Lancé en Floride en 1999 avec une fréquentation dépassant maintenant les 150 000 participants, le festival de musique électronique Ultra a annoncé son implantation en Chine et en Inde.

Si ces pays connaissaient déjà l’électro, ils adoptent maintenant le standard des grands rassemblements occidentaux tels Tomorrowland — meilleur événement musical du monde en 2010 —, Dominator ou Mystery Land. « C’est le genre qui rassemble tout le monde, peu importe dans quel pays vous êtes ou la langue que vous parlez » ; explique Russell Faibisch, PDG et directeur du festival Ultra.

Ces hypers de l’électro, avec scènes multiples, écrans géants, pyrotechnie, murs de décibels, décors oniriques, tatouages, peintures corporelles, produits dérivés des artistes et de l’organisateur, véhiculent une culture de masse avec un pass proposé entre 150 et 200 $.

Hypermarchés de la musique électro, ces véritables rouleaux compresseurs culturels vont normaliser le marché musical des deux pays les plus peuplés du monde.

Il semble qu’aucun pays ne puisse échapper à la mondialisation musicale, même les endroits les plus isolés comme le prouve un célèbre DJ britannique qui a installé son concert électro sur l’Everest à 5400 mètres d’altitude. Il veut donner « la fête la plus haute du monde », avec un objectif en adéquation : « sensibiliser aux effets du changement climatique et lever des fonds pour des ONG. »

Dans le même temps, Jean-Michel Jarre donnait un concert devant plus de 10 000 personnes à Massada pour « sensibiliser le public sur la disparition » probable de la mer Morte et « résister » aux politiques de Donald Trump sur l’environnement. La musique ne véhicule pas d’idéologie, mais on sait l’adapter au conditionnement des foules.

Confrontée à ces enjeux géopolitico-culturels, la Russie annonce qu’elle ne participera pas à l’Eurovision qui est organisée en Ukraine cette année. En mars, les autorités ukrainiennes avaient interdit d’entrée sur leur territoire la candidate russe et handicapée Ioulia Samoïlova. Elle s’était produite en concert en 2015 en Crimée, un an après son rattachement à la Russie.

Demain nous appartient…

En écho à ce que chantaient, dans les années soixante-dix, les Italiens de la Compagnie de l’anneau, Il domani appartienne a noi, NTM disait en 1991 : « Le monde de demain quoiqu’il advienne nous appartient. »

La confrontation n’en restera pas toujours sur le terrain de la chanson. Ainsi, le maire communiste d’Algrande (Moselle) tente de remettre en selle le vieux groupe de rap Sniper en l’invitant au festival de sa commune. En 2001, Sniper chantait « La France est une garce et on s’est fait trahir/ On nique la France sous une tendance de musique/ On se fout de la république et de la liberté d’expression ». Ministre de l’Intérieur à l’époque, Sarkozy avait saisi la justice. L’affaire s’était terminée par une relaxe en appel, le tribunal ayant apprécié la dimension symbolique du rap « qui ne reste avant tout qu’un mode d’expression utilisé par l’auteur pour exprimer la désolation et le mal de vivre des jeunes de banlieues ». Aujourd’hui à la peine, le groupe annonce un album pour… 2019. C’est sûr qu’il a de la concurrence, la jeune génération de rappeurs vise le pire.

Pour tourner son nouveau clip, Toka, avec ses potes de la cité, Sofiane a tout simplement bloqué l’autoroute A3 au niveau de sa ville du Blanc-Mesnil. Pourquoi se gêner, c’est de l’art des banlieues.

Clip de Sofiane qui a bloqué sans la mondre gêne l'autoroute…

Clip de Sofiane qui a bloqué sans la moindre gêne l’autoroute…

Une stratégie marketing qui paye, en moins d’une semaine la vidéo dépassait les 5,5 millions de vues, et son premier album sort en mai. Le rap s’est aussi invité dans la présidentielle avec les groupes No One Is Innocent et Darcy qui brûlent des masques à l’effigie de Marine Le Pen en chantant « La Marine se prend pour Marianne. Mais si tu veux finir dans l’urne, il faudra te cramer, comme Jeanne d’Arc sur le bûcher » ou encore « Crève, crève, crève fille de putain, crève ». Qui peut encore croire que la justice pourrait régler le problème ? On pourra toujours écouter les derniers titres des Brigandes, Elections Blues et Juste un politicien.

Et la technologie musicale

Ikutaro Kakehashi est mort le 1er avril à 87 ans. Une figure de la musique numérique, fondateur de Roland, le fabricant d’instruments de musique électronique, ses claviers et ses boîtes à rythmes avaient rapidement été adoptés par tous les grands noms des musiques actuelles. La technologie est indissociable de la musique. Suivant de récents travaux, le streaming aurait accéléré l’espace-temps musical.

Ainsi, d’après les tubes figurant dans le top 10 du classement étasunien, en 1986, il fallait attendre en moyenne quelque 23 secondes avant d’entendre une voix. En 2015, ce chiffre est tombé à cinq secondes, soit une chute moyenne de l’ouverture instrumentale de 78 %. Spotify, le numéro un mondial du streaming musical avec 50 millions d’abonnés payants vient de signer un accord avec Universal Music Group. Face à l’effondrement des anciens circuits de distribution de la musique (CD…), l’écoute en ligne apparaît comme un modèle économique crédible, encore faudrait-il qu’il dégage des bénéfices. Les négociations sont toujours en cours avec les deux autres majors, Sony et Warner, et les enjeux sont planétaires.

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Philippe Ra