothomb : Les Barbares en Belgique.

Georges Simenon décrit dans son roman Les trois crimes de mes amis l’atmosphère qui règne en Belgique à la fin de l’année 1918 et du début de l’année 1919 : « Chaque semaine voyait se dérouler des prises d’armes, des cérémonies patriotiques, et dans toutes les fermes les cochons s’appelaient Guillaume. »(8)

Si le nationalisme connaît une expansion énorme en Belgique et en France lors de la Ire Guerre mondiale, avant de retomber au début des années 1920, un phénomène similaire se déroule actuellement en Italie et dans l’est de l’Allemagne. Les mêmes causes engendrent les mêmes effets. La population agressée par la mondialisation et ses conséquences, notamment économiques, ainsi que par l’immigration qui en découle et la délinquance liée à ce phénomène, réagit. Le nationalisme, contrairement aux autres tendances politiques – comme le conservatisme, le libéralisme, le socialisme,… –, n’est pas une opinion stable, mais relève avant tout d’une pulsion, qui, lorsque les problèmes l’ayant engendrée ont disparu ou sont résolus, s’évapore.

Pour conclure, ajoutons que si les soldats belges ou français morts sur le front durant la Ire Guerre mondiale voyaient ce que les politiciens du régime ont fait de leur pays, ils se retourneraient dans leur tombe.

Baland Lionel, Pierre Nothomb, Col. Qui suis-je ?, Pardès, 2019.

Baland Lionel, Pierre Nothomb, Col. Qui suis-je ?, Pardès, 2019.

Baland Lionel, Pierre Nothomb, Col. Qui suis-je ?, Pardès, 2019.

Notes

(1) Sources sur Fernand Neuray :

Delhez Jean-Claude, Fernand Neuray, le plus grand journaliste belge de son temps (1874-1934), Annales de l’Institut Archéologique belge du Luxembourg, CXVIII-CXIX, 1987-1988.

Baland Lionel, « Fernand Neuray, figure méconnue du nationalisme » in Synthèse nationale, n°33, Paris, 2013.

Baland Lionel, « Fernand Neuray, figure de proue du nationalisme belge » in Bulletin d’Information du Centre Liègeois d’Histoire et d’Archéologie Militaire, Centre Liègeois d’Histoire et d’Archéologie Militaire/CLHAM, Liège, n° 142, 2017, p. 5 à 14.

(2) https://eurolibertes.com/histoire/labbe-wallez-leminence-noire-de-degrelle-herge/

(3) https://eurolibertes.com/histoire/xavier-de-grunne-de-rex-a-resistance/

(4) https://eurolibertes.com/histoire/pierre-nothomb-dame-pont-doye/

(5) Source sur Edmond Picard :

Aron Paul et Vanderpelen-Diagre Cécile, Edmond Picard (1836-1924). Un bourgeois socialiste belge à la fin du dix-neuvième siècle, Essai d’histoire culturelle, Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, Bruxelles, 2013.

(6) Picard Edmond, Confiteor, Presses de la Veuve de Ferdinand Larcier, Bruxelles, 1901, p. 43. https://archive.org/details/gri_confiteorxx00pica/page/n57

(7) Ronvaux Pierre, Gabrielle Petit. La mort en face, Illustra, Izeghem, 1994, p. 218.

(8) En référence à l’empereur déchu d’Allemagne Guillaume II.

 

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