Thélyson Orelien, l’émotion électronique ?
(article écrit sans recours à l’Intelligence artificielle)
C’était ça ou mourir de Thélyson Orélien (Grasset) est bien l’évènement littéraire de la rentrée. Non seulement par la qualité du texte, mais également par la polémique sur son auteur.
L’ouvrage concourt toujours pour le prix Renaudot, le prix André-Malraux du roman engagé, le prix Femina, le prix Médicis, et il a reçu le Prix Fnac.
Un succès fulgurant stoppé brutalement le 21 septembre au matin lorsque Samuel Fitoussi, journaliste au Figaro dénonce la rédaction du livre par une IA. Quoi de plus rageant que de se passionner pour un livre, le lire d’une traite, encenser son auteur avec des trémolos dans la voix puis découvrir que c’est un robot qui l’a écrit ? D’autant que parmi ces lectrices ou lecteurs, nul doute que beaucoup se font un point d’honneur de récuser liseuses, ordinateurs, même quelquefois portables. Seule sauvegarde, se replier dans le déni quitte à refuser l’évidence.
Les détecteurs d’IA sont très nombreux : TextGuard, AI detector ; Just Done, turnitin etc. Un détecteur d’IA mélange signaux linguistiques et empreintes de modèle. Tous mettent en jeu des approches probabilistes avec forcément une marge d’erreur. Celui utilisé par Fitoussi était Pangram. Quelle est sa fiabilité ?
« TextPulse » est un humaniseur de texte IA. Il remets sous apparence humaine les contenus générés par IA en une prose naturelle, proche de celle d’un humain. Je l’ai Interrogé sur la fiabilité de Pangram, et corroboré par d’autres sources ( Wikipedia). Pangram développé par « Pangram Labs » fondée en 2023 à Brooklyn par des chercheurs en IA qui ont travaillé chez Tesla et Google, est de loin le détecteur d’IA le plus fiable : son taux de faux positifs est de 0,0041%. Mais ces données sont celles de l’entreprise donc possiblement partiales. Or deux évaluations indépendantes en ont été faites en 2026, l’une par les pairs de la Vrije Universiteit Brussel, publiée en juin 2026, et l’autre par l’University of Chicago Booth School, en décembre 2025. Toutes deux plaçaient Pangram nettement devant des concurrents plus connus, notamment Turnitin, GPTZero, et Copyleaks.
Appliquées au livre de Thélyson Orelien, la probabilité que vingt passages et il y a bien plus de 20 signalements dans le roman, soient identifiés à tort par Pangram comme ceux d’une IA s’élève donc à 0,0041% puissance 20, soit 0,1802 × 10⁻⁸⁵ %, c’est à-dire 0 suivi de 85 zéros après la virgule.
Autre propriété, certains textes générés par IA échappaient à la détection lorsqu’ils étaient conçus pour imiter le style d’auteurs humains. Cette propriété démolit l’argument majeur des défenseurs de l’authenticité. Ils soutiennent que c’est le style particulier de Thélison marqué par ses sources Haïtiennes que Pangram n’aurait pas su reconnaitre. Or c’est précisément le contraire : c’est justement cette singularité Haïtienne qui n’aurait pas dû être reconnue comme artificielle.
S’ajoutent à cette polémique, des suppositions racistes : des voix s’élèvent pour remarquer que Thélyson Orelien est un homme de couleur donc victime du racisme. Difficile pourtant, face à la neutralité d’un robot sauf à être programmé à dessin. En revanche, lorsque on entend les nombreux interviews réalisés auprès des lectrices et lecteurs, apparait paradoxalement leur racisme involontaire, celui de cette condescendance de la discrimination positive : oui, bon, peut-être s’est-il fait aider, mais c’est un noir alors il doit être traité avec une bienveillance particulière.
Quelles solutions ? Garantir comme tentent de le faire certains éditeurs que les textes publiés sont 100% humains n’est à mon sens pas tenable. Il est en effet impossible d’écrire avec ce degré d’exigence, n’importe quel besoin en documentation mobilisera l’IA. La solution n’est donc pas de refuser l’IA mais de faire avec. Le fond du problème c’est la dissimulation. La déontologie est pourtant évidente . Elle se situe facilement entre l’usage légitime de l’IA pour la documentation et son usage pour la rédaction qui aboutit à une supercherie intellectuelle . Pourquoi ne pas demander à chaque auteur de préciser en prologue de son ouvrage la place dévolue à l’IA ?
Mais finalement qu’est ce qui est le plus déstabilisant : l’escroquerie intellectuelle ? Ou la preuve que l’IA qui n’en est encore qu’à ses débuts est déjà capable de nous émouvoir, puis sûrement à très court terme, de nous dépasser ?
PS : cet article est 100% garanti pur humain !
Sources
https://fr.wikipedia.org/wiki/Pangram
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