1 décembre 2017

L’Ukraine : pays sans frontières naturelle, mais un enjeu majeur

Par Louis-Christian Gautier

Nation sans état longtemps oubliée, puis négligée, l’Ukraine se trouve depuis environ un an sous le feu des projecteurs de l’actualité à l’occasion de ses démêlés avec son puissant voisin russe.

Mais que connaît le public occidental, et plus particulièrement français, de l’Ukraine ?

Une image souvent romanesque à travers la lecture de Tarass Boulba de Nicolas Gogol (1) où le héros éponyme, vieux chef cosaque, tue son propre fils qui, par amour pour une Polonaise, trahit son pays et son peuple. Ou bien celle de Maroussia de P-J Stahl, petite fille aux tresses blondes et aux yeux clairs, tuée par un cavalier Tatar au service des Russes, et sur la tombe de laquelle un Cosaque, avec le bras qui lui reste, « portant la terre poignée par poignée », élève un nouveau kourgane.

L’approche (vestiges ancestraux, pays disputé entre Pologne et Russie, menace Tatar, patriotisme et discorde) n’est pas fausse, comme nous le verrons plus loin, mais mérite une étude plus rigoureuse.

Ici comme ailleurs le passé explique le présent, et pour comprendre le conflit actuel il faut commencer par étudier l’histoire de ce territoire, écartelé depuis les origines entre l’Est et l’Ouest – et en outre menacé jusqu’à il n’y a pas si longtemps par le Sud. L’on se limitera néanmoins à un survol mettant plus particulièrement en lumière les pans de l’histoire de l’Ukraine qui éclairent sa situation actuelle.

Mais tout d’abord il faut la présenter sur le plan géographique, ce qui sera plus bref.

Avertissement : compte tenu justement des limites fluctuantes du territoire ukrainien, nous prendrons conventionnellement comme frontières celles existant au moment de sa dernière accession à l’indépendance (1991), ce qui, comme on le constatera, ne présume nullement de la légitimité des droits sur la Crimée ou le Donbass. De même, il sera usé de l’orthographe des noms propres estimée la plus familière au lecteur français, qui est souvent celle de la langue russe, ce qui ici encore ne témoigne d’aucun parti pris, mais est pure commodité, d’autant plus que les auteurs ukrainiens peuvent écrire différemment le même mot.

« L’Ukraine occupe le sud de la plaine russe, entre 52° de latitude Nord et les côtes septentrionales de la mer Noire et de la mer d’Azov » écrit le Grand Larousse encyclopédique. Pour schématiser, et hors la zone montagneuse carpatique à l’Ouest et la presqu’île de Crimée au Sud, le pays se découpe en trois « bandes » de terres peu élevées s’étalant d’Est en Ouest, et qui constituent du Nord au Sud : une zone boisée (du moins à l’origine), une steppe semi-boisée, enfin une « steppe franche », la fertile « terre noire ». C’était aussi pendant longtemps celle hantée par les peuplades nomades venues d’Asie, ce dont il sera traité dans la partie historique. Il faut ajouter à ceci une coupure importante, grossièrement « verticale » Nord-Sud : la vallée du fleuve Dniepr, qui, pour le plus grand dommage du point de vue de l’unité de l’Ukraine, forme une limite naturelle entre ses parties orientales et occidentales, et sur laquelle se trouve établie la capitale du pays, Kiev. En revanche les frontières actuelles n’ont de base qu’historico-ethnique. Ces derniers éléments auront un impact majeur sur l’histoire du pays comme nous le verrons ultérieurement.

Longtemps l’Ukraine fut considérée comme « le grenier à blé de l’Europe » et reste une grande puissance agricole, avec par exemple une production de céréales d’environ 40 millions de tonnes (2).

C’est (et surtout c’était) aussi une grande puissance industrielle, grâce aux richesses de son sous-sol et à l’industrie lourde héritée de la période soviétique : 40 % de l’acier de l’ex-URSS selon le Quid. Et le Grand Larousse présentait ainsi le Donbass : « C’est une des plus grandes régions industrielles de l’URSS, etc. ».

La fabrication d’armements étant parmi les activités majeures, ce qui peut contribuer à expliquer l’intérêt porté par certaines grandes puissances, et tout particulièrement la Russie, à cette jeune république.

Notes

(1) Il est caractéristique de l’attitude des publications françaises du passé proche (1962) que le Grand Larousse encyclopédique le présente ainsi : « écrivain russe… Issu d’une famille de petits propriétaires ukrainiens » : l’Ukraine, n’étant pas un état, ne pouvait avoir d’écrivains.

(2) N’ayant pas pour propos d’écrire un traité de géographie économique, nous n’assommerons pas le lecteur avec une avalanche de chiffres qu’il pourra se procurer par ailleurs, il ne s’agit que de lui faire saisir le poids d’un pays dont on s’est jusqu’ici peu préoccupé.

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