Marco Tarchi est politologue, professeur d’universitĂ© Ă  Florence et Ă©crivain. Il a publiĂ© plusieurs ouvrages sur la politique italienne. Lionel Baland l’a interrogĂ© pour EurolibertĂ©s Ă  l’occasion de l’entrĂ©e en fonction du nouveau gouvernement regroupant le mouvement anti-systĂšme M5S et la Ligue.

Marco Tarchi.

Marco Tarchi.

Le M5S et la Ligue forment ensemble un gouvernement. Les idĂ©es des deux partis sont-elles compatibles ou s’agit-il d’une alliance contre nature ? Quelle est la matrice politique du M5S ?

En tant que partis qui expriment, d’une maniĂšre diffĂ©rente, la mentalitĂ© populiste, leurs vues ne sont pas, sur le fond, incompatibles, donc une alliance est possible et, peut-ĂȘtre, viable. Cependant, comme les prioritĂ©s des programmes respectifs ne coĂŻncident pas – la Ligue mise sur la lutte contre l’immigration et contre l’insĂ©curitĂ©, le M5S prend pour cible principale la « caste » des politiciens, leurs privilĂšges et leur haut niveau de corruption –, l’élaboration d’un agenda commun n’est sans doute pas une tĂąche simple. Et il ne faut pas non plus oublier que, se situant sur le mĂȘme terrain de la contestation de l’establishment et touchant en partie le mĂȘme Ă©lectorat, les alliĂ©s de gouvernement sont en concurrence directe, ce qui ne peut entraĂźner, en perspective, qu’une sĂ©rie de distinguo et/ou de frictions.

Quant Ă  la matrice politique du M5S, il n’y en pas une : c’est l’action de Beppe Grillo, avec ses spectaculaires mises en question de la classe politique et ses dĂ©nonciations de ses malfaisances, qui a donnĂ© naissance Ă  ce mouvement hĂ©tĂ©rogĂšne.

Beppe Grillo.

Beppe Grillo.

OĂč situez-vous ce mouvement sur l’axe politique gauche-droite ?

Comme tous les mouvements qui se rattachent plus ou moins de prĂšs Ă  la mentalitĂ© populiste, il est impossible de le situer sur cet axe. Et mĂȘme ses Ă©lecteurs, pour l’essentiel, montrent des connotations politiques trĂšs variĂ©es : lors de la premiĂšre percĂ©e Ă©lectorale du M5S, en 2013, un tiers d’entre eux avait votĂ©, auparavant, pour des listes de droite ou du centre-droit, pour un tiers pour la gauche ou le centre-gauche, un tiers Ă©tait composĂ© d’abstentionnistes.

Le M5S, la Ligue et FrĂšres d’Italie portent-ils l’hĂ©ritage politique du « qualunquismo », une sorte de poujadisme avant la lettre qui s’est dĂ©veloppĂ© en Italie au sortir de la IIe Guerre mondiale ?

En ce qui concerne le M5S et la Ligue, oui : il y a des assonances assez significatives avec ce mouvement proto-populiste : dans les idĂ©es, dans le style, dans le vocabulaire. Fratelli d’Italia appartient Ă  un autre courant, nĂ©o-fasciste Ă  l’origine, et qu’on dĂ©signe dĂ©sormais comme post-fasciste (eux, ils prĂ©fĂšrent se dire patriotes).

Giorgia Meloni.

Giorgia Meloni.

La Ligue du Nord avait pour matrice politique les idĂ©es autonomistes et fĂ©dĂ©ralistes du thĂ©oricien de l’Union valdĂŽtaine Bruno Salvadori. Le fait que la Ligue du Nord a changĂ© de nom et est devenue la Ligue et se prĂ©sente dĂ©sormais dans l’ensemble du pays, modifie-t-il ses fondements idĂ©ologiques ? Peut-on considĂ©rer que la Ligue se situe dĂ©sormais sur une ligne politique qui dĂ©coule des idĂ©es nationalistes italiennes portĂ©es autrefois par l’écrivain Enrico Corradini ?

La gĂ©nĂ©alogie de la Ligue est bien plus compliquĂ©e : Umberto Bossi a toujours soulignĂ© sa (trĂšs courte, d’ailleurs) frĂ©quentation de Salvadori, mais parmi les fondateurs du mouvement il y avait aussi les responsables de la Liga Veneta, qui avaient Ă©tĂ©, par contre, assez actifs Ă  l’extrĂȘme droite (surtout Franco Rocchetta, leur leader ; un autre responsable piĂ©montais, Borghezio, aujourd’hui encore eurodĂ©putĂ©, avait Ă©tĂ© membre de Giovane Europa et d’Ordine nuovo), et d’autres militants qui venaient de l’extrĂȘme gauche (Maroni, Gremmo, Farassino). Mais dans son essence, je le rĂ©pĂšte, la Ligue a toujours Ă©tĂ© un mouvement populiste. Aujourd’hui, elle a renoncĂ© Ă  ses attitudes sĂ©paratistes et, au moins partiellement, mis de cĂŽtĂ© ses instances ultra-fĂ©dĂ©ralistes, mais je ne lui attribuerais pas l’étiquette nationaliste.

La Ligue et FrĂšres d’Italie ne sont-ils pas devenus deux partis situĂ©s sur la mĂȘme ligne politique ? Pourquoi la Ligue obtient-elle, sans implantation, des voix dans le sud du pays, alors que FrĂšres d’Italie y est actif depuis longtemps et y dispose de cadres formĂ©s Ă  l’époque du MSI ou de l’Alliance Nationale ?

FrĂšres d’Italie est coincĂ© entre la position libĂ©rale et (pas toujours) conservatrice de Forza Italia et le national-populisme de la Ligue et hĂ©site Ă  se dĂ©marquer de ses deux alliĂ©s. Ce qui fait qu’une large partie de ses Ă©lecteurs potentiels penchent vers l’un ou l’autre de ses partenaires. L’implantation du parti de Giorgia Meloni est assez relative et son image de marque est limitĂ©e Ă  une exaltation assez acritique de l’identitĂ© nationale. MĂȘme sur un sujet-clĂ© comme la lutte contre l’immigration, sur lequel sa position est assez proche de celle de la Ligue, FrĂšres d’Italie n’adopte pas le ton outrancier de Matteo Salvini, ce qui dĂ©plaĂźt aux opposants les plus fermes aux vagues migratoires sans pour autant lui attirer le vote des fidĂšles de Silvio Berlusconi, qui, sur les questions sociĂ©tales, se situent plutĂŽt, sinon dans le camp progressiste, Ă  proximitĂ© de celui-ci. L’avenir de Fratelli d’Italia est donc assez incertain et les sondages lui attribuent actuellement 3,4-3,6 % des intentions de vote.

Matteo Salvini.

Matteo Salvini.

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