26 février 2018

Jeanne d’Arc : d’une polémique à l’autre…

Par Philippe Randa

 

Décidément, Jeanne d’Arc aura été clivante de son vivant autant que post-mortem… En ce mois de février 2018, une Jeanne d’Arc plus bronzée que l’original et « plus universelle que jamais » (selon La République du Centre) a suscité bien des polémiques comme on pouvait s’y attendre… et comme l’ont sans doute espéré, bien qu’ils s’en défendent sûrement, les organisateurs des 589e Fêtes johanniques, en choisissant la jeune métisse (polono-béninoise) de 17 ans Mathilde Edey Gamassou pour l’incarner !

Il y a presque 20 ans de cela, la Sainte avait déjà été au centre d’une bronca déclenchée alors par un film de Luc Besson : Jeanne d’Arc (ou La Messagère : L’Histoire de Jeanne d’Arc, selon les pays).

Nous sommes en 1999, donc (1)… et je n’avais pas envie d’aller voir The Messenger : the Story of Joan of Arc. Pourtant, tous les (derniers) films de Luc Besson m’avaient enthousiasmé, depuis son célèbre Nikita, jusqu’au Cinquième Élément en passant par Léon… De plus, la plupart des nouveaux films ne valant guère (ça n’a pas beaucoup changé) d’ouvrir trop inconsidérement sa bourse pour une place de cinéma – au mieux une soirée devant son poste de télévision – je ne me dérangeais plus que pour les « grands spectacles » qui méritent, eux, d’être vus sur grand écran (La Guerre des Étoiles, James Bond…) au risque parfois d’être déçu, mais en tout cas pas d’être « bassement matériellement volé » !

Non, je ne comptais pas aller voir ce film sur Jeanne d’Arc, parce que l’héroïne française qui m’était fort sympathique dans mes jeunes années – quelqu’un qui tue des Anglais ne peut pas être tout à fait mauvais – m’était devenue tout bonnement insupportable.

Certes, Jeanne d’Arc est en général l’égérie à la fois des catholiques et des souverainistes et je ne suis ni l’un ni l’autre, mais l’omniprésence de la « D’Arcomania » dans le milieu nationaliste la rend incontournable. Jusqu’à l’overdose !

Tout comme, d’ailleurs, les pierres de Stonehenge, adulées, vénérées, célébrées, chantées par les païens de mes amis qui ne manquent pas une occasion d’en rajouter une louche sur ces quatre cailloux posés au milieu d’un champ… Et pendant qu’on prie Jeanne d’Arc ou Stonehenge, suivant la grâce qui vous a frappé, l’Europe sombre dans le chaos ethnique et économique… et c’est bien du malheur, et ça c’est sûr !

Toute la caricature de cette droite dite extrême, toutes tendances confondues, de ses fantasmes débiles et de ses impuissances notoires, serait sans doute une Jeanne d’Arc plus pucelle et illuminée que jamais, juchée en équilibre instable sur des cailloux millénaires…

Une vraie vision de cauchemar, d’apocalypse… et une apocalypse malheureusement jamais Now, puisque les hélicoptères yankees ne risquent même pas de se déranger – et surtout pas au son de la chevauchée des Walkyries – pour régler leur compte à ce que les mondialistes estiment être – et comment leur donner tort ? – une poignée d’irréductibles ringards.

Que la quasi-unanimité de la presse nationaliste se soit élevée contre le film de Besson – alors même que les 9/10e de ceux qui en parlaient n’avaient pas vu le film – m’énervait passablement à l’époque et je décidais donc d’aller le voir.

Un communiqué officiel du Front national avait néanmoins salué l’entreprise de Luc Besson, soulignant qu’il s’agissait d’un Français qui damait le pion aux Yankees sur leur propre terrain… et qui permettait de faire connaître l’héroïne française à travers le monde (2).

J’ajouterai que Besson a eu le mérite de faire aussi découvrir (et souvent, hélas même pas de « re »-découvrir) Jeanne d’Arc et son épopée à un peuple français pour qui ce nom n’était bien souvent que celui d’une rue parisienne… et pour les plus lobotomisés, sans doute, « une collabo tondue en 1944 » depuis que les « bêtes immondes » lui rendaient hommage le 1er mai de chaque année.

Besson a fait un film pour grand public, un film de distraction, un film d’effets spéciaux, genre dans lequel il est passé maître… Béatrice Péreire(3) avait écrit : « Il [Luc Besson] est l’avant-garde d’une excellence artisanale française dont même Hollywood commence à s’émouvoir. Personne n’est tenu d’aimer la techno, les trucages informatiques ou les jeux vidéo. Il n’empêche que la french touch est, en la matière, en train de s’imposer de par le monde entier. »

De plus, et cela a toute son importance, The Messenger : the Story of Joan of Arc est une « œuvre de fiction », j’avais entendu Besson le dire lui-même, c’était « sa » Jeanne d’Arc, « son » film… Il n’avait jamais prétendu être son historien définitif, ni le prêtre-inquisiteur d’une vision mystique que certains, et c’est leur droit, lui reconnaissent…

Yves Daoudal, alors directeur politique de l’hebdomadaire National Hebdo, grand catholique peu connu pour être modéré sur la question religieuse, avait lui-même (4) reconnu que Besson « était loin de la Sainte de la Patrie », qu’il « ne sait même pas ce que peut vouloir dire cette expression », mais il ne lui en tenait pas rigueur, jugeant qu’un « film n’est pas une thèse ». Et c’est tant mieux, parce que les thèses, il y a des endroits pour ça !

Rappelons enfin que Luc Besson avait lui aussi choisi pour interpréter son héroïne… une étrangère ! De nationalité américaine, mais d’origine ukrainienne, c’était la séduisante Milla Jovovich. Nul, à l’époque, n’avait trouvé à redire à de telles origines ; on se demande pourquoi ! Ou pas…

Notes

(1) (La majeure partie de ce texte est parue – sous le titre Jeanne d’Arc : « Besson m’a aimer ! » – dans Chroniques barbares 1993-2001, Éd. Dualpha, décembre 1999).

(2) En 2018, le vice-président du FN, le député Louis Aliot, a pris la défense du choix de Mathilde Edey Gamassou avec ce tweet : « Mon entier soutien à #Mathilde. Sa foi, l’attachement à sa ville et son engagement au service des autres dans le scoutisme lui procurent toute la légitimité pour incarner Jeanne d’Arc. #Orleans Que notre Dame d’Afrique ouvre les yeux de tous les haineux sur nos véritables valeurs »… La ligne du FN reste donc la même à ce sujet.

(3) National Hebdo n°801, novembre-décembre 1999.

(4) National Hebdo n°800, 18 et 24 novembre 1999.

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