Molière. L’imaginaire d’Alice Raingeard n’est pas malade
(article écrit sans recours à l’Intelligence artificielle)
L’argument (mais faut-il encore l’expliciter ?) : il renifle, tousse et crache (c’est le père, un malade de rêve) ; il veut la marier mais elle en aime un autre (c’est la fille) ; ils se disputent ; un autre est sur les rangs, aussi cuistre que son père (les deux sont médecins, ça tombe plutôt bien) ; une autre, qui n’a pas sa langue dans la poche, change le cours des jours (c’est l’habile servante) ; ils s’aiment ; on rit.
Alice Raingeard nous livre un “Malade” dépoussiéré, populaire et éternel, entremêlant à sa prose originelle des sujets contemporains. La mise en scène est inventive et particulièrement soignée.
Imaginative d’abord parce que 4 comédiens endossent 13 rôles, passant d’un registre émotionnel à l’autre en un battement de fiole ; imaginative ensuite car l’univers créé, très poétique, couleur mémoire, à la manière d’un Jean-Pierre Jeunet au cinéma (ou d’un Jules Verne pour rester en terres littéraires fantaisistes [au passage, notons que Verne était un admirateur de Molière]), invite le public à s’approprier l’atmosphère et le plateau (la scène) le temps d’un regard ; imaginative enfin car Alice Raingeard respecte le dessein de Molière d’une fantaisie baroque sur un mode comique (sous une lumière bistre très réussie).
Quatre artistes sublimes dans un « malade imaginaire » aux enjeux bien réels. Et puisque critiquer, c’est trancher : la talentueuse Marion Champenois emporte la distribution en irrésistible Toinette ; le savoureux Boris Ravaine, sans nous faire oublier Jean Le Poulain, campe un Argan impeccable de drôlerie ; Alice Raingeard et Jacques Trin rivalisent d’ingéniosité pour satisfaire le reste des caractères.
L’imaginaire d’Alice Raingeard n’est pas malade : son spectacle anti-déprime est à prescrire sans contre-indication.
-Le Malade imaginaire, de Molière, MeS : Alice Raingeard, avec (le soir de notre venue) : Marion Champenois (Toinette) ; Alice Raingeard (Angélique, Bonnefoy, Diafoirus père, Purgon, Fleurant, Dorine) ; Boris Ravaine (Argan) ; Jacques Trin (Cléante, Béline, Béralde, Diafoirus fils, Polichinelle), au Lucernaire (jusqu’au 30 août 2026 à 19h du mercredi au samedi, à 16h le dimanche). Réservations au 01 45 44 57 34 et sur : www.lucernaire.fr
Courrez au Lucernaire (dirigé par « l’ami » Benoît Lavigne) pour un « moment où l’on lampes »…
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