13 décembre 2019

La retraite comme la sécurité sociale sont des tabous

Par Philippe Randa

« Il n’y a plus assez d’argent pour payer les retraites,
celles d’aujourd’hui et plus encore celles de demain…
C’est une priorité que seuls les Français
continuent de refuser d’admettre »

manifestation

Entretien avec Philippe Randa, directeur du site de la réinformation européenne EuroLibertés.

(Propos recueillis par Guirec Sèvres pour le site Synthèse nationale)

Les grèves contre la réforme des retraites paralysent la France depuis le 5 décembre… On se demandait si les syndicats allaient réussir à reprendre la main ; à l’évidence, oui : le nombre des manifestants a été très important jeudi dernier et la grève dans les transports publics se poursuit depuis… Quelle issue à cette crise ?

Qui peut le savoir vraiment ? Pourtant, il y en aura une, forcément, à ce bras de fer. Cette réforme des retraites, présentée comme LE projet phare du quinquennat d’Emmanuel Macron, mais par essence terriblement clivante – personne n’y comprend grand chose et tout le monde craint à tort ou à raison d’en être personnellement perdant –, aurait dû être imposée en 2017, sitôt son arrivée à l’Élysée. Cette réforme était dans son programme, sa majorité l’aurait votée dans la foulée et c’était pliée ; de plus, cela aurait été un signe « fort » (quoi que l’on pense de cette réforme) de la gouvernance macronienne ; elle aurait accréditée la thèse que ce jeune Président était un homme d’action, qui, contrairement à ses prédécesseurs, faisait ce qu’il avait promis… Il aurait pris tout le monde de court. Attendre comme il l’a fait deux années et demie ne pouvait donner qu’une opportunité inespérée de redevenir légitimes à des syndicats décrédibilisés.

Pourquoi alors  Emmanuel Macron a-t-il attendu pour faire passer cette réforme ?

Sans doute parce que lui et ceux qui l’entourent – comme la grande majorité de ceux qui ont accédé aux Pouvoirs ces trente dernières années – n’étaient en 2017 obsédés que par la conquête du Pouvoir, pas par ce qu’ils comptaient y faire. Arrivés aux Affaires, découvrant peut-être une situation pire que ce qu’ils imaginaient et imbus d’une certitude de supériorité décuplée par leur victoire, Emmanuel Macron et Edouard Philippe n’ont de cesse de parer au plus pressé, appliquant au jour le jour une politique du « doigt mouillé », les yeux rivés sur les sondages (l’obsession de tout élu !) et obsédés par leur réélection future.

Dans ce cas, pourquoi ont-il lancé en 2019 cette réforme des retraites qui ne pouvait que leur attirer des ennuis si prévisibles ?

Parce qu’il n’y a plus assez d’argent pour payer les retraites, celles d’aujourd’hui et plus encore celles de demain… C’est une priorité que seuls les Français continuent de refuser d’admettre. Donc, il y a urgence. Et, cette année, Emmanuel Macron a connu une victoire éclatante  face à la bronca des Gilets jaunes, à laquelle il ne s’attendait probablement pas : il a découvert cette « autre France » dont il ne soupçonnait même pas l’existence. Il a su habilement manœuvrer, d’abord par l’enfumage, trois mois durant, de son « grand débat sur tout le territoire et ouvert à tous les Français », puis par la violence de la répression policière contre les manifestants, parallèlement au discrédit que les Blacks Blocs ont jetés – en toute impunité – sur les Gilets jaunes auxquels les médias les ont aussitôt assimilés. S’étant débarrassé d’eux, du moins dans la rue, Emmanuel Macron et Edouard Philippe ont dû penser par ailleurs que les syndicats étaient trop discrédités pour représenter encore une menace. L’excellent (vu les circonstances) résultat de la liste LAREM aux élections européennes – battu d’un point seulement par celle du Rassemblement national, tandis que Les Républicains et La France insoumise s’écroulaient – les a confortés dans cette certitude.

Tout le monde s’entend pour admettre qu’il faille réformer le système des retraites… Mais personne n’est d’accord sur les modalités ; vous-même, vous en pensez quoi ?

Petit souvenir personnel : j’avais une douzaine d’année, début donc des années 70. Je revois mon père m’expliquer qu’il ne fallait pas que je songe à ma retraite future parce qu’à l’âge où je serais sensé y avoir droit, il n’y aurait pas suffisamment d’argent pour payer les retraites… Trente ans durant, quand je racontais cette « paternelle prophétie », tout le monde souriait, me faisant comprendre que bon ! hein ! papa était bien gentil, mais un peu farfelu, n’est-ce pas ?… Et puis, les années passant, les sourires se sont crispés jusqu’à disparaître…

Et donc ?

La retraite comme la sécurité sociale sont des tabous. Les supprimer étant hors de question, une solution possible est que l’une et l’autre soient maintenues ; tout le monde sera content, ouf !

Oui mais ! la sécurité sociale commence déjà à rembourser de moins en moins de médicaments, de moins en moins de soins, de moins en moins de prise en charge diverses et variées… et ça s’accélère d’année en année.

Oui mais ! la retraite, elle, pourrait être un jour imposée à un minimum pour tous, quelles qu’aient pu être les cotisations des uns ou des autres et ce, au nom de la « solidarité citoyenne » ; certains l’évoquent déjà, prétextant que les anciennes générations ont eu la chance de connaître le « plein emploi » et qu’il leur faut donc être solidaires avec les nouvelles générations pour les lesquelles le travail fait défaut…

Tiens, vous ne souriez pas ? Pas même un sourire un peu crispé ? Pourquoi ?

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