5 janvier 2018

Jedis et samouraïs : orientalisme, médiévalismes et arts martiaux

Par Fabrice Dutilleul

« Ainsi qu’ils sont dépeints dans la saga,
les jedis sont des chevaliers “archéofuturistes”…
Savant mélange d’archaïsme et de modernité :
ils sont l’élite morale de la lointaine galaxie
à mi-parcours entre le chevalier courtois médiéval
et le casque bleu contemporain »

Entretien avec Rémy Valat, auteur du livre Le kendô de Maître Obi-Wan. Jedis et samouraïs : orientalisme, médiévalismes et arts martiaux (Dualpha).

(Propos recueillis par Fabrice Dutilleul.)

Remy Valat.

Remy Valat.

Vous venez de publier un livre sur Star Wars aux éditions Dualpha c’est plutôt surprenant de votre part ? On vous connaissait surtout pour vos livres sur la guerre d’Algérie…

Concernant Star Wars et les jedis, je n’aurais jamais imaginé écrire un livre sur ce thème, n’étant pas un inconditionnel de tels films sans y être pour autant insensible. J’ai centré mon étude sur la chevalerie jedi, parce que celle-ci se trouve à la rencontre d’univers que j’apprécie, la culture et les arts martiaux japonais (que je pratique et enseigne) et la série de romans de science-fiction de Frank Herbert, Dune. Ce sont à mes yeux, entre autres, ces solides fondations et références culturelles qui donnent à Star Wars son énergie, sa force (si j’ose dire). George Lucas est un homme cultivé et bourré de talents. Star Wars est un sujet passionnant lorsqu’on tente d’en comprendre le pourquoi et le comment.

Votre livre traite de la chevalerie jedi et des samouraïs auxquels vous trouvez trois dénominateurs communs : l’orientalisme, les médiévalismes (au pluriel ?) et les arts martiaux. Pourquoi ?

En réalité, j’ai essayé de comprendre les raisons (autres que commerciales et de communication) du succès de la mythologie Star Wars. L’orientalisme et les médiévalismes européens et japonais sont des ingrédients fondamentaux de la filmographie. Personnage central de la saga, le jedi est une figure composite, un amalgame de la représentation romantique du samouraï et du chevalier, deux types de héros qui partagent en apparence un certain nombre de traits communs : une âme généreuse, un attrait pour les formes nobles et civilisées de combats, le rejet de la violence, considérée comme un ultime recours, la courtoisie et le contrôle de soi. Le jedi est également un personnage attirant pour son exotisme. Le japonisme est un élément important de la filmographie, à tel point que George Lucas souhaita un temps faire interpréter le film en japonais (avec sous-titrages en anglais) pour accentuer l’étrangeté de cet univers extraterrestre et de ses habitants… Il faut bien garder en mémoire qu’au moment de l’écriture du premier scénario, au début des années 1970, les avancées de l’historiographie sur le Japon et l’engouement populaire en Occident pour les cultures asiatiques et les arts martiaux ne permettaient pas de se faire une idée exacte des samouraïs tels qu’ils furent réellement. On avait (et on a encore) tendance à les idéaliser. La représentation du samouraï de George Lucas est celle des films nippons de l’après-guerre, à savoir une réappropriation récente de l’image du guerrier japonais, épurée des aspects « militaristes » et répondant aux attentes d’un pays vaincu, empreint de la nostalgie de l’époque d’Edo (période de stabilité, de paix et d’harmonie entre Japonais, interrompue brutalement par l’immixtion des puissances occidentales) et en quête d’un modèle de héros viril et respectable. En outre, le concept de « Force » comme énergie universelle et immanente flirtait à l’époque avec les pratiques (toujours) à la mode du yoga indien ou des arts martiaux sino-japonais. Or, en Occident, les arts martiaux et les spiritualités asiatiques sont le résultat d’un mouvement de transfert culturel plus ancien, fait pour partie de rejet des valeurs du christianisme, remontant aux premiers pas de la colonisation des Européens en Asie. Les mouvements intellectuels indianiste et orientaliste sont progressivement sortis du cadre étroit et élitiste des milieux universitaires pour se populariser par le truchement des mouvements ésotériques, puis massivement au XXe siècle, par le médium des moyens modernes de télécommunications et l’intensification des échanges économiques et culturels de par le monde.

Le lightsaberjutsu, comme vous l’appelez, a-t-il vraiment quelque chose en commun avec le kendô ?

Ainsi qu’ils sont dépeints dans la saga, les jedis sont des chevaliers « archéofuturistes » (le néologisme est de Guillaume Faye). Savant mélange d’archaïsme et de modernité : ils sont l’élite morale de la lointaine galaxie à mi-parcours entre le chevalier courtois médiéval et le casque bleu contemporain. Le sabre-laser est un autre trait archéofuturiste. Cette arme est le symbole et le marqueur social de leur état de chevalier, mais elle est aussi un objet archétypal : dans l’imaginaire collectif le sabre ou l’épée est l’attribut du courage (lequel sous-tend de hautes valeurs morales). Surtout, le sabre reste fondamentalement une arme de guerre. Depuis l’apparition de la métallurgie, le sabre ou l’épée étaient aussi réputés pour leur aura de magie, leur charge d’énergie, leur force spirituelle ou leur dimension religieuse ou sacrée. Source de supériorité sur le champ de bataille, l’armement en fer est le produit de savantes et secrètes techniques de fabrication. Le fer, le feu, le secret de la forge… En un mot, l’alchimique transformation de la matière et de celui qui la travaille (par un parcours initiatique élevant spirituellement l’individu, ce qui correspond à notre représentation idéale du chevalier). Pour toutes ces raisons, le sabre-laser, tout droit sorti de l’imagination des créateurs de Star Wars, frappe notre inconscient et projette en nous des clichés parlants : magie, mystère, chevalerie…

Le kendô de Maître Obi-Wan de Rémy Valat, Éditions Dualpha, Préface de Philippe Randa, collection « Patrimoine du spectacle », 252 pages, 29 euros. Pour commander ce livre, cliquez ici.

Le kendô de Maître Obi-Wan de Rémy Valat, Éditions Dualpha.

Le kendô de Maître Obi-Wan de Rémy Valat, Éditions Dualpha.

EuroLibertés : toujours mieux vous ré-informer … GRÂCE À VOUS !

Ne financez pas le système ! Financez EuroLibertés !

EuroLibertés ré-informe parce qu’EuroLibertés est un média qui ne dépend ni du Système, ni des banques, ni des lobbies et qui est dégagé de tout politiquement correct.

Fort d’une audience grandissante avec 60 000 visiteurs uniques par mois, EuroLibertés est un acteur incontournable de dissection des politiques européennes menées dans les États européens membres ou non de l’Union européenne.

Ne bénéficiant d’aucune subvention, à la différence des médias du système, et intégralement animé par des bénévoles, EuroLibertés a néanmoins un coût qui englobe les frais de création et d’administration du site, les mailings de promotion et enfin les déplacements indispensables pour la réalisation d’interviews.

EuroLibertés est un organe de presse d’intérêt général. Chaque don ouvre droit à une déduction fiscale à hauteur de 66 %. À titre d’exemple, un don de 100 euros offre une déduction fiscale de 66 euros. Ainsi, votre don ne vous coûte en réalité que 34 euros.

Philippe Randa,
Directeur d’EuroLibertés.

Quatre solutions pour nous soutenir :

1 : Faire un don par virement bancaire

Titulaire du compte (Account Owner) : EURO LIBERTES
Domiciliation : CIC FOUESNANT
IBAN (International Bank Account Number) :
FR76 3004 7140 6700 0202 0390 185
BIC (Bank Identifier Code) : CMCIFRPP

2 : Faire un don par paypal (paiement sécurisé SSL)

Sur le site EuroLibertés (www.eurolibertes.com), en cliquant, vous serez alors redirigé vers le site de paiement en ligne PayPal. Transaction 100 % sécurisée.
 

3 : Faire un don par chèque bancaire à l’ordre d’EuroLibertés

à retourner à : EuroLibertés
BP 400 35 – 94271 Le Kremlin-Bicêtre cedex – France

4 : Faire un don par carte bancaire

Pour cela, téléphonez à Marie-France Marceau au 06 77 60 24  99