7 septembre 2026

Itinéraire d’une religieuse : Alexandrine Pouliot, première sœur auxiliatrice québécoise

Par admin

(article écrit sans recours à l’Intelligence artificielle)

Par Robert Marleau

Alexandrine Pouliot (en religion Mère Marie de l’Ange Gardien) est née à Rivière-du-Loup en 1864. Elle était la fille du notaire Jean-Baptiste Pouliot, qui a été député libéral de Témiscouata dans les années 1860 et opposant de la Confédération. Alexandrine se sentit attirée jeune par la vocation religieuse. Son direction spirituel, le père Almire Pichon S.J, la dirigea vers une congrégation française, la Société des Auxiliatrices des âmes du purgatoire, fondée en 1856 par la Bienheureuse Eugénie Smet (Mère Marie de la Providence). Cette communauté qui se réclaimait de la spiritualité ignatienne, donc proche des Jésuites, était vouée aux soins des malades et des affligés en plus d’exprimer une dévotion profonde pour les âmes des fidèles défunts qui sont au Purgatoire.

Étant donné que cette congrégation n’était pas encore implantée au Québec, il fallait qu’Alexandrine émigre en France. A l’époque ce n’était pas une mince affaire étant donné le faible développement des moyens de transport. En 1889 à l’âge de 25 ans, suite au décès de son père, cette jeune fille canadienne-française décida de quitter son Rivière-du-Loup natal pour faire le grand saut vers la mère patrie. Elle avait échangé des lettres avec la supérieure générale des Soeurs Auxiliatrices, Mère Marie de la Miséricorde. Elle pris le train jusqu’à New York et ensuite le bateau jusqu’au Havre. Une première mésaventure l’attendait car ses bagages étaient introuvables lors de la descente du bateau. Ensuite en arrivant à la maison mère des Auxiliatrices des âmes du Purgatoire sur la rue de La Barouillère à Paris, Mère Marie de la Miséricorde était absente et les religieuses n’étaient pas au courant de sa venue. Devant la triste mine de la jeune fille elles acceptèrent de la loger pour la nuit. Le lendemain matin, l’assistante de la supérieure générale la convoqua à son bureau pour l’informer qu’une lettre de la Mère générale venait d’arriver pour les informer de l’arrivée de cette Canadienne-Française et ce fût le point de départ d’une belle et sainte vocation religieuse.

Mère Marie de l’Ange Gardien a consacré sa vie au sort au soin des âmes souffrantes, qui vivaient déjà leur purgatoire sur cette terre. Elle a oeuvré à différents endroits, notamment à Londres et à San Francisco lors du tristement célèbre tremblement de terre en 1906 qui a englouti une partie de la ville. Le couvent des Soeurs Auxiliatrices fût détruit par un incendie qui obligea les religieuses à trouver une autre demeure. Lors de la Première guerre mondiale, Mère de l’Ange Gardien s’occupa des soldats blessés, car le couvent de la congrégation situé à Versailles avait prêté une partie de ses locaux à la Croix-Rouge pour servir d’hôpital militaire. Sa mission était d’ordre spirituel, elle leur apportait des livres, elle écrivait les lettres qu’ils avaient besoin d’envoyer à leurs proches et elle leur rendait toutes sortes de services sauf ceux qui relevaient des infirmières.

Cette vénérable religieuse a toujours nourri l’espoir de voir sa congrégation s’implanter dans son Québec natal. C’était un de ses rêves les plus chers. Elle a entretenu une correspondance avec Marie Gérin-Lajoie qui a fondé en 1923 l’Institut Notre-Dame du Bon-Conseil de Montréal, une autre congrégation d’action sociale se réclamant de la spiritualité ignatienne. Le très grand nombre de communautés religieuses dans la Belle Province semblait être pour certains un obstacle à l’implantation de cette congrégation. Mère Marie de l’Ange Gardien a rencontré le cardinal Villeneuve, archevêque de Québec, lors d’une visite à Paris en 1935, mais sans résultats concrets. Elle meurt en 1937 à l’âge de 73 ans et c’est douze ans plus tard, soit en 1949, que les Auxiliatrices des âmes du Purgatoire envoient cinq religieuses à Granby dans le diocèse de St-Hyacinthe. L’évêque Mgr Douville avait déjà eu le privilège de rencontrer Mère de l’Ange Gardien à deux reprises en 1922 alors qu’il était étudiant à Rome. Parmi les cinq fondatrices il y avait deux Canadiennes-Françaises, Marcelle Létourneau (Soeur Marie-Laurent) et Lucile Godin. Les Soeurs Auxiliatrices ont développé différentes oeuvres à caractère social au Québec, comme le Service social Lafontaine à Montréal, le centre de réinsertion sociale Joins-toi pour ex-détenus  à Granby, le Front Commun des personnes assistées sociales du Québec et bien d’autres. Le voeu de Mère Marie de l’Ange Gardien « Les âmes du Purgatoire n’auront-elles pas un centre au cher pays? » a fini par devenir réalité.

La plupart des informations contenues dans cet article proviennent du livre de René-Salvator Catta « Pourquoi suis-je venue? Alexandrine Pouliot première Auxiliatrice canadienne 1864-1937 » publié en 1964 par les Éditions Fides. Le reste provient d’entretiens avec des Soeurs Auxiliatrices québécoises, notamment Soeur Gisèle Ampleman et Soeur Christiane Sibillotte.

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