27 mars 2016

L’ajustice internationale de la Haye

Par Philippe Randa

Radovan Karadzic vient d’être condamné à 40 ans de détention. Pour génocide, crimes contre l’humanité et crimes de guerre commis pendant la guerre en Bosnie, notamment « en tant qu’individu » de persécutions, meurtres, viols, traitements inhumains, transferts forcés et responsable de prise d’otages, etc., etc., etc. dans plusieurs municipalités ainsi qu’à Sarajevo…

Lorsqu’on veut noircir à toutes forces un ennemi vaincu, on ne lésine pas sur ses infamies, réelles, supposées ou inventées si besoin est ; et plus on en rajoute, plus il est certain que l’opinion du public accepte celle du vainqueur plus facilement encore.

La pratique n’est guère nouvelle… Rappelons le procès pour sorcellerie d’une certaine Jeanne d‘Arc par un évêque fort justement nommé Cauchon ou, plus proche de nous, ces procès de Moscou intentés avant-guerre par Joseph Staline pour épurer le Parti bolchevique… ou encore, en 1946, celui de Nuremberg par les Alliés, à l’encontre des responsables du IIIe Reich.

Comme l’indique Aristide Leucate sur le site Boulevard Voltaire : « Par définition, dans son sens contemporain (pléonasme), la justice internationale est une justice de vainqueurs. »

Et de rappeler la déclaration du député Thierry Mariani (LR) à sputniknews.com après la condamnation de Radovan Karadžić s’insurgeant que l’on ait condamné : « … les massacres dans un seul sens. Quand on regarde ce qui s’est passé, les massacres, malheureusement se sont déroulés dans les deux camps. S’il est avéré qu’il (Radovan Karadžić, ndlr) est responsable de certains massacres, il serait aussi normal que ceux qui ont été dans l’autre camp responsables des massacres soient aussi condamnés. Le problème, c’est que l’Histoire est souvent écrite par les vainqueurs. »

Haro donc sur le vaincu, « malheur à lui » comme on disait déjà du temps de César… Il est certain également que les treize années de cavale de l’ancien chef politique des Serbes de Bosnie n’ont pas incité les Juges à quelque clémence qu’il n’attendait d’ailleurs pas de leur part… et encore moins l’extrême popularité dont il jouit toujours parmi de nombreux Serbes pour qui il reste, et restera, n’en doutons pas, un « héros » de la guerre de Serbie… pays où il n’est pas (encore) interdit de contester l’opprobre internationale qui frappe leurs anciens dirigeants : hier l’ancien président Slobodan Milosevic mort en 2006 au cours de son procès et aujourd’hui le septuagénaire ancien président de l’entité des Serbes de Bosnie, la Republika Srpska.

Ce dernier a notamment été accusé d’avoir ourdi de « diviser » la Bosnie et de « chasser à jamais musulmans et Croates des territoires revendiqués par les Serbes de Bosnie » ; quelques esprits chagrins pourraient faire remarquer que les musulmans bosniaques ont entrepris, depuis une indépendance obtenue grâce aux tapis de bombes des avions de l’OTAN, une assez spectaculaire « épuration des Serbes » sans que cela ne tracasse outre mesure les Juges du Tribunal International de La Haye…